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Le Poker est-il un sport ?


Dossiers
Par David Poulenard   
Lundi, 02 Février 2009 02:00


Un des aspects essentiels du sport est l’élément athlétique : même les sports les moins exigeants avec ce critère, tir, pilotage, curling par exemple, sont pratiqués par des individus dépassant rarement la quarantaine et en excellente condition physique. Et aucune comparaison possible entre le poker et des sports demandant des capacités physiques hors norme tels que le rugby, le basket ou la natation. Imaginez-vous un instant Doyle Brunson défier Michael Phelps ou Scotty Nguyen plaquer Chabal ? Ceux n’acceptant pas que l’on considère le poker comme un sport font remarquer avec une certaine logique que tout ce que doit faire un joueur est de rester assis plusieurs heures durant. Ce qui semble l’antithèse absolue du sport.

Dans le sport, une hygiène de vie et une diététique irréprochable sont indispensables ; au poker, certains champions ont remporté de grands tournois en étant notoirement éméchés et en ayant préparé leur finale en discothèque. Au poker, chaque participant a sa chance, quelque soit sa condition physique, son éventuelle surcharge pondérale, son âge ou sa masse musculaire. Et si l’on excepte quelques sports mécaniques, rares sont les activités où les femmes concourent à armes égales avec les hommes, au poker c’est pourtant le cas.

gus_hansen_fatigueL’aspect athlétique est si important dans le sport de compétition que la grande majorité des fédérations ont instauré des règles draconiennes concernant le dopage. Dans le poker, il n’existe aucun contrôle, ni même aucune restriction fut elle théorique. Si le physique était déterminant, nul doute que des contrôles seraient mis en place. On peut jouer alcoolisé, sous cocaïne, amphétamines ou bétabloquants ; malheureusement pour l’image du poker, ces abus, sans être fréquents, se produisent parfois.

Si le poker est réellement un sport, l’adage concernant sa noble incertitude est particulièrement adapté dans son cas. Existe-il d’autres domaines où un total inconnu peut l’emporter en face des meilleurs mondiaux ? Imagine-t-on qu’un joueur amateur remporte Roland-Garros en dominant successivement Nadal et Federer ? Et pourtant, l’histoire du poker est remplie de météorites qui parviennent à remporter des tournois dans lesquels figuraient les plus grands joueurs du monde.

Certains sportifs reconnus s’offusquent même que la comparaison puisse exister, ainsi Dwight Philips, champion olympique et multiple champion du monde de saut en longueur, déclare :
"J’adore le poker mais il n'y a aucune activité physique dans tout ça". Certains sont même ironiques à ce sujet. John Saint-Clair, joueur de football américain affirme : "la seule similitude entre le sport et le poker est que l’on transpire beaucoup, mais au poker uniquement quand on perd gros".

Pour tenter d’y voir plus clair, interroger quelqu’un connaissant aussi bien le sport de haut niveau que le poker professionnel semble nécessaire. Stéphane Matheu, ancien tennisman professionnel, n°1 français espoir, aujourd’hui coach de la team "Lekhaïm" (ElkY, Rémy Biechel et Jacques Zaicik), excellent joueur lui même, a un avis partagé sur la question : "Non, si on se fie à la définition classique du sport, celle du dictionnaire, il est impossible de considérer le poker comme un sport, l’aspect athlétique n’existe pas dans le poker". La réponse a fusé sans l’ombre d’une hésitation.

Pourtant Stéphane, après quelques secondes de réflexion, enchaîne : "Mais le poker est un véritable sport au niveau psychologique. Il demande une capacité de concentration exceptionnelle, une aptitude à gérer le stress en tout point identique à celle nécessaire dans le sport de haut niveau. Il faut aussi savoir gérer les cycles négatifs, gérer l’enchainement de contre-performances et à l’inverse gérer les gros résultats pour continuer à travailler, à se remettre en question pour poursuivre sa progression, exactement comme dans le sport".

Il poursuit : "Les meilleurs joueurs de poker ont cette hargne, cette volonté de vaincre que l’on retrouve chez les plus grands champions. Ils ont cette capacité à dominer leurs adversaires psychologiquement, en cela, au niveau de la psychologie le poker est réellement un sport".

fatigueCeux qui pratiquent fréquemment le poker en tournoi live confirmeront cette opinion : le poker est d’abord un sport de combat où il convient de prendre l’ascendant, techniquement certes, mais surtout psychologiquement sur son adversaire. Et cela demande une concentration intense pendant plusieurs heures, certains tournois pouvant durer 12 ou 14 heures d’affilée, l’effort requis est épuisant. Les joueurs disputant les plus grands tournois du calendrier terminent généralement leur journée exténués, vidés, dans un état de lassitude et de fatigue similaire, voire supérieure, à celle d’une compétition sportive. Le golf est l’un des sports générant la même sensation d’épuisement au terme d’une journée de compétition. Le parallèle est d'ailleurs intéressant car le golf ne nécessite pas d’exceptionnelles capacités physiques ni d’efforts intenses, mais il demande une constante et totale concentration des heures durant.

Est-ce un hasard si autant de grands joueurs de poker sont d’anciens sportifs de haut niveau ? Doyle Brunson se destinait à une carrière professionnelle de joueur de base-ball avant qu’une grave blessure ne mette un terme à ses espérances. David Benyamine, Gus Hansen, Patrick Antonius ont été des espoirs nationaux en tennis. Greg Mueller, aujourd’hui membre de la team Full Tilt, brillait dans le hockey professionnel avant d’entamer une reconversion réussie dans le poker, affichant plus d'un million de dollars de gains en cinq ans de carrière. Les footballeurs ne sont pas en reste, Thomas Brolin, Vikash Dhorasoo, Tony Cascarino, sont tous les trois devenus professionnels dans le poker une fois leur retraite prise. 


Deux explications s’imposent.
 Au fil de leur carrière sportive, les sportifs ont développé une capacité de concentration, un esprit de compétition et une aptitude à analyser leurs adversaires qui leur offrent un avantage certain sur d’autres joueurs.

Patrick Antonius affirme d’ailleurs : "C’est une évidence que mon passé d’athlète m’aide au poker. Les gens comme moi, Gus Hansen ou David Benyamine ont une longueur d’avance sur les joueurs lambda. Nous sommes mieux préparés, aussi bien physiquement que mentalement. Et quand tu es au top de ta forme physique, que tu as un mental et des nerfs d’acier, tu peux rester concentré longtemps et prendre les meilleures décisions".

boris_beckerDe plus, les sportifs de haut niveau avouent généralement que ce qui leur manque le plus, une fois que l’heure de la retraite a sonné, sont les sensations fortes ressenties dans le sport de haut niveau, la formidable pression qu’ils peuvent parfois subir et ces décharges d’adrénaline qu’ils retrouvent dans le poker ! Si Boris Becker et bientôt Michael Phelps ont décidé de se lancer dans le poker, ce n’est sans doute ni pour l’argent ni pour la gloire…

Même si une intense campagne de lobbying existe actuellement pour que le poker devienne sport de démonstration aux prochains Jeux Olympiques, il apparaît donc que le poker ne s’apparente pas véritablement à du sport au sens étymologique du terme. Pourtant, les similitudes sont nombreuses et les sportifs de haut-niveau semblent bénéficier d’un avantage certain. Le poker, pas tout à fait un sport mais beaucoup plus qu’un simple jeu d’esprit, reste une discipline unique, finalement inclassable, dont l’attrait doit énormément à cette singularité !


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