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L'ouverture du marché en France

Zooms
Par Severin Rasset   
Mercredi, 21 Avril 2010 11:01

Quelle est l'importance du poker dans la stratégie des opérateurs ?

Certains, comme Winamax ou Pokerstars, ont pour l'instant fondé leur stratégie exclusivement sur le poker. Et devront donc s'imposer rapidement sous peine d'un assèchement de leurs revenus. On s'inquiète cependant peu pour un acteur comme Pokerstars dont la trésorerie lui permettra d'absorber tous les investissements requis. D'autres groupes auront cependant besoin d'un retour sur investissement plus rapide pour garder la confiance de leurs actionnaires.
A contrario des opérateurs comme Unibet, Betclic ou Bwin auront quant à eux une vocation première à se battre sur le pari sportif, le poker constituant une deuxième source de revenus.

On assistera donc sans aucun doute à des communications très différentes pour attirer les nouveaux joueurs. Mais dans tous les cas, les opérateurs devront se battre âprement dans les premières semaines pour gagner des parts de marché.

Remise à zéro des opérateurs

Pas encore définitivement acquis, le scénario le plus probable est de partir d'une base de donnée vierge pour les site en .fr, les seuls qui seront légaux en France.
Les différents opérateurs pourront ainsi exploiter leur base de données acquise depuis le .com ces derniers mois ou ces dernières années mais devront cependant demander à leurs joueurs de créer un nouveau compte. Opération qui entraîne toujours une hémorragie du nombre de joueurs (exemple démontré à de nombreuses reprises quand une salle de poker change de réseau).

Les opérateurs vont donc très certainement se battre à coups de tournois lives, de freerolls et de promotions particulièrement agressives pendant les premières semaines pour acquérir coûte que coûte des bases de données clients importantes.
On pourrait donc assister à une compétition très forte pendant les premiers mois sur tous les bonus accordés aux joueurs, mais aussi sur la communication à la télévision, à la radio et via les différents partenariats noués. Quasiment l'ensemble des médias, de l'opérateur Internet à la chaîne de télévision en passant par la radio et la presse a en effet passé des partenariats avec les grands opérateurs sur le marché français.
Et si l'on ajoute à cela quelques petits poissons qui tenteront de surnager en appliquant une stratégie basée sur le prix, les joueurs devraient bénéficier de quelques mois où ils auront l'embarras du choix et des promotions.
Mais cela pourrait bien être le seul avantage de la naissance du réseau français.

Un peu moins de tout pour le joueur

Avant d'entamer la litanie des moins, revenons tout de même sur l'aspect le plus inquiétant du nouveau dispositif... la taxation ! Car une fois la période d'euphorie passée (voir le paragraphe précédent) et les plus faibles éliminés, les opérateurs vont rechercher la rentabilité. Et avec une taxation qui peut monter jusqu'à 40% de l'activité du joueur, cette taxe qui n'existait pas jusqu'à présent dans le petit paradis du poker en ligne va devoir se répercuter d'une manière ou d'une autre sur le joueur.
Et que ce soit par moins de tournois gratuits, moins de bonus, de rakeback ou autre, quelque chose devra être fait.
Ce changement drastique pourrait entraîner le basculement de bon nombre de joueurs dans la catégorie des perdants, eux qui gagnaient jusqu'à présent grâce aux bonus des salles.
La grande inconnue reste finalement la capacité du gouvernement à filtrer efficacement les offres illégales pour l'état français. Les exemples en Australie ou en Italie n'ont jusqu'à présent rien démontré de convaincant.
Sur les forums, beaucoup de joueurs réguliers, ou grinders, promettent d'émigrer à l'étranger ou de jouer sur des proxys pour contourner la loi. Une phénomène qui devrait cependant être négligeable par rapport à la masse de joueurs attendue.
Si l'on ajoute moins d'adversaires à affronter dans les parties de cash game, moins de tournois et surtout des tournois moins gros on comprend que le futur tableau est loin d'être idyllique pour le joueur français. Adieu le sunday million de Pokerstars, adieu les ECOOP ou les FTOPs d'Ipoker et de Fulltilt Poker... En limitant le réseau à un accès franco-français le législateur  prive les joueurs d'un des principaux intérêts d'Internet : pouvoir trouver une partie ou un tournoi à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit.
On attend avec impatience de savoir à quoi vont ressembler les réseaux à 8h00 du matin en semaine...

Des joueurs qui vont d'ailleurs vivre au situation inédite au coup d'envoi du marché français.

 

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Il y a quelqu'uunnnnnnnnnnnnnn ?

Ouverture du marché officielle, création d'un compte dans la foulée, impatient de jouer, un dépôt immédiat, téléchargement de la salle, arrivée sur le logiciel et... personne à affronter ! Un scénario probable pour les premiers arrivés sur les nouveaux réseaux. Une situation oubliée par tous, les lancements des réseaux de poker datant de 10 ans ou plus.

Verra-t-on le retour des "prop players", ces joueurs payés par les opérateurs pour animer et ouvrir des tables ? Les salles opérant sur le même réseau vont-elles se coordonner pour réussir leur lancement ?
Car le business model particulier du poker, qui implique le besoin d'une grande liquidité (voir l'article à ce sujet) va rendre particulièrement critique les premières semaines de lancement. Une arrivée réussie en dépassant la masse critique nécessaire et le cercle vertueux se met en marche. A contrario une captation insuffisante de joueurs entrainera un assèchement rapide du pool de joueurs.
Il suffit de regarder les statistiques des réseaux existants pour s'en convaincre : les leaders deviennent de plus en plus gros, les autres disparaissent ou se font racheter un par un.

Cependant en Italie, l'ouverture du marché a entrainé, sans la possibilité de jouer en cash game et malgré la concurrence d'une offre illégale importante, une augmentation de 40% du nombre de joueurs. Des chiffres qui rassurent un peu sur la capacité du poker a s'installer de manière pérenne sur le marché français.

Dans ma boule de cristal

A plus long terme on devrait assister d'ici deux à trois ans à un regroupement du secteur avec bon nombre de fusions/acquisitions.
Et pour finir sur une note plus positive, on peut également espérer qu'après une période d'apprentissage pour chaque pays avec la fermeture du marché au niveau national, on assiste à des regroupements en Europe et à une harmonisation de la législation. On peut ainsi imaginer un réseau qui parviendrait progressivement à s'étendre à l'Italie, puis à l'Espagne et à l'Allemagne, futurs pays qui s'intéresseront à une légalisation du marché du jeu en ligne. Il sera alors possible de choisir entre son ticket d'Euromillions et sa partie de poker pour jouer avec ses voisins européens.

On le voit, c'est donc une période extrêmement excitante et difficile qui s'annonce pour les opérateurs, les joueurs et l'ensemble des acteurs du marché avec l'entrée en jeu d'une nouvelle régulation entraînant une redistribution complète des cartes, de nouvelles règles de jeu et relançant chaque acteur de zéro ou presque avec des avantages compétitifs très variés. Tout reste maintenant à écrire...


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