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Bruno Launais : "Plus qu'un bracelet, je veux un titre EPT !"


Interviews
Par Steven Liardeaux   
Mardi, 14 Décembre 2010 11:26

Cette interview de Bruno Launais a été réalisée lors du Chilipoker Festival Marrakech, la veille de son entrée dans le WPT. Bruno s'ouvre... un peu. Car son jardin à lui, il aime bien le garder secret tout de même... Rencontre.


Finaliste de l'EPT, mais tu es sorti 8e, sur un coup probablement évitable... As-tu digéré?

Oui c'est digéré même si c'est toujours rageant, parce que tu sais que tu n'es pas très souvent en table finale d'un EPT, et quand tu l'atteins, celle-ci ou dans n'importe quel tournoi d'ailleurs, t'espères toujours que ça se passera bien, parce que c'est vrai que les écarts de prix sont assez fous entre chaque place, donc tu sais très bien que c'est là qu'il faut être le plus performant, au minimum top 3 en fait. C'était mon objectif le top 3, et je l'ai raté, donc je suis déçu par rapport à ça. Mais bon, c'est digéré, faut l'encaisser, c'est la vie, c'est le poker.


Et alors ici, comment se passe ton séjour à Marrakech jusque là et quelles ambitions tu nourris pour ce WPT ?

Le titre, clairement ! J'ai vraiment envie de gagner un titre majeur. Ne serait-ce que pour l'accomplissement. Table finale c'est bien, mais c'est pas pareil, c'est vraiment un titre qui me ferait vibrer, surtout un titre EPT. Plus qu'un bracelet WSOP, je préférerais un titre EPT par exemple ! Et vraiment, la victoire c'est mon objectif, oui.


Tu as d'abord été très connu sur Internet, avant de faire de belles perf's en live, peux-tu nous raconter un peu ton parcours pour le grand public qui ne te connaît pas encore très bien.

Je suis parti de rien sur Internet à la base, au début j'ai joué gratuit, et puis j'ai fait un an avec ERASMUS, j'ai appris un peu en Angleterre, dans les pubs. Au début je suis arrivé, je croyais que je savais jouer... et puis pas du tout en fait ! Je me suis fait dérouiller six mois, et les six mois suivants j'ai commencé à gagner très souvent. J'ai pas perdu beaucoup, c'était des parties à 5£, des mini-turbos, c'était marrant, on en faisait deux par semaine, et c'est à partir de ce moment là que je me suis mis à jouer en argent réel sur Internet. Je suis monté gentiment, correctement, jusqu'en août 2008 où là j'ai découvert le heads up et j'ai complètement explosé et j'ai gagné en un mois, ce que j'avais gagné en un an !

Puis premier gros tournoi live où je me qualifie sur Internet pour un EPT, c'était à Deauville en 2009, et tout de suite première table finale ! Alors oui tout s'est bien passé, mais c'est vrai qu'à l'époque j'ai tenté des moves, des trucs de fous que jamais je retenterais aujourd'hui, des gros bluffs absurdes par exemple. Il n'y a que la table finale qui ne s'est pas très bien passée encore une fois.

Par la suite je continue de confirmer online, en faisant des mois très réguliers, en étant très rigoureux dans ma gestion... et c'est là que je me fais repérer par Partouche, en étant un des plus gros gagnants du site. Puis j'ai gagné une étape du Super-Sat à Aix en Provence, et ça, plus la perf' lors du Main Event du Partouche saison 2, m'ont fait décrocher un contrat de sponsoring avec Partouche, pour deux ans. Normalement je pars d'ailleurs pour refaire une année avec eux...

Et cet été, A Vegas, j'ai fait une belle perf' aussi en terminant 4e du short-handed à 5 000$, ce qui m'a fait beaucoup de bien après une année un peu compliquée, notamment sur des tournois ou je faisais beaucoup de deep run, mais à chaque fois ça se passait mal sur la fin. Et pourtant j'ai encore des regrêts de cette table finale, parce que j'étais vraiment pas loin pourtant. Ça se joue tellement à peu de choses... Même si sur le coup, évidemment, je suis très heureux. C'est une sensation beaucoup moins frustrante qu'à Deauville ou Vienne.


L'arrivée du .fr, c'est une révolution qui a changé quelque chose pour toi ?

Disons qu'il y a beaucoup plus de fréquentations et beaucoup plus d'actions qu'avant, notamment sur le cash game. Désormais, il y a tout de temps des tables ouvertes en high stakes.. enfin en 2€/4€ ou 3€/6€, ça commence à déjà devenir pas mal. Après évidemment, il y a plus de rake, mais c'est compensé avec le niveau des joueurs qui est plus moyen. Je suis très gagnant, mais je ne donne pas trop de chiffres. Certains aiment bien publier leurs gains, moi j'aime pas trop exposer... Tu vois par exemple, je suis certain qu'il y a pleins de gens qui ne savent pas combien j'ai gagné. Et c'est tant mieux. Je garde ça pour moi.


Est ce que t'as déjà été découragé, ou vraiment au fond du trou moralement un moment donné?

Jamais. Je n'ai jamais fait de mois négatifs de ma vie ! Juste avant Vegas cette année, j'étais parti pour en faire un, j'étais down de 40 000€ après un bad run sur la 50€/100€ en cash game online, à Marrakech en live pareil, j'avais perdu sur la 100€/200€, j'avais perdu genre 10 ou 12 000€... et je suis arrivé à Vegas et encore une fois, la perf' ! Chatte en tournoi !

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Assis aux côtés d'Eric Lindgren, "Brubru" accrochera une très belle 4e place !


Et alors à contrario, qu'est-ce qu'on ressent après une grosse victoire ?

Les tournois c'est quand même assez ouf ! C'est très différent : c'est le genre de kiff que tu n'as pas en cash game. Quand tu fais des hero calls, ça calme toute la table, j'adore ça. T'as un respect à la table après, c'est dingue...

As tu une référence comme joueur de poker et pourquoi ?

A la base pour moi, les meilleurs joueurs de poker, c'est ceux qui sont bons partout, dans toutes les variantes, en tournoi comme en cash game, celui qui s'adapte à toutes les situations. Le joueur complet par excellence. Et pour moi c'est Phil Ivey... encore hier je regardais ses stats, plus de 18 millions de dollars online... Et mon but vraiment, c'est d'être bons partout comme lui... le problème c'est que ce n'est pas encore le cas. Le omaha par exemple, j'suis encore en plein apprentissage.


Dans le milieu du poker, tout n'est pas rose. C'est l'heure de la minute "on balance" :  Y a t il des choses, des gens que tu ne supportes pas ?

(rires) Je suis quand même quelqu'un de sociable. Et puis de toute façon au poker, t'es obligé de rester bien avec tout le monde. Tu sais, c'est quand même un monde assez hypocrite... mais non au final, je ne te ferai pas ce plaisir, je ne balancerai pas de noms ! Il y en a... très peu, mais il y en a. Mais pas tant que ça. C'est sur que je ne dirai rien...


Peux-tu nous parler de la relation que tu entretiens avec Eric Sagne, ton coach chez Partouche ?

On s'entend super bien en dehors et autour des tables de poker. Tu vois par exemple à Vienne, il n'était pas là... mais il est venu exprès juste pour la table finale ! En revanche, les deux ou trois derniers tournois, il n'était pas là, et ça se ressentait. C'est parfois juste l'histoire d'un petit regard par-ci par là... Souvent les gens se posent la question de savoir si un coach est vraiment utile : quand tu ne te sens pas bien dans un tournoi, comme ça m'est arrivé un peu à Vienne, tu sens qu'il te manque un soutien moral, c'est super important en fait.

C'est pas une histoire de coaching technique ou quoi que ce soit, c'est juste que c'est un soutien très important autour de la table. Et même pour le côté coach surtout sportif, ça me manque. Je joue au tennis par exemple, et j'adorerais taper la balle, qu'il y ait un coach qui me dise "allez viens, ce matin, on va taper la balle". Allez à la salle de muscu tout seul, c'est pas très motivant tu sais... Et puis c'est pas avec Nori (Julien Labussière) que je vais réussir à me motiver ! (rires)

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Eric Sagne (en arrière plan) n'est jamais très loin de son poulain, comme lors du Partouche Poker Tour 2010


Cet été, on a vu ta petite amie te suivre à Vegas sur tous les tournois, mais là par exemple à Marrakech, tu es seul. Comment fait-on pour gérer au mieux une relation quand on est un joueur de poker professionnel comme toi à 24 ans, et que sa compagne n'est pas dans le poker, n'est pas joueuse et n'est pas toujours là ?

Je t'avoue que c'est pas toujours facile. Souvent elle vient avec moi, donc à ce moment là c'est cool, mais là quand je ne suis pas là, c'est un peu plus difficile à gérer. On vit quand même ensemble à Montpellier, donc bon, ça se comprend facilement je pense. C'est pas toujours facile d'allier mes déplacements avec son emploi du temps. Elle est étudiante en droit, et en ce moment par exemple, elle est en plein partiel. Et parfois il y a quelques tensions quand je suis en déplacement, mais bon, on gère. Moi j'essaie d'être sérieux, et elle me suit, elle me fait confiance là-dessus.


Est-ce que tu penses que tu joueras au poker toute ta vie ?

Il y a "être professionnel" et "jouer au poker toute la vie". Oui je jouerai au poker toute ma vie, je kiffe beaucoup trop ce jeu je pense. Je ralentirai le rythme, ça c'est sur. Que ce soit online ou live. Sur le circuit professionnel, je pense que je me donne encore 5 ans, grand maximum, et après je pense qu'il faut passer à autre chose. Mais pour le kif, une fois par an, je ferais un gros tournoi, par exemple le Main Event de Vegas, obligé, et puis un petit EPT à Monaco toujours pour le kif.


Si tu n'avais pas été joueur de poker, qu'est-ce que tu serais devenu ? Qu'est-ce que tu avais envie de faire ?

J'ai arrêté mes études en cours, je faisais du commerce à Sup de Co à Montpellier, et je pense que j'aurais continué ma dernière année, en alternance chez Areva en tant qu'acheteur et voila. J'aurais acheté un commerce, je ne sais pas exactement... J'ai peut-être le projet de monter une boite avec des potes aussi, on verra.


Il me semble que tu fais parti de ces gambleurs qui misent sur tout et n'importe... un bet un peu fou ou stupide à nous raconter peut-être ?

Alors pas du tout, je n'en fait pas tant que ça en fait... je réfléchis à un truc mais... je ne suis pas un parieur fou. Et en plus quand je parie, j'suis assez sur de moi... ah si ! j'en ai un : avec Antony Lellouche à Vegas, au Lake Mead : on jetait un bout de pain, et le bet c'était de savoir qui du canard ou du poisson allait attraper le bout de pain !
C'est pas des gros bets de fou, mais c'est plutôt des bets à la con !


Est-ce qu'il y a une question que tu aimerais qu'on te pose, qu'on ne t'a jamais posé ou quelque chose que tu aimerais nous dire sur toi qu'on ne sait pas et qui te mettrait un peu en avant ?

C'est une bonne question ça... au final c'est vrai que c'est toujours un peu pareil... mais non. Il faut garder sa part d'intimité. Oui c'est bien qu'on parle de soi, mais il faut garder un peu ses distances vis à vis du phénomène, parce qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver. Tu vois par exemple, exposer les sommes que j'ai gagné, ce n'est pas le genre de truc que j'ai envie qui se sache partout. Je ne suis pas le genre à brag.


Dernière question : une fois que tu auras remporté ce fameux titre EPT, auras-tu encore des objectfis dans le poker ?

Forcément, je penserai au Triple Crown : EPT-WPT-WSOP. Et je vais tout faire pour y arriver, même si c'est un objectif très très difficile à réaliser.



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