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EPT Campione : Fabrice Soulier nous parle de sa table finale


Interviews
Par Claire Renaut   
Lundi, 02 Avril 2012 17:50
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Tout d’abord, comment te sens-tu 48h après cette finale ?

Fatigué… Les cinq journées de compétition ont été difficiles, riches en émotions et la finale a été particulièrement stressante. Ce qui est sûr, c'est que plus on va loin dans un tournoi, moins on dort… Donc c’est vrai que j’apprécie de me retrouver chez moi, à Londres, pour décompresser quelques jours. Sinon, je suis évidemment très heureux de ce résultat ; en terminant troisième d’un gros EPT, on est forcément déçu d’échouer si près du but mais objectivement, je suis satisfait et reconnaissant d’avoir été aussi loin. Et d’avoir pris un trés joli chèque au bout de la route ! [sourire]

 

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Les huit finalistes peu avant le début des hostilités



La finale a été particulièrement longue (plus de 13h, le record) et d’un avis général, le niveau était très relevé. Peux-tu revenir sur les mains clés de ce tournoi ?

La première main à laquelle je pense immédiatement, c’est celle où je raise avec AK et où Busquet me revient dessus à tapis pour 17BB avec A5. Le fait que le 5 soit arrivé au flop a tout changé : si je gagne ce 70/30, je suis second en jetons à 3 joueurs left et j’ai un adversaire redoutable en moins à battre… Alors c’est vrai qu’ensuite, je fais le même coup avec A3 contre AK chez lui en 3-bet shove pour un peu plus de 23BB (je crois que les montants donnés sur le streaming n’étaient pas exacts). Le montant de mon tapis était un peu limite pour ce move mais comme Busquet n'arrêtait pas de relancer et qu'il commençait à sérieusement prendre l'ascendant, il fallait à un moment lui montrer une forme de résistance... Surtout à 4 left. Bon, je suis mal tombé mais voilà que je touche mon 3 à la river !

Mais ce n’est pas exactement œil pour œil avec le coup que je perds juste avant puisque nous restons à 4 joueurs et que je ne suis pas second en jetons… Et qu’ensuite, Busquet ne cessera de doubler à nouveau : il aurait d’ailleurs du bust deux fois mais bon c'est comme ça…

En tout cas, si je n’ai que peu de regrets, c’est aussi parce que je n’ai objectivement pas eu beaucoup de jeu avant ou post-flop pendant toute la TF : à l’exception des quelques mains (dont une couleur contre trips chez le hongrois), j’ai raté quasiment tous mes boards...

Alors que nous n’étions plus que trois, j’ai tout de même eu mais le coup s’est déroulé de la pire des façons. Busquet limpe 100k au bouton, ce qui est une première, le danois complête de SB et je relance pour 425k. Ils paient tous les deux et le flop arrive . Un cauchemar. Nous checkons tous et je décide d’abandonner quand le turn tombe, et que le danois mise sur une doublette du 10 qui ouvre aussi les piques. Ensuite, j’ai également relancé avec payé 2 fois mais le flop est venu X/X/X et Wrang a misé sur le valet au turn. Idem, j’ai choisi d’abandonner ce coup...

 

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Concentration au maximum : hors de question de se laisser submerger par le stress et la pression...



Quels sont les regrets que tu pourrais avoir suite à cette TF ?

Dans les coups que je regrette, il y a tout d’abord le 3-bet que j’effectue contre Wrang alors que nous sommes quatre. Il relance et je 3-bet pour 380k avec , ce à quoi il envoie tapis, me couvrant largement. C’était là peut-être une vraie erreur de ma part de raise sans pouvoir supporter sa relance ensuite puisque je savais qu'il me mettrait une pression max. En effet, le palier de 4 à 3 joueurs était important : 83 000 euros. Et je viens de doubler tandis que Busquet est très short... Toutes les conditions sont donc réunies pour que le danois, qui est un très bon joueur, me mette en position délicate. Il y a évidemment des chances pour que j’ai foldé la meilleure main et j’avoue avoir vraiment hésité avant de fold. Mais c’est vrai aussi que je ne voulais pas être éliminé à la quatrième place et que jouer un flip, ou même un 60/40, à ce stade ne me disait pas plus que ça. Il le savait. En bref, je n’aurais jamais du sur-relancer ce coup.

Sinon, en début de finale, j'ai payé quelques 3-bet hors position, ce que, à ce moment de la partie, je ne considère pas comme une erreur. C'est ma façon de voir les choses. C’est évidemment plus inconfortable, voire high variance ou high risk, mais avec mon jeu, certains spots peuvent être envisagés de cette manière...

J’ai entendu que sur certains forum ou sur les réseaux sociaux, des joueurs questionnaient mes moves ou certaines actions que j’ai pu faire, comme du min-check raise ou autre. Et c'est comme cela que j'aime jouer, en déroutant mes adversaires sans arrêt, en sortant des sentiers battus. Après, de nombreux éléments peuvent faire varier la position initiale, voire changer radicalement de bord en cours de main...

Je ne joue pas à la lettre comme dans les livres ; et j'aime cela ! D’ailleurs jouer standard, je ne sais même pas ce que ça veut dire car les théories sont sans cesse bousculées et changées : lisez un article stratégie d’il y a quelques années et il n’aura plus rien à voir avec un article de nos jours… Idem dans quelques années, des articles stratégie feront passer certains articles d’aujourd’hui pour de la nourriture à poissons ! Bien sûr, certaines théories, livres ou articles ne se démoderont pas et resterons très justes mais l'important, c'est qu'il n'y a pas réellement de vérité absolue au poker. C'est donc trés dangereux de vouloir juger un joueur sur quelques moves isolés.

En fait, j’aime avoir à la table des joueurs qui mathématiquement suivent systématiquement à la ligne la mode sans jamais sortir du cadre. Ou qui emploient trop souvent la phrase: "J'ai joué cette main comme cela, c'est standard quoi..." Il suffit de faire quelque chose de différent pour qu'ils perdent complêtement leurs marques et qu’ils vous traitent de fish parce qu’ils sont complètement perdus! Donc à tous ceux qui me disent qu’ils ne comprennent pas ce que je fais, je ne répondrais qu’une chose : tant mieux ! [éclats de rire] De toute façon, chaque joueur a ses défauts et ses qualités et je pense que le plus important est d'être en phase avec soi même et de trouver un style de jeu qui nous convient.

Toutefois j’ai 42 ans, et même si je pense en avoir beaucoup vu au poker, il ne cesse de m’apprendre. Mon jeu a encore beaucoup évolué ces dernières années et j’ai énormément progressé, surtout au niveau de la force mentale. C’est bien beau d’être assis chez soi pour regarder une table finale. Mais la jouer, avec la pression de l’argent, du titre, des projecteurs, des interviews, des caméras et du regard des autres, c’est autre chose. Il y a un moment où tout se joue dans la tête..

Par exemple, le hongrois à ma gauche était très fort : aussi difficile à lire qu’à jouer. Mais son dernier coup montre qu’il a craqué : il était furieux en allant chercher son chèque et il y avait de quoi puisqu’il s’est suicidé à la quatrième place en faisant un move qu’il n’aurait jamais fait dans d’autres circonstances. Idem pour l’allemand qui après seulement quelques heures de jeu, push all in 55BB avec AQ contre Wrang (qui avait 3-bet pour 5BB le min-raise initial de l’allemand) et qui paie avec QQ. A ce moment là, nous avions pourtant énormément de profondeur et ce coup n’est probablement le reflet que d’un mouvement de panique. La pression et le manque de sommeil ne sont vraiment pas faciles à gérer…

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Une table sans pigeon(s) qui promettait du beau spectacle et des rebondissements : on n'a pas été déçus !



Justement, comment as-tu géré la pression pendant et avant le tournoi ?

C’est là que le soutien des proches est très important. Je vais d’ailleurs en profiter pour remercier Claire, Alex, ElkY, Cathy, Eugene, Yann et Antonin qui on eu la gentillesse de rester de longues heures à mes côtés pour me soutenir moralement, et ce, même s’il n’y avait pas de gradins et que l’on ne voyait donc pas bien la TF. Le fait de savoir que des gens sont dans le rail et croient en vous, c’est vraiment d’une aide précieuse : ils servent de soupape et de moteur !

Mais étrangement, je n’ai pas eu l’impression d’être affreusement stressé dans cette finale comme j’avais pu, par exemple, l’être à Partouche. J’étais en effet déjà très content d’être là car j’aurais pu sauter avant avec AT contre QQ à 40 joueurs left. Donc c’est vrai que j’étais déjà reconnaissant d’être arrivé jusque là ! Il faut tellement de chance pour gagner un tournoi de cette envergure, c’est juste hallucinant… Et je dois dire que vraiment, cette fois, je n’ai pas eu à me plaindre. C’est vrai que je n’ai pas eu beaucoup de jeu en finale, mais j’ai pourtant éliminé Koen qui était short avec contre et lors du Day 3, j’ai craqué les as d’un short stack avec KQ!  Le coup du 3 river, c’est pareil. Je n’avais jamais gagné à tapis un 30/70 dans une finale de tournoi majeur et je whinais pas mal là-dessus. Maintenant, je n’ai plus le droit de me plaindre que ça n'arrive qu'aux autres ! [rires]

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La tension se lit sur les visages des amis encore présents à Campione pour la finale : pas facile de suivre sans être dans les gradins ! (il fallait se lever pour aller voir ce qui se passait sur l'écran de streaming)



C’est quoi l’avenir maintenant ?

Puisqu’il faut battre le fer tant qu’il est chaud, je vais donc enchainer le WPT Vienne, l’EPT Berlin (où j’avais terminé 11e l’an passé), l’EPT Monte Carlo également et je ferais peut-être un détour par San Remo début mai pour l’IPT qui s’annonce être très beau : 600 joueurs à 2000 euros et un field en majorité italien. Miam ! Ensuite, je vais partir deux semaines me reposer et faire du sport avant d’attaquer les WSOP dans la meilleure forme possible !

Merci Fab et GL pour la suite !



Résultats table finale :

1er. Jannick Wrang : 640 000€
2e. Olivier Busquet : 420 000€
3e. Fabrice Soulier : 240 000€
4e. Balazs Botond : 157 000€
5e. Koen de Visscher : 124 000€
6e. Mario Nagel : 92 000€
7e. Stefano Puccilli : 71 500€
8e. Robin Ylitalo : 54 000€

wrang
Et pour la troisième fois de suite, c'est un danois qui s'empare du titre du coup, on se demanderait presque si on ne va pas se mettre au steak de renne et au porridge d'avoine le matin...

 

Pour retrouver le résumé de la finale et des premières journées de cet EPT, rendez-vous dans les news !

Commentaires (1)
Benoit Saisselain
Même pas une petite vidéo ?
Par Nash, April 03, 2012
Merci pour cette interview ! Et bien sur félicitation à Fabrice Soulier qui a un parcourt tout simplement exceptionnelle et exemplaire.

Pardon de râler dans de grands moment mais le retour de vidéos serait vraiment apprécié ! Il y'a quelques années j'ai découvert MIP justement par le biais de vidéos très inintéressantes. Je ne remet aucunement en cause la qualité du site et des articles mais j'insiste. Cela fait vraiment partie de l'identité du site et ça manque !


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PLAYER OF THE YEAR FRANCE


Nom
Score  
1
Bertrand
Grospellier
913.346

2
Aubin
Cazals
648.193

3
Bruno
Lopes
584.403

4
Fabrice
Soulier
556.576

5
Phillippe
Ktorza
554.291

6
Roger
Hairabedian
531.619

7
David
Benyamine
528.491

8
Alain
Roy
467.549

9
Lucille
Cailly
423.553

10
Paul
Guichard
418.656



Top 100 France


Nom
Score  
1
Bertrand
Grospellier
2730.56

2
Fabrice
Soulier
2077.77

3
Roger
Hairabedian
2057.64

4
David
Benyamine
1933.44

5
Phillippe
Ktorza
1757.99

6
Aubin
Cazals
1633.6

7
Tristan
Clemencon
1590.55

8
Bruno
Lopes
1578.09

9
Alain
Roy
1472.2

10
Ludovic
Lacay
1403.34