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Poker et alimentation (I) : à la recherche du bon équilibre


Dossiers
Par Mélanie Lemaire   
Mardi, 24 Novembre 2009 14:01
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Jamie Gold aurait-il gagné le Main Event des WSOP 2006 sans manger des bols entiers de myrtilles? La question peut faire sourire mais la réponse est-elle si évidente ? Car depuis que le poker s’est professionnalisé, tous les paramètres du jeu sont soigneusement étudiés. L’alimentation en fait partie... dans une certaine mesure.

 

jetons_fritesMain Event des WSOP 2006, Jamie Gold mène une marche triomphale jusqu'au bracelet et aux 12 millions de dollars... en mangeant des bols pleins de myrtilles, y compris en table finale et même en plein milieu de gros coups. "My brain food", expliquait-il alors. Une image étonnante, sans doute symbolique, mais qui n'est pas dénuée de sens. La façon dont s'alimentent les joueurs de poker avant et pendant les longs tournois n’est pas étrangère à leur état physique et mental, à leur perception du jeu et des adversaires, à leur résistance. Un joueur se préparant à passer plusieurs heures d’affilée à une table, à rester concentré main après main, à bluffer de manière efficace et intelligente des heures durant devrait donc sans doute adapter son alimentation. Mais jusqu'à quel point ?

Lorsqu’il a commencé son travail de préparateur auprès d’ElkY, Stéphane Matheu était convaincu qu‘il fallait, entre autres, s’attaquer à l’alimentation du joueur français n°1. "Il se nourrissait de manière très déséquilibrée, sans repas régulier, avec des aliments pas toujours appropriés", raconte-t-il. "Dans le cadre d’une préparation plus globale, je l'ai convaincu qu'il était essentiel de travailler sur ce point. Je lui ai transmis mes connaissances, tirées de mon expérience de tennisman : s'en tenir à trois repas par jour, éviter le grignotage et les aliments gras. Mais ces changements ne servent à rien sans des améliorations complémentaires dans le domaine de l'exercice physique, du sommeil..." Au contraire d’Elky, les habitudes alimentaires de Vikash Dhorasoo, footballeur devenu l’un des meilleurs joueurs de poker français, étaient très strictes lorsqu’il s’est lancé dans sa deuxième carrière : ne jamais manger hors des repas, même durant les tournois. "Mais ma discipline alimentaire en tant que joueur de poker n'a rien à voir avec celle que j'observais durant ma carrière de footballeur. Je n’ai jamais organisé ma journée en fonction d’un tournoi. Je ne vais pas manger un plat de pâtes trois heures avant de m’asseoir à une table, par exemple ! Pour moi, bien dormir est bien plus important : si j’ai faim pendant un tournoi, je pourrai toujours manger quelque chose. Ce n’est pas vrai avec le sommeil."

Mais tous les anciens sportifs professionnels ne sont pas aussi sérieux que Vikash Dhorasoo. Ainsi, lors des WSOP 2007, Greg Mueller, ancien hockeyeur converti aux tables de poker, réussit un beau parcours avec notamment une deuxième place dans un tournoi à 5 000 $. Une belle performance que le joueur met alors à profit pour un nouveau départ. "J’avais beaucoup grossi depuis ma retraite de hockeyeur, passant en quelques années de 95 à plus de 120 kg. Je me rendais bien compte que ce n’était pas souhaitable alors j’ai embauché un nutritionniste après ces championnats du monde pour m’aider à manger sainement. En parallèle, j’ai refait de l’exercice et j’ai ainsi perdu 25 kilos. Manger de façon saine m‘aide à me sentir bien dans ma peau et donc à être mieux à une table de poker."

À l’image de Greg Mueller, si la discipline alimentaire a rarement été une habitude dans le monde du poker, cette mentalité tend à changer depuis quelques années. De nombreux pros se sont décidés à y prêter attention, sans doute à cause de l’arrivée d’une horde de jeunes joueurs talentueux, les "anciens" cherchant désormais tous les moyens d’améliorer leur performance. "Je suis tout à fait conscient de l‘importance de mon alimentation durant un tournoi", explique Greg Mueller. "Mais les bonnes résolutions sont difficiles à tenir. Par exemple, avec mes amis à Las Vegas, les premiers jours des périodes de tournoi, on achète des légumes, des fruits, des céréales. Mais au bout de quelques jours, la fatigue s’accumulant, on perd notre volonté de faire attention et on commence à manger n‘importe quoi."

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Les indispensables glucides

Éviter les graisses, choisir un régime privilégiant glucides et protéines sont des conseils donnés par tous ceux qui, de près ou de loin, se sont intéressés aux activités où la concentration, la mémoire et l’endurance mentale sont essentielles. "Même si le poker n’est pas exigeant physiquement, il peut être fatigant mentalement", reconnaît Myles Johnston, nutritionniste spécialisé en nutrition sportive à Montréal. "Et pour alimenter le cerveau, il faut, en premier lieu, privilégier les glucides. S'ils viennent à manquer, le cerveau puisera dans d’autres parties du corps les glucides dont il a besoin pour fonctionner, affaiblissant ainsi l’ensemble de l’organisme."

Les glucides se trouvent en grande quantité dans les fruits et les céréales. Tous les fruits en sont particulièrement riches. Quant aux céréales, qu’il s’agisse d’avoine, de riz, de pâtes, leur apport est toujours intéressant. Mais les glucides ne suffisent pas pour assurer un fonctionnement optimal du cerveau. Il est essentiel de compléter ce régime avec des protéines, que l'on trouve essentiellement dans les viandes, les poissons et le lait, et de suivre une alimentation équilibrée, la moins grasse possible.

On peut aussi privilégier les apports énergétiques sous forme de gélules. On trouve du ginkgo biloba et du ginseng, par exemple, dans la plupart des boissons énergisantes mais, mieux encore, ils se trouvent sous forme de gélules dans de nombreuses pharmacies ou magasins de produits naturels. Sous cette forme, ils sont efficaces pour augmenter la concentration, mais attention toutefois de ne pas en abuser. "En prendre de façon modérée durant les tournois permet de donner une capacité de concentration supplémentaire, sans risque d’effets secondaires", affirme Myles Johnston. "Ils ont un effet immédiat, qui peut persister jusqu’à deux heures et demi. Il faut néanmoins, si vous prenez des médicaments, vérifier la compatibilité avec ces substances auprès d’un médecin ou d’un pharmacien."

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Mangez peu et bien

Durant les tournois, mieux vaut manger léger. Au moment des pauses diners, notamment, lorsque la fatigue commence à se faire sentir, le repas doit être facile à digérer pour éviter toute envie d’assoupissement lors de la reprise. Par ailleurs, entre ces repas, des collations composées de fruits et de barres de céréales peuvent compléter ce régime alimentaire "spécial tournoi". "Allier vrais repas et collations permet un apport de glucides complexes et de glucides simples", explique Myles Johnston. "Les premiers, présents surtout dans les céréales, se digèrent plus lentement et permettent de maintenir un niveau de glycémie stable et un effet de satiété durant plusieurs heures. Les secondes, que l’on trouve dans les fruits, le chocolat, les biscuits, sont rapidement intégrées par le corps. Elles permettent une élévation rapide de la glycémie mais durant un temps limité, ce qui peut amener un coup de fatigue ensuite."

Par ailleurs, les boissons sont un point important de l’alimentation pour être en meilleure forme possible lors des tournois. Boire de l’eau régulièrement, surtout ne pas attendre la sensation de soif pour boire, permet d’éviter la déshydratation qui a des effets néfastes sur le fonctionnement du cerveau. D’autres boissons peuvent aussi permettre d’améliorer son endurance autour de la table : le café ou les boissons énergisantes constituent des apports intéressants en caféine, un élément propice à la résistance. "Le problème du café est son effet diurétique", prévient Myles Johnston. "Il augmente l’état d’alerte du joueur mais la nécessité d’aller régulièrement aux toilettes est un inconvénient certain."

 

Un effet mis en doute pour une discipline difficile à suivre

Encore aujourd’hui, de nombreux joueurs de poker rechignent à prêter attention à leur alimentation. Ils doutent de son influence sur leurs résultats. Et une alimentation appropriée est contraignante, difficile à s’imposer de façon durable, d’autant plus que ses effets ne sont ni immédiats, ni évidents. "Je ne pense pas qu’ElkY joue mieux au poker ou qu’il prenne de meilleures décisions grâce à sa nouvelle façon de manger", reconnaît Stéphane Matheu, "mais cela améliore peut-être légèrement sa concentration, c’est peut-être un petit plus lors des moments de fatigue. En tous les cas, ces évolutions doivent être observées sur la durée. Pour moi, il faut surtout qu’il se sente bien dans sa peau. Cela passe certes par l’alimentation mais aussi par le sport, le sommeil, une discipline globale de vie, une meilleure gestion de ses déplacements... Jamais je ne dirais qu’il suffit de mieux manger pour mieux jouer."

 

Photo de Une : (cc) Hamad M

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PLAYER OF THE YEAR FRANCE


Nom
Score  
1
Bertrand
Grospellier
752.535

2
Bruno
Lopes
530.445

3
David
Benyamine
528.491

4
Aubin
Cazals
489.855

5
Alain
Roy
467.549

6
Roger
Hairabedian
457.068

7
Paul
Guichard
418.656

8
Tristan
Clemencon
411.163

9
Eric
Sfez
405.595

10
Phillippe
Ktorza
376.967



Top 100 France


Nom
Score  
1
Bertrand
Grospellier
2759.03

2
Roger
Hairabedian
2155.08

3
Tristan
Clemencon
1713.59

4
Fabrice
Soulier
1646.57

5
Phillippe
Ktorza
1626.17

6
David
Benyamine
1617.73

7
Alain
Roy
1614.92

8
Bruno
Lopes
1609.56

9
Guillaume
Darcourt
1514.07

10
Ludovic
Lacay
1487.5