Après un mois et demi particulièrement difficile pour le moral, passé entre Los Angeles et Las Vegas, me voilà de retour en France début mars pour inaugurer un nouveau rendez-vous poker à Evian.
Le défi était de taille puisque jamais le Casino n’avait accueilli de joueurs de poker auparavant, que ce soit en cash ou en tournoi. L’organisation a donc fait appel à moi en tant que conseiller sur la structure et l’événement. Pour le plus grand bonheur de tout le monde, le tournoi à 1 100 euros aura été une belle réussite : floors et croupiers compétents, 138 joueurs au rendez-vous (dont Fougan, Michel Leibgorin et de nombreux habitués des salles parisiennes), de nombreuses petites attentions (petits fours offerts même lors du super sat’ à 200 joueurs), et, pour ne rien gâcher, une très belle salle de tournoi avec vue sur le lac Léman…
Malheureusement pour moi, après une méchante couleur à la river en face,et une confrontation JJ contre KK à tapis sur un flop qui semblait favorable, je n’ai tenu qu’une heure et demie à table ! J’ai toutefois été ravi du déroulement de l’opération, tout comme les autres joueurs présents ; l’expérience sera donc renouvelée en juillet, avec une vraie série de tournois et, si tout se passe comme on le souhaite, une très belle surprise à la clé…
Deux jours plus tard, je m’envolais avec plaisir pour le Marrakech Poker Open, histoire de poursuivre sur la lignée des belles destinations poker. J’ai eu la chance de bien débuter mon séjour avec deux tables finales pour deux tournois joués ; j’ai fini second dans le 500euros et 4e dans le 1 000euros. En finale du 500, pour la première fois de ma vie de joueur, j’ai eu trois fois AA en finale ! Ca aide…Et le mieux, c’est que non seulement ils ont tenus, mais qu’en plus, j’ai sorti un joueur à chaque fois ! Ne me reste plus qu’à espérer connaitre la même chose en table finale d’un WSOP cet été…
Je me demande à quoi ce changement de forme a été dû… Comme dans un rêve… Cela faisait pourtant deux mois que les cartes me trahissaient. Je me suis demandé si ce n’était pas lié à mon séjour à Evian où chaque matin avait débuté par un bon petit dej’ suivi d’une séance de sport, sauna, hammam et piscine. Après tout, ça irait dans le sens de ceux qui voient le poker comme un sport : la réussite vient d’une bonne hygiène de vie (et pas d’heures passées assis derrière un écran).
Quoiqu’il en soit, le lendemain, dans le tournoi à 1 000, re-belote, j’ai deux coups de chances en 60% (chez l’autre) et 40% (chez moi) et, arrivé short stack, je commence à espérer pouvoir finir sur le podium. Mais vient alors le coup qui m’élimine : Nous ne sommes plus que 4 joueurs et il est question, depuis quelques minutes, de dealer. Les cartes étant déjà distribuées, le directeur du tournoi nous demande de jouer le coup avant d’arrêter le chrono, je découvre une paire de 8 au bouton. Les blinds sont de 15K/30K, ante 3K, et je viens en dix minutes de prendre celles-ci à trois reprises, faisant passer mon tapis de 100k à environ 250k pendant que les autres commençaient à parler du deal…. En voyant ma paire de 8, pas d’hésitation, je pousse instantanément mon tapis en me disant qu’enrichi de 57k, il me sera plus simple d’obtenir un bon deal. La grosse blind, avec 550k de tapis, regarde à peine ses cartes et fait un insta-call. Il ne m’a pas vu gagner les 3 coups précédents et les jetons de 5k et ceux de 10k ayant une couleur similaires, il reconnaitra plus tard n’avoir absolument pas réalisé que son call engageait la moitié de son tapis ! En effet, il me voyait voler avec un tapis moitié moindre et, découvrant K-Q of, il n’a pas hésité un instant.
Alors, évidemment, c’est une grosse erreur que de payer un tapis sans en connaitre le montant. Mais la plus grosse erreur vient de moi. Et je vais vous expliquer pourquoi , pour vous aider à ne pas la commettre : quand j’ouvre ma paire de 8, je sais que je vais faire tapis, ok, mais rien de m’oblige à le faire en 1 seconde, si j’avais pris mon temps, feinté de réfléchir et décomposé mon tapis, en comptant à haute voix par exemple, il est certain qu’il aurait vu le montant de celui-ci et que jamais il n’aurait engagé tant de jetons avec K/Qo juste avant le deal (qui allait être avantageux pour lui). En poussant rapidement et d’un bloc mon tapis, non seulement il a interprété ça comme un vol, mais en plus, il n’a pas pris conscience du risque pour lui. C’est une notion importante qui peut faire une grande différence.
Après des années à jouer, j’ai encore commis une vraie erreur qui me coûte peut-être la victoire. Comme quoi, chaque décision, chaque mouvement et chaque geste prend son sens à une table de poker. Et il faut savoir en permanence maitriser tous les tenants et les aboutissants de la main que l’on joue… Pas facile, mais réellement passionnant…
Je n’aime pas trop raconter mes coups perdus, mais je pense que cette série là vaut quand même le detour… Je vous laisse juge. Ces quatre mains se sont déroulées lors de 4 tournois consécutifs du WPT au casino du Commerce à Los Angeles où je suis depuis une dizaine de jours.
Premier tournoi : Je paie une relance dans les blinds avec une paire de 4. Flop : 4/5/J. Je mise, l’autre me fait tapis, je paie et il me montre une paire de rois. Turn : un roi. Je saute en grimaçant.
Deuxième tournoi : Une bataille de blind: je suis de grosse blind et le small blind est chip leader à ma table avec 28.000 chips, j’ai environ 23.000. Tous les autres passent et le small blind complète (blinds 200/400), je découvre A-K de cœur et relance à 1200. A ma grande surprise, il prend un air méchant et me fait « 5.000 ! ». Après mure réflexion je décide de juste payer et voir le flop en position… Flop : A/J/7 raimbow. Il part immédiatement à tapis. C’est je pense un call evident : je paie. J’entends un juron du joueur qui s’en veut d’avoir bluffé. Il n’a qu’un maigre 8 et 10. Pourtant : le turn est un 9. Je saute et renverse mon café.
Troisième tournoi : En middle position, je viens de doubler mon tapis après une heure de jeu, je limpe avec Js-9s, le petite blinde relance, je paye. Le flop 7/8/10 (dont deux carreaux). Il mise assez cher, à hauteur du pot. Je paye sec. Turn : 4 de carreau. Il part à tapis. Je paie très vite et il me montre 5 et 2 avec le 5 de carreau. River : 3 de carreau. Je saute et tombe de ma chaise.
Quatrième tournoi : Je m’accroche depuis plusieurs heures, je suis short stack et fais une relance à tapis avec A-K. Le joueur de petite blind (12k de tapis) paie les 1900 (blinds 100/200) avec 9-2o ! Il fait flush avec son 2 de trèfle. Quand je lui ai demandé ce qui lui avait pris de payer, il m’a dit « I don’t know, I was just running good… ». No comment. Je saute et reprends la clope…
Alors maintenant, je vous le demande. Comment fait-on pour se débarrasser d’un bad run ? Parce que j’avoue en avoir déjà connu de beaux mais celui que je vis depuis que j’ai mis les pieds à Los Angeles remporte la Palme d’Or. Je vous passe également les séances de cash game ou je n’ai jamais la main gagnante. Récemment, j’ai un peu perdu la foi dans le jeu. Pas dans mon poker, car que peut-il m’arriver de mieux qu’un joueur ait envie de me bluffer quand j’ai la meilleure main ? Mais je suis démoralisé par cette part de chance qui peut impitoyablement se retourner contre soi encore et encore. J’ai fais quelques erreurs dans mes longues parties de cash ; jouer trop, trop longtemps, gambler quelques coups par dépit mais je sais avoir bien joué mes tournois. Les structures du WPT permettent de jouer un poker solide.
C’est pour cela que le mois prochain je vais vous raconter comment j’ai gagné mon premier million de dollars en un seul tournoi. Parce qu’il arrive ce tournoi, je le sais ! J’ai tout de même pu faire l’argent (dont une finale) dans trois petits events : un Stud à 500$(finale) et deux NLHE à 500$. Sinon, je serais déjà reparti en courant au Bellagio, qui offre un cadre incomparablement plus agréable et plus zen que celui du Commerce.
En attendant le million, j’ai tout de même profité d’être dans la ville des anges pour me promener sur la plage, aller dans de bons restos, voir Kim Gordon et Thurston Moore en concert et profiter des 25° qu’offre le mois de février ici (même si c’est le mois le plus pluvieux de l’année) ; parce qu’il fallait vraiment que je sorte de ce Casino maudit et parce que la vie continue là aussi là où le poker s’arrête (en même temps, si vous avez l’adresse d’un marabout ou d’une sorcière, je suis preneur...)
A bientôt en France pour le très beau tournoi d’Evian le week-end du 15 mars, puis à Marrakech la semaine suivante!
Les bonnes structures favorisent les bons joueurs et le beau poker... Ce qui est dommage, c’est que certaines organisations de gros événements n’en tiennent pas réellement compte.
Le circuit EPT, par exemple, où la structure est bien trop rapide et ne laisse pas place au beau jeu… Moins de stratégie, peu de marge de manœuvre, les joueurs poussent leurs tapis vers un coin flip trop tôt dans le tournoi sans réflexion ou lecture approffondie… Même dans ces tournois aux droits d’inscription couteux, des années de pratique et d’expérience sont mises entre les mains du hasard après quelques petites heures de jeu. Une paire de dames qui tient, puis une paire de 7 qui tient, puis un A/K qui bat A/Q et hop ! Une table finale !
La composition de la table finale des derniers EPT le prouve ; en majorité des joueurs venus de nulle part, n’ayant pour la plupart jamais fait de résultats et un commentaire en live affligé des journalistes derrière leurs écrans ; « Et là, il jette A/K face à la relance à tapis adverse après avoir investi les deux tiers de son stack… » Un joueur cherche tout le temps à dominer la part aléatoire de chance à laquelle il doit faire face au poker. Et le prestige de certains titres peut en faire oublier le côté loterie. Mais je suis un joueur de poker, pas un joueur de roulette.
J’ai donc décidé cette année que je ne participerais plus qu’à des tournois dans lesquels, pour diverses raisons, je prends un réel plaisir à jouer et où la structure sera à la hauteur du buy-in. Je précise qu’il y a toutefois deux EPT que j’ai gardés à mon agenda : Deauville et Monte Carlo. Quand vous lirez cette chronique, mon séjour normand sera déjà terminé –et j’espère bien terminé- et je serais probablement retourné aux USA pour jouer quelques events au WPT de Los Angeles. Malgré la laideur architecturale du Commerce Casino, j’ai toujours aimé ces tournois : bons joueurs, belles structure et organisation parfaite -j’y garde en plus un très bon souvenir lié à mes bons resultats en 2006-. Et c’est sans parler d’un climat beaucoup moins hostile que celui que j’expérimente à Paris depuis deux semaines…
En même temps, puisque l’on parle de température, j’ai tout de même connu une journée où il a fait très beau pour moi à l’ACF. J’ai enfin remporté mon premier bracelet ! Oui, un élégant bracelet en argent façon gourmette avec des petits trèfles et autres cœurs et carreaux pour décorer. J’ai en effet réussi là où Bruno Fitoussi a échoué (rires); j’ai remporté mon premier bracelet en H.O.R.S.E. Ok, d’accord, j’arrête, c’était un 200 euros à 100 joueurs mais bon… ça fait toujours plaisir, non ?
Trêve de plaisanterie, une autre chose qui me réjouit beaucoup, c’est la transformation de www.madeinpoker.fr que nous mettons en œuvre avec toute l’équipe. Nous sommes tous très motivés pour faire de ce site une référence au point de vue de l’info poker et, le défi étant de taille, cela ne rend l’enjeu que plus excitant ! Notre nouveau site sera ouvert depuis l’EPT de Deauville!
Et pour terminer avec le sujet qui m’a fait débuter cet article, je ne saurais que trop recommander aux établissements qui souhaitent organiser de gros événements de savoir accorder leurs buy-in et leur structure. J’ai ainsi eu le plaisir d’être récemment contacté par le Casino d’Evian pour un tournoi ayant lieu mi mars afin de donner mon avis de joueur sur une structure qu’ils attendaient de valider. Inutile de vous préciser que vu ce que je leur ai suggéré, j’y serais !
Que de choses passées en 6 mois depuis mon dernier blog ; beaucoup de voyages poker, de Las Vegas au Mexique (vacances !), de Barcelone à Marrakech, en passant par Budapest, New-York ou Amsterdam, beaucoup de fatigue, de doutes mais au final, beaucoup de plaisir.
Renouer avec une victoire à Marrakech m’a permis de me redonner la confiance perdue en tournois au cours de cette dernière –difficile- année. Enchainer ensuite sur une table finale de Pot Limit Omaha à Amsterdam ou une autre au Venitian à Las Vegas la semaine dernière, m’a conforté dans l’idée que les années de joueur se suivent sans jamais se ressembler. C’est peut-être pour ça que j’aime tant le poker. Parce qu’aux doutes et aux difficultés succède un bonheur qui efface tout le reste. Et parce qu’en menant de front ma carrière de joueur et celle que me demande MadeInPoker, je passe ma vie à rencontrer des gens différents et intéressants, à me balader aux quatre coins du monde et vivre des moments qui gravent mon disque dur perso. En même temps, si je parle comme cela, c’est aussi parce que mes gains en cash n’ont jamais varié ; ils restent très réguliers, ce qui permet d’adoucir tout ce qui se passe à côté.
Vous aurez remarqué aussi mon nom en rouge sur Fulltilt. J’ai en effet pris la décision de changer de sponsor. Certains d’entre vous se sont demandé pourquoi j’avais quitté Chilipoker. Nulle histoire compliquée ici, nulle embrouille, simplement un choix de route différent qui, je l’espère, m’apportera de nouvelles perspectives.
Encore une histoire de changement et d’envie de nouveauté… On n’est pas joueur par hasard, on est joueur par nature, envie de risques, envie de changements et parfois, impossibilité de se projeter dans les semaines à venir. Etre joueur, pour moi, c’est laisser à l’inconnu une porte grande ouverte.
Et puisque l’on parle de nouveauté et de surprise, MadeInPoker va bientôt faire peau neuve ! Plein de changements sont annoncés d’ici la fin de l’année pour donner au site une nouvelle dimension (plus de rubriques, plus de dynamisme, plus à lire, plus à voir, plus de tout !)… Encore une bonne nouvelle et encore une raison de plus de me lever le matin avec le sourire !