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Les "Prop Players"


Dossiers
Par Cyril Fievet   
Vendredi, 13 Février 2009 10:16



Que ce soit dans les casinos en dur ou sur Internet, vous avez déjà joué contre eux. Ce ne sont pas véritablement des joueurs professionnels, et pourtant ils sont payés pour jouer. Certains jouent à plein temps, d'autres pratiquent le poker comme une activité d'appoint. "Ils", ce sont les "prop players".

Un "prop player", de l'anglais "propositional player", désigne de façon générique un joueur employé par un casino - live ou online - pour attirer des clients. La mission du "prop" est simple : ouvrir de nouvelles tables et y rester, en général jusqu'à ce que la table soit pleine. En retour, le joueur perçoit une forme de salaire, qui varie selon les établissements et les sites.

Le joueur est donc payé pour jouer mais, contrairement au sponsoring, il ne représente pas une marque commerciale. Au contraire, et bien qu'il n'y ait rien de frauduleux dans le principe, le prop se doit d'être discret quant à son activité, ne pouvant en général rien révéler de son statut de "joueur maison". Il ne s'agit pourtant nullement d'une forme de triche (la question ne se pose pas en live et, sur Internet, le prop n'est en aucun cas un "super user" : en dehors d'arrangements financiers, un "prop player" ne bénéfice d'aucun avantage ou prérogatives sur les autres joueurs).

En théorie au moins, le principe est positif pour tout le monde. Pour le joueur payé, l'activité de "proping" est une forme de travail, dûment rémunéré. Pour le casino ou le site de poker, c'est un moyen de créer de l'action à moindre coût et donc, à terme, de générer davantage de rake. Quant au "quidam", il y gagne la possibilité de trouver plus souvent des parties en cours dans sa salle de poker favorite.

Bien que reposant sur des bases communes, le proping en live et sur Internet prennent des formes bien distinctes, qu'il s'agisse des accords financiers pour le joueur ou des modalités de ses interventions.

 

Live props, les "joueurs fonctionnaires"

En live, le prop player perçoit en général un salaire indexé sur le nombre d'heures passées aux tables. Très répandu aux Etats-Unis, le proping est cependant faiblement rémunéré, d'autant que le prop doit en principe jouer avec son propre argent. Un joueur maison est le plus souvent payé à l'heure, de l'ordre de 7 à 10 $. Même s'il existe des props à temps partiel, la plupart d'entre eux travaillent à plein temps, près de 40 heures par semaine. Leurs horaires de travail sont pré-établis et ces joueurs un peu particulier vont au casino comme d'autres vont au bureau - ou à l'usine. Certains casinos incluent d'ailleurs une couverture médicale ou des assurances à leurs contrats de proping...

Shirley Rosario, qui a joué en qualité de prop au Bicycle Casino de Los Angeles pendant deux ans, raconte sur son site personnel : "Je devais démarrer des parties, en ayant soin de toujours laisser un siège vacant pour de nouveaux joueurs ; dès que ce siège était occupé, je devais quitter la table avant d'être de grosse blind". Elle ajoute : "Il y avait parfois jusqu'à quatre prop players à la même table, notamment le matin quand il y a peu de clients".

"Il y avait parfois jusqu'à quatre prop players à la même table"

Dans ce petit monde, on établit un distinguo clair entre prop et "shill players". Ces derniers ont la même fonction, mais jouent avec l'argent du casino - et non le leur. Une pratique rare, qui tend à disparaître. "J'étais prop pour un petit casino dans l'Etat de Washington et j'avais beaucoup de chance car je n'avais pas à utiliser mon argent. Je jouais à 1/2 $ et j'étais payé 7,93 $ de l'heure, avec 100 $ pour jouer à chaque session. Si je montais au dessus de ces 100 $, je pouvais garder l'argent", explique par exemple Lephos.

Comme le résume Shirley, le métier de prop a, comme bien d'autres, des avantages et des inconvénients. "Cela aide considérablement à améliorer son jeu, on est payé pour jouer à un jeu qu'on aime, et cela permet de rencontrer beaucoup de gens qui partagent la même passion pour le poker. Mais l'inconvénient est d'être obligé de quitter une partie dans laquelle on aurait bien aimé rester". Et de conclure : "Les joueurs qui détestent quitter une partie quand ils sont perdants ne font pas de bons props".

 

Online props, les "chasseurs de rakeback"

Transposé à Internet, le principe de proping est démultiplié à l'infini. En ligne, les props ne sont pas rémunérés à l'heure mais par le biais du rake qu'ils génèrent, sous forme de rakeback. Qu'ils soient gagnants ou perdants, les props sont donc re-crédités à échéance régulière d'une fraction des sommes qu'ils ont joué. Ce pourcentage varie d'un site à l'autre, mais il est en général bien supérieur au rakeback auquel peut prétendre n'importe quel joueur (lire notre article sur le rakeback) : de 60 à 80%, parfois 100% et, dans des cas plus rares, plus de 100%. Ces conditions s'appliquent le plus souvent au cash game mais certains sites remboursent à leurs props les frais de tournois (sur un tournoi à 100 + 10 $, le prop ne paie que 100 $).

Un prop player ne doit jamais
faire publiquement état de sa qualité de prop...

En contrepartie, les props s'engagent à ouvrir de nouvelles tables, tout en respectant des conditions précises, variables d'un site à l'autre. Sur certains sites, un prop ne peut entrer sur une table que si celle-ci contient quatre joueurs ou moins, et doit la quitter si elle est remplie. D'autres imposent au prop de ne pas entrer sur une table sur laquelle un autre prop est déjà présent (le joueur doit consulter une liste des props intervenant sur un site donné et faire savoir à un "prop manager", via une messagerie en ligne, qu'il commence à jouer). Le prop doit également s'engager à ne mener aucune tentative de collusion avec d'autres joueurs, à rester courtois en toutes circonstance et... à ne jamais faire état de sa qualité de prop.

Bien que s'agissant d'un monde discret, voire invisible, certains joueurs ne respectent pas toujours ce dernier engagement, et fournissent - de façon anonyme - quelques détails sur leur "travail".

White Horse, joueur new-yorkais, raconte ainsi : "Je suis un prop sur un petit site, où je joue en Limit, à 2/4, 3/6 et parfois 5/10 $. La plupart de mes parties se déroulent en heads-up ou à trois ou quatre joueurs, et je gagne environ 40-50 $ par heure en rakeback, ce qui représente 20 à 25 cents par main. Je joue rarement plus de deux tables à la fois (et jamais deux heads-up simultanés, mon cerveau n'arrive pas à gérer). La variance est importante, mais le rakeback apporte une sécurité et avec un poker solide et une bonne assiduité pour un temps partiel (80 heures par mois), je me fais un complément très décent, entre 3 500 et 5 000 $ par mois".

"Mon deal repose sur un rakeback de 85%", confie quant à lui Miguel, joueur espagnol, prop sur Internet depuis six mois. "Cela me permet de gagner près de 2 000 $ par mois, un complément appréciable à mon salaire, sachant que je joue en prop entre quatre et cinq heures par jour. C'est un hobby, mais qui ressemble de plus en plus à un travail à temps partiel", résume-t-il.

 

Prop : eldorado ou miroir aux alouettes ?

En apparence, cette activité paraît donc facilement rémunératrice. Pourtant, gagner beaucoup d'argent en tant que prop player n'est pas si simple. "Nous gérons plusieurs milliers de props, mais seuls une centaine d'entre eux génèrent des gains supérieurs à quelques centaines de dollars par mois, et une douzaine seulement affichent des revenus supérieurs à 3 000 $ par mois", explique Jim Griffin, créateur du site Poker-Prop.net.

Car, en fait, et de façon quelque peu paradoxale, la difficulté de générer des revenus conséquents tient au principe même du proping : jouer sur des sites peu fréquentés. "D'une part il est difficile de jouer sur beaucoup de tables à la fois - pas assez de joueurs et chaque table est short-handed - d'autre part plus les limites sont élevées, moins on trouve de joueurs", explique Miguel. En somme, il est plus facile de gagner sa vie pour un joueur "classique" à des limites de 5/10 $ ou plus, que pour un prop player, chargé "d'attendre le client" sur des petites limites. "A des limites de 1/2 $ ou en dessous, il est quasiment impossible de bien gagner sa vie avec le proping", constate Miguel, ajoutant malgré tout que "presque tous les props qui jouent à des limites supérieures, 2/4 $ ou 3/6 $, vivent de cette activité".

Reste à savoir comment trouver les meilleur "prop deals". Il existe bien sûr des sites spécialisés, dont les salles de poker sont clientes, et qui référencent les offres disponibles à un instant donné (voir notre encadré ci-dessous). On trouve par exemple actuellement des offres de proping sur Simba poker, Carbon Poker, World Poker Exchange, Pitbull Poker ou Acesroyal.

"Il y a des props sur les très gros sites !"

D'autres offres sont disponibles, mais de façon plus confidentielle. Car, de l'avis général, le milieu du proping fonctionne largement sur le bouche à oreille. "Les meilleurs deals - 120 à 150% de rakeback - ne sont disponibles que pour les joueurs très expérimentés, qui se sont déjà fait un nom dans le milieu", raconte Miguel. Jim Griffin confirme : "les meilleurs deals ne sont pas disponibles publiquement, mais il y aura toujours des opportunités pour des props qui ont fait leurs preuves ou sont recommandés par d'autres joueurs".

Le proping n'est d'ailleurs pas l'apanage des nouvelles salles de poker en ligne. "Il y a des props sur les très gros sites, notamment lorsqu'ils ouvrent de nouvelles limites ou de nouvelles variantes", assure Miguel. "Les revenus moyens des props ont légèrement baissé ces derniers temps, du fait du nombre décroissant de petits sites. Mais il est important de noter que beaucoup des gros sites font toujours appel à des props. Ces grosses salles utilisent des props, même dans les parties qui sont actives, car il y a souvent des situations où quatre ou cinq parties en cours, à une limite donnée, affichent des listes d'attente, personne n'osant ouvrir une nouvelle table. C'est là qu'interviennent les props sur ces gros sites", conclut Jim Griffin.

 

Pour en savoir plus

Les offres de proping disponibles publiquement sont régulièrement diffusées sur les sites spécialisés suivants. Aucune condition particulière n'est requise pour devenir prop : il suffit de créer un compte sur le site, de choisir un "prop deal", puis de suivre scrupuleusement les instructions fournies.
  • Poker-Prop.net
  • RakeMeBack (accessible aussi par iPokerCashBack)
  • Rake Back Nation
  • Prize Wagon
  • Online Proping Forum


Quelques conseils avant de devenir prop sur Internet

Si l'aventure du proping vous tente, vous devez avoir bien conscience des points suivants :
  • Par définition, le rôle du prop player est d'ouvrir des tables, le plus souvent sur des sites nouveaux et qui manquent un peu d'action. Votre rôle de prop vous amènera donc très souvent à jouer en short-handed, parfois longtemps et à des tables de trois ou quatre joueurs. Si vous n'avez jamais joué short-handed, vous risquez de souffrir...
  • De même, beaucoup de sites imposent des limites minimales à partir desquelles les props peuvent jouer en cash game. Celles-ci sont souvent basses, mais bien plus élevées que celles habituellement pratiquées par les joueurs débutants ou moyens. Si vous jouez actuellement à des micro-limites du genre 0,15/0,30 $, passer brutalement à des limites comme 2/4 $ dans le seul but de bénéficier de "prop deals" serait déraisonnable
  • Les prop deals présentent de fortes différences d'un site à l'autre. Assurez-vous de bien en comprendre les subtilités. Par exemple, on trouve deux types de rakeback : le "contributed rake" (si le prop n'est pas dans la main, il ne touche aucun rakeback sur le pot généré par cette main) et le "rake share" (le prop perçoit du rakeback sur toutes les mains distribuées). La 2e solution s'avère plus rentable pour les joueurs de Limit. Par ailleurs, tenez compte du fait que les props ne peuvent en général bénéficier d'aucune des offres promotionnelles - points de fidélité, bonus... - des sites sur lesquels ils travaillent.
  • Les prop deals sont avantageux, mais le sont surtout pour les joueurs qui gagnent ou sont à l'équilibre. Si vous êtes un joueur qui perd de l'argent, le rakeback ne suffira pas à couvrir vos pertes - et devenir prop ne fera pas de vous un gagnant ! prop deals sont avantageux, mais le sont surtout pour les joueurs qui gagnent ou sont à l'équilibre. Si vous êtes un joueur qui perd de l'argent, le rakeback ne suffira pas à couvrir vos pertes - et devenir prop ne fera pas de vous un gagnant !

 



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