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Almira Skripchenko

Interviews
Par Cyril Fievet et Claire Renaut   
Mercredi, 24 Juin 2009 07:11


Après trois jours riches en émotions, Almira Skripchenko, membre de la Team Winamax, est l'une des très rares joueuses à s'être hissée en table finale d'un tournoi des World Series of Poker 2009. Dans l'événement #36, un tournoi de Hold'em No Limit à 2 000 $ qui avait attiré près de 1 700 joueurs, elle terminera 7e, enregistrant son plus gros gain au poker (78 600 $).


almira_0MadeInPoker : Raconte-nous ton tournoi...

Almira Skripchenko : La 1ere journée a commencé de façon catastrophique. Au bout de trois coups, je suis tombée à 1100 [le tapis de départ était de 6 000 jetons, NDLR], après avoir raté un bluff. Curieusement, je n'étais pas découragée, d'autant que mon adversaire a commis l'erreur de me montrer sa main, montrant qu'il m'avait sur-bluffé. Je me suis dit que ce n'était pas grave, et en utilisant toutes les informations que j'avais accumulées sur les joueurs, je suis remontée à 12 000 en deux heures. C'était un peu chaotique, mais j'ai pris de bonnes décisions.

Après, j'ai eu peu de bonnes cartes, j'ai tenté de voler les blinds mais j'ai dû jeter mes cartes après des sur-relances. Je n'ai eu qu'un coup de chance dans ce tournoi, en gagnant avec 10-10 contre J-J, mais c'était une situation mécanique... Après, petit à petit, j'ai réussi à piéger mes adversaires.

J'ai changé de table en fin de journée, rejoignant des joueurs que j'avais déjà rencontré. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais ils avaient une image de moi leur faisant penser que j'étais capable de gros bluffs. L'un deux m'a sur-relancé après que j'aie relancé Under The Gun. J'ai à nouveau sur-relancé, et il ne m'a pas cru, envoyant son tapis. Mais j'avais deux as ! Je ne sais pas ce qui s'est passé dans sa tête... A la fin de la 1ere journée, j'avais beaucoup de jetons.

Au jour 2, on était proche des places payées et je me suis retrouvée à la table d'un très fort joueur online, Shaun Deeb. Je l'ai beaucoup observé au début, il était vraiment terrifiant. Il relançait tous les coups et profitait vraiment de la bulle. J'ai bien choisi mes spots pour le sur-relancer, et j'ai senti qu'il n'osait pas faire contre moi les moves qu'il tentait avec d'autres joueurs. Il a finalement commis une erreur, lui faisant perdre la moitié de son tapis. J'avais compris comment il fonctionnait et au bout d'un moment, j'ai relancé Under The Gun, un autre joueur a payé et Deeb a fait tapis. Je savais que son éventail de mains était très large et j'ai décidé de payer avec A-Q. Il avait 6-6, j'ai touché mon as et je l'ai éliminé. Le reste de la journée s'est bien passé : quand j'étais payée et que je devais montrer ma main, j'avais de bonnes cartes et les mains que je ne montrais pas étaient en général des bluffs...

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Almira, au fond, en table finale des World Series

 

As-tu douté dans ce tournoi ? As-tu ressenti davantage de pression que les autres fois ?

Le doute fait partie intégrante de la vie des joueurs d'échecs et de poker. Ca ne m'inquiète jamais. On est toujours en train de se remettre en question. Le plus dur dans tout cela était de tenir psychologiquement et nerveusement.

Je ne pensais pas trop à la bulle et au fait d'être payée ou non. Le plus important pour moi était de jouer bien par rapport à mes adversaires.

Un cash de plus ne change pas grand chose pour moi. Ca change peut être des choses dans les classements, mais je voulais surtout aller au bout.

 

Comment as-tu vécu ton arrivée en table finale ?

Ca faisait déjà deux jours que je ne dormais plus... En plus de la tension intellectuelle et nerveuse, je me comporte comme un ordinateur dans ces situations : j'enregistre tellement d'informations que je n'arrive plus à dormir. Je dois ressortir toutes ces données, les trier, les analyser... et c'est déjà le matin [rires].

Du coup, je suis arrivée comme un zombie au jour 3, et j'ai dû prendre des boissons énergisantes pour tenir et retrouver un peu de lucidité. Quand on est fatigué, on perd beaucoup de sa lucidité et les mécanismes de prise de décision ne tiennent plus la route ; la plupart des gens ont tendance à se "suicider" dans ses situations.

Au départ, j'étais un peu stressé car je suis très vite partie à tapis avec une paire de dames, contre paire de 10 en face. Même quand on est devant, la première fois qu'on part à tapis en table finale, c'est terrible.

Petit à petit, la tension est un peu retombée et j'ai pu jouer normalement. Je pense avoir saisi toutes les situations possibles pour jouer mes mains.

almira_2

 

Comment as-tu géré le fait de retrouver un autre membre de la team Winamax, Anthony Roux, en table finale ?

Avec Anthony, on s'est regardé et je voyais que ce grand joueur, qui domine les plus grosses tables de cash game online, était aussi affecté que moi. On s'est fait des calins, on s'est soutenu mutuellement. On avait attendu ce moment depuis tellement longtemps, on a essayé de se soutenir jusqu'au bout. Ceci dit, on ne s'est pas évité. On a joué plusieurs coups ensemble, et j'ai dû défendre ma blind contre lui.

 

Et comment as-tu vécu ton élimination, sur un bad beat, dans un coup que tu devais gagner huit fois sur dix ?

Pour la première fois de ma vie, je n'ai pas pleuré ! [rires] Tout le monde sait que je déteste perdre, en particulier aux échecs. Mais le poker m'a beaucoup endurci, car c'est une discipline où il faut s'habituer à la défaite. Il faut prendre les choses avec philosophie : on accepte la mort et cela ne nous empêche pas d'avancer dans la vie...

Ceci dit, j'étais vraiment sonnée. J'étais prête à aller jusqu'au bout, à m'accrocher jusqu'à la dernière seconde. Toute l'équipe m'a beaucoup aidé à passer ce moment difficile. Deux jours plus tard, j'ai mieux dormi et commencé à me détacher de ce tournoi.

Quant à savoir ce que je ressens aujourd'hui, c'est difficile à dire. Les mots "déçue" (d'avoir échoué près du but) ou "contente" (d'avoir fait un beau résultat) sont trop simples. Il y a une telle palette d'émotions, tellement compexes, quand on joue et qu'on passe au travers d'un filtre de plus de 1 000 joueurs, ce qui paraît insurmontable au départ... C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je ne veux pas jouer le Main Event. C'est trop gros, je ne suis pas assez entraînée. Je n'ai pas encore la peau assez dure pour de telles manifestations.

En somme, je suis déçue de ne pas avoir été jusqu'au bout, mais je suis malgré tout très heureuse de constater que je me suis endurcie. Je n'ai plus peur de perdre. Je pense que j'ai franchi une étape de mon propre développement.

 

Que vas-tu faire de tes gains ?

Pas grand chose... Cela va m'aider à rembourser le crédit de mon appartement, et je vais sans doute faire quelques cadeaux à mes proches. Mais je ne pense pas m'offrir grand chose. Je ne suis pas quelqu'un qui peut rester sans rien faire. Je ne prend jamais de vacances car je m'ennuie au bout de trois jours. Si je m'offre quelque chose, ce sera dans un domaine nouveau, comme m'inscrire à un cours de danse, pour explorer mon côté animal et plus seulement mon côté cérébral [rires].

 

Comment parviens-tu à combiner ta vie de joueuse professionnelle - d'échecs et de poker - avec ton statut de mère de famille ?

C'est assez difficile et cela crée parfois des situations bizarres. Des fois, la nuit, je joue, alors que ma fille est avec mon mari ou ma mère. Je ne suis sans doute pas une maman idéale... Quand sa maîtresse d'école demande à ma fille ce que fait sa mère, elle répond qu'elle joue aux cartes ! [rires] Ca a été comme ça toute ma vie, quand on me demandait ce que je faisais dans la vie, je répondais que je jouais aux échecs, et on me demandait alors : "mais à part ça ?" [rires] Malgré tout, je pense que je ne peux pas exister sans le jeu.

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Almira joueuse d'échecs, à 12 ans

 

Aujourd'hui, te considères-tu plutôt comme une joueuse d'échecs ou de poker ?

J'ai très envie de progresser au poker, mais ce qui m'en empêche encore est le rêve de participer au Championnat du monde d'échecs, qui est finalement programmé pour l'année prochaine. Je n'ai pas le choix, je dois m'y préparer de façon intensive, avec cinq à six heures d'entraînement par jour, ainsi que du sport pour travailler l'endurance.

Ca me déchire de devoir faire les deux choses à moitié. Mais une fois que ce championnat sera passé, je pourrai me dire que j'ai tout fait pour y arriver. Comme le dit Manu [Manuel Bevand, également membre de la Team Winamax], tant que je consacrerai autant d'energie aux échecs, je ne pourrai pas y arriver au poker. C'est un double sacrifice : le jeu en général, par rapport à la famille et à mon enfant, et le déchirement entre poker et échecs.

Commentaires (2)
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Echec et poker
Par Benoit.S, juin 25, 2009
Merci pour cette interview qui nous rappel que le monde des échecs à haut niveau est un travail d'acharner et d'une complexité infinie ! Bon courage à notre grande joueuse pour les championnats du monde de l'année prochaine !

Et je suis sur que nous entendrons parler d'Almira dans un futur proche au haut niveau du poker ... une collection de jolie (c'est ironique) bracelets est à ça porté ! Cela me ravirait d'enfin voir une joueuse française briller lors des Wosp. Place aux joueuses pour le moment assez méconnues mais talentueuses !
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Echecs
Par chris3fr, juin 27, 2009
Quelle formidable joueuse d'échecs est Almira !
bravo pour ta TF aux wsop et good luck pour les championnats du monde d'échecs !

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