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Les réseaux de poker



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Par Severin Rasset   
Mercredi, 02 Septembre 2009 08:36
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En téléchargeant plusieurs logiciels permettant d'accéder à des sites de poker, on constate souvent une étonnante similitude entre des produits émanant pourtant de marques concurrentes, que ce soit au plan de l'interface ou dans les tournois proposés. La raison en est simple : derrière un grand nombre d’opérateurs distincts se cachent un petit nombre de réseaux, regroupant les joueurs et l’offre disponible en matière de poker sur Internet.

Quelle est la puissance réelle de ces acteurs de l’ombre, qui dirigent en fait le réseau - et non l'opérateur - sur lequel vous jouez ?

Etablissons tout d’abord la distinction entre réseaux indépendants et réseaux partagés, avant de nous intéresser plus avant au partage des tâches entre l’opérateur et le réseau, les droits et devoirs de chacun et les relations complexes entre les deux.

 

Réseaux Indépendants ou Réseaux Partagés

Au plan business, la clé du poker en ligne est de proposer aux joueurs une "liquidité" importante. Dans le jargon, la "liquidité" fait référence au nombre de joueurs qui fréquentent un réseau à un instant donné. En dessous d’un certain seuil, le réseau est en danger car il risque de ne plus proposer assez de parties pour satisfaire les joueurs se connectant sur le site. Un joueur cherche en effet souvent à jouer immédiatement, que ce soit en cash game, sur des Sit'n gos ou des tournois multi-tables, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit.

Les plus gros sites bénéficient ainsi d’un cercle vertueux : la présence en masse de joueurs favorisent l’arrivée de nouveaux joueurs, qui sont assurés de trouver de "l'action".

Quelques opérateurs ont pu atteindre une taille critique suffisante et ne partagent pas leur réseau : c’est le cas de PokerStars, Full Tilt Poker, PartyPoker et Everest Poker.

Les autres doivent se connecter à un réseau commun, pour accroître leur liquidité et ainsi partager leurs joueurs avec d'autres opérateurs. Par exemple, le réseau Playtech/iPoker regroupe plus de 90 sites qui partagent leurs joueurs et, si le poker en ligne mondial comporte environ 600 sites de poker, il ne compte qu'une petite quinzaine de réseaux.

Selon l’excellent site PokerScout, les parts de marché actuelles des principaux réseaux, pour ce qui concerne le cash game uniquement, sont les suivantes :

  • Pokerstars - 36,46%
  • Full Titl - 21,82%
  • iPoker - 7,89%
  • Partypoker - 6,82%
  • Cereus - 4,02%
  • Ongame - 3,44%
  • Everest - 3,01%
  • Microgaming - 2,61%
  • Boss - 2,44%

Comme tous les secteurs sur Internet, rien n’est inscrit dans le marbre et un réseau peut s’écrouler ou au contraire voir son trafic monter en flèche en quelques mois ou quelques semaines, et ce pour de nombreuses raisons. Une mauvaise mise à jour, des problèmes de stabilité, des promotions intéressantes, une offre de rakeback particulièrement attractive... tout cela peut influer - en bien ou en mal - sur la santé du réseau.

Il faut également noter que les salles peuvent assez facilement passer d’un réseau de poker à un autre. Cela implique des changements techniques importants mais on assiste chaque année à ce type de transferts.

 

Les avantages du réseau

Quel est l'intérêt pour un opérateur de rejoindre un réseau existant ? Comme nous l'avons vu, la raison première tient à la liquidité : un nouvel arrivant, dès le lancement de son site, va bénéficier d'une masse de joueurs déjà fédérés par les autres opérateurs travaillant avec le réseau. Seul, il aurait du mal à intéresser des joueurs, au moins au début, à venir sur un site désert - et encore moins à y rester (certains tentent malgré tout l'aventure, et afin de remplir leurs tables, font appel à des joueurs rémunérés, des Prop players).

Autre avantage du réseau : bénéficier d’une solution technique clé en main. Le logiciel est en effet le même pour tous les opérateurs et il appartient au réseau de le développer, l’améliorer et le maintenir. Cela représente beaucoup de coûts en moins pour l’opérateur - et un savoir-faire qu’il n’a pas besoin de maîtriser.

C’est également le réseau qui se charge de maintenir une offre équilibrée, que ce soit pour les tournois ou les parties de cash game. L’opérateur peut ainsi se concentrer sur le marketing et le recrutement des joueurs.
De plus, le réseau propose également des promotions communes où sa puissance de feu permet de faire des offres attractives comme des "rake races" (promotions où les joueurs doivent jouer le plus possible) de plusieurs centaines de milliers de dollars.

Enfin, le réseau étant le seul à avoir accès à l’ensemble des informations concernant les joueurs, c’est lui qui se charge de lutter contre la collusion et toutes les formes de triche liées au jeu (voir nos article sur la triche en ligne).

 

Une offre plus ou moins intégrée

Les opérateurs peuvent choisir librement d’utiliser les outils mis à leur disposition par le réseau tels que :

  • Le service client : certains sites disposent de leur propre service client tandis que d’autres se contentent de déléguer cette tâche au réseau, qui regroupent alors toutes les demandes. La première solution est bien sûr plus couteuse mais permet généralement d’offrir un service de qualité supérieure.
  • Le paiement : la salle de poker sur laquelle peut utiliser ses propres moyens de paiement ou simplement reprendre les facilités de paiement offertes par le réseau.
  • Le site Internet : il existe même des solutions clé en main où le réseau se charge de fournir un site Web quasi complet.

C’est ainsi que l’offre s’échelonne du simple site géré en totalité par le réseau aux grands sites limitant leur dépendance au logiciel. On peut cependant reprocher un manque de clarté pour l’utilisateur qui ignore tout du site sur lequel il joue.

Tous ces avantages appellent bien sûr à une contrepartie.

 

Les devoirs des opérateurs envers leur réseau

La contrepartie est avant tout financière. En échange de l’ensemble de ces services rendus, l’opérateur s'engage par contrat à verser une partie de son chiffre d’affaires (provenant du fameux rake) au réseau avec qui il travaille. Selon le rapport de force, sur lequel nous reviendrons, et le réseau en question, ce pourcentage peut osciller entre 10 et 20%. Ainsi, si une salle génère un chiffre d’affaires d'un million d’euros, elle devra payer entre 100 et 200 000 euros au réseau.

Au-delà de l’obligation financière, l’opérateur s’engage également à respecter un ensemble de règles édictées par le réseau. Celles-ci vont du montant du bonus de premier dépôt aux règles de conduite avec les affiliés en passant par d’éventuelles interdictions dans l’offre proposée.

Le but est de fixer des règles de concurrence entre les différents opérateurs, afin d’éviter une pression trop grande entre eux et une surenchère permanente risquant de mettre en péril leur santé financière.

L’exemple le plus récent de ces limitations fut l’interdiction complète du rakeback sur plusieurs réseaux. Celui-ci a en effet été jugé trop dangereux et cannibalisant les résultats des opérateurs, les conduisant à se "voler" des clients au lieu d’essayer d’en attirer de nouveaux. Le non respect de cette politique a conduit à l’éviction pure et simple de certaines salles comme Carlos Poker, renvoyée du réseau iPoker.

 

Comment se différencier pour les opérateurs ?

Car il faut bien le reconnaître, il n’est parfois pas facile de différencier deux sites concurrents utilisant le même logiciel et proposant les mêmes tables de cash game et la même offre de tournois.

 Pour se différencier, il reste principalement trois éléments aux opérateurs :

  • La marque : sans doute un des éléments les plus importants. Les joueurs ont besoin d’une marque forte pour réaliser leurs dépôts et faire confiance à un site
  • Le service client : le service aux joueurs dans son ensemble est sans aucun doute l'un des éléments les plus forts pour se différencier de la concurrence. Répondre dans la langue du joueur, en un délai court et de manière efficace peut sembler la base mais beaucoup de sites ne semblent pas l’avoir compris.
  • Les promotions : au-delà des promotions communes, chaque site est libre, dans les limites fixées par le réseau, de créer des promotions innovantes.

Malgré tout, la difficulté pour un opérateur de garder ses joueurs expérimentés est sans aucun doute l'un des problèmes majeurs auquel il doit faire face sur un réseau partagé. Un joueur changeant d'opérateur au sein du même réseau ne sera pas très dépaysé et les joueurs expérimentés savent faire jouer la concurrence.

 

La relation de force

Comme dans toute relation entre client et fournisseur, la taille de chaque acteur est primordiale dans les relations qui s’établissent entre le site et le réseau qui l’héberge.

A un bout de la chaîne, les petits sites qui réalisent un chiffre d’affaires de quelques dizaines de milliers de dollars ont des conditions financières difficiles, et leur avis quant aux évolutions du logiciel ne sera que rarement pris en compte. Ils doivent donc se contenter ce qu’il leur est offert.

De l’autre côté, on trouve des opérateurs dont la taille est suffisamment importante pour, à eux seuls, faire une grande différence sur le réseau. Ainsi le géant du pari sportif Ladbrokes sur le réseau Microgaming a le pouvoir de dicter ses conditions au réseau car son départ aura des conséquences catastrophiques.

Il faut également noter que la relation peut sembler biaisée pour certains opérateurs car, à l’exception notable de Boss Media, tous les réseaux possèdent leur propre salle de poker : Titan Poker et CD Poker pour iPoker, Bwin pour Ongame... On peut facilement penser que le réseau aura tendance à privilégier sa propre salle.

Dans tous les cas, pour la plupart des opérateurs, le réseau qui les héberge est un mal nécessaire pour leur permettre d’opérer. Pour un nouvel entrant, il n’y a pas d’autre solution, à moins d'une situation particulière ou de possibilités de financement massives.

Commentaires (3)
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Par SimEFP., September 03, 2009
Super article! Merci Severin :-)
0
...
Par Feeling, September 16, 2009
Tres bon article ! ;)

Avec un bémol sur l'affichage des chiffres % quantités/répartition des joueurs selon réseaux qui comme tu le précise ne sont que sur base du CG et ne représente pas le monde réel du poker. Car les joueurs qui remplissent les salles sont ceux de tournois sng et mtt par 10aine ou 100aine de milliers. (pokerscout en défaut CG)...

Par contre je recherche c'est le nombre de joueurs par room dans un même réseau.... (ex : ipoker = players 770, player chili, players cd, etc....) afin de voir quelles sont les rooms "individuelles" qui ont le plus de succès de part leur promos, fonctionnements, etc... dans un MEME réseau... cela serait intéressant.

Feeling ;-)
0
sympas cette article
Par charles cyril, November 06, 2009
je trouve cet article tres bien et tres complet par contre la donne risque de changer en france avec les nouvelles lois sa marcheras toujours en reseau ?


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PLAYER OF THE YEAR FRANCE


Nom
Score  
1
Bertrand
Grospellier
752.535

2
Bruno
Lopes
530.445

3
David
Benyamine
528.491

4
Aubin
Cazals
489.855

5
Alain
Roy
467.549

6
Roger
Hairabedian
457.068

7
Paul
Guichard
418.656

8
Tristan
Clemencon
411.163

9
Eric
Sfez
405.595

10
Phillippe
Ktorza
376.967



Top 100 France


Nom
Score  
1
Bertrand
Grospellier
2759.03

2
Roger
Hairabedian
2155.08

3
Tristan
Clemencon
1713.59

4
Fabrice
Soulier
1646.57

5
Phillippe
Ktorza
1626.17

6
David
Benyamine
1617.73

7
Alain
Roy
1614.92

8
Bruno
Lopes
1609.56

9
Guillaume
Darcourt
1514.07

10
Ludovic
Lacay
1487.5