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Interview psy : Barry Greenstein


Interviews
Par Claire Renaut   
Jeudi, 08 Avril 2010 14:52


Pas facile d'avoir dix minutes en tête-à-tête avec Barry Greenstein ! L'homme, suractif, court en effet d'un tournoi à un gros cash game. Alors quand il fait un break, hors de question de passer à côté. C'est parti pour l'interview psy, histoire de connaitre un peu mieux cette grande figure du poker mondial.


L'endroit où tu te sens le plus chez toi ?

Dans ma grande et belle maison de Rancho Palo Verde, en Californie, avec toute ma famille.

La ville que tu préfères ?

J’aime le climat californien. Et en Europe, j’ai un excellent souvenir d’un voyage à Paris avec mon amie et mes enfants ; la ville est sublime et nous y avons passé un très bon moment.

Ce qui te manque le plus quand tu es en voyage ?

J’essaie tant que possible d’amener femme et enfants avec moi. C’est la seule chose dont je ressens le besoin quand je voyage. Car je ne suis pas quelqu’un de matérialiste ; le confort de ma maison ne va pas me manquer. Même si je me retrouve dans une petite chambre d’hôtel.

Un vice dont tu aimerais te débarrasser ?

J’ai perdu beaucoup d’argent dans de stupides paris sportifs. Il faut vraiment que j’arrête, ce serait une bonne décision à prendre mais je n’y arrive pas. J’ai essayé d’arrêter une bonne vingtaine de fois, sans succès [rires].

Un vice que tu garderas le plus longtemps possible ?

Je suis un joueur. C’est ma vie et je fais vivre ma famille et beaucoup d’autres gens avec. Alors c’est peut-être un vice, une obsession qui me prend du temps, mais c’est devenu mon travail. Et la principale source de revenus pour prendre soin des gens que j’aime.

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Image rare : si Barry sourit souvent en dehors de la table, ce n'est pas pour rien qu'on le surnomme "l'Ours" quand il joue. L'homme est en effet connu pour sa pokerface monolithique derrière ses jetons.

De quoi es-tu le plus fier ?

Pendant des années, j’ai donné la quasi-totalité de mes gains à des oeuvres de charité, dont mon association, Children Incorporated [ndlr : une association qui vient en aide à plus de 15 000 enfants pauvres dans 21 pays en développements]. J’en suis fier parce que cet argent a pu aider de nombreuses personnes en difficulté.

Le moins fier ?

Je ne crois pas avoir fait quoique ce soit dont je puisse avoir honte. J’essaie constamment de m’améliorer, petit à petit, en rectifiant de trajectoires. Je n’ai jamais réussi à prendre un virage à 90°, mais je sais ajuster ma route au jour.

Tu ne pourrais pas vivre sans… ?

Rien, je crois. J’ai bien vécu, j’ai eu beaucoup de chance dans ma vie, j’ai connu l’amour, le succès et plein d’autres bonheur. Si un jour je devais perdre tout cela, il me resterait encore tous mes souvenirs, gravés au fond de mon coeur. Et ça, personne ne pourra jamais me le prendre.

Quelques adjectifs pour décrire ton jeu ? Et pour te décrire toi ?

Flexible, je sais m’adapter aux joueurs, régulier et concentré. Je pense que j’emploierais les mêmes adjectifs pour me décrire moi. J’assume mes responsabilités avec sérieux. Et j’ai une ligne de conduite assez droite.

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"Tu connais celle de Paf le chien ?" (Barry et son ami Phil Ivey)

Un endroit où tu n’es jamais allé et où tu rêves de te rendre ?

Mon père a vécu en Inde pendant la deuxième guerre mondiale. Si en un claquement de doigts je pouvais choisir ma destination, j’emmènerais toute ma famille voir le Taj Mahal. J’ai toujours adoré découvrir les beautés que le monde à offrir ; le Grand Canyon, les chutes du Niagara etc… J’aimerais aussi voir un jour les pyramides d’Egypte.

Sportif ? 

Je l’ai été dans ma jeunesse. Je jouais énormément au baseball et j’étais surtout un excellent joueur de golf. Mais maintenant, ma famille, PokerRoad [ndlr : un site d’info sur le pokercréé par Joe Sebok, son fils] et les séances de jeu me prennent tout mon temps. Je n’ai pas fait de sport depuis longtemps, pourtant, un peu d’exercice ne me ferait pas de mal ! [rires]

Ta plus longue session de poker online ? Live ?

Sur PokerStars, j’ai déjà dû me faire des sessions de 24h - je perdais beaucoup et je tentais de remonter -. Je ne suis pas un grand fan du online mais j’adore jouer et être chez moi avec les miens. C’est le seul vrai avantage.
Sinon, en live, je me souviens de parties de 72h ! En fait, j’ai horreur de me lever quand je gagne. J’ai tendance à vouloir rester le plus longtemps possible, jusqu’à ce que je sois certain que je ne peux pas gagner plus. Mais avec l’âge, je deviens plus raisonnable. Je ne joue jamais plus de 24h d’affilée.

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Si Barry ne joue jamais plus de 24h d'affilée, ce n'est pas forcément le cas de son pote Gus Hansen...

La plus longue période sans jouer?

Trois mois, il y a six ans. J’avais un gros chagrin d’amour car mon amie m’avait quitté. Je n’ai pas pu toucher une carte, j’étais de toute façon trop malheureux pour faire quoique ce soit. Sinon, depuis, c’est vrai que je joue presque quotidiennement.

Qui t’a appris à jouer ? Quand ?

Mon père m’avait appris les règles quand j’avais 5 ans. Après, j’ai continué tout seul et à 12 ans, je jouais déjà tous les week-ends avec des amis de mon âge. Et comme je gagnais beaucoup, j’ai décidé de continuer !

Et à qui tu as appris à jouer ? Tu le fais encore ?

J’ai toujours été assez pédagogue - j’ai même été professeur, tout comme ma soeur, et mon père était principal d’un lycée - mais je n’aime pas vraiment ça. Sauf avec mon fils Joe [ndlr : Joe Sebok, 1,7 millions de gains, voir son interview ici] à qui j’ai pu expliquer beaucoup de choses. Il m’a souvent regardé joué et nous avons passé des heures à parler poker. Nous continuons encore maintenant. Je suis très fier de son parcours. Mais en dehors de ça, et à part à mon amie, je n’aime pas parler stratégie ou technique. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai écrit un livre [ndlr : Ace on the river, an advanced poker guide, préfacé par Doyle Brunson] : maintenant, quand on me demande un conseil, je leur réponds d’acheter le livre ! [rires]

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Quand Barry est éliminé d'un tournoi, son bourreau se voit offrir le livre dédicacé par son auteur : sympa !

Tu joues avec tes potes ?

Il y a une grande différence entre mes collègues de travail aux tables, qui peuvent aussi être des amis, et mes autres amis, ceux qui ne sont pas dans le métier. Je n’ai jamais pu prendre d’argent à quelqu’un qui ne sait pas jouer. Je me souviens qu’à l’université, sachant que je jouais beaucoup et réussissais à me faire de l’argent, des jeunes et jolies voisines étaient venues frapper à ma porte pour faire une partie avec moi. Elles avaient collecté plein de centimes. J’ai refusé, car je ne voulais pas jouer pour de l’argent avec elles, même pour une somme dérisoire. En revanche, je leur ai dit qu’il n’y avait aucun problème pour organiser un strip-poker ! [rires]

Qu’est ce que tes proches pensent du fait que tu sois joueur professionnel ?

Toute activité devient justifiable quand elle est teintée de succès… Et comme j’ai la chance d’avoir une belle carrière, personne n’a jamais vu chez moi le fait d’être joueur pro comme une tare. Mes proches, dont mes parents, sont fiers et heureux de me voir heureux. Ca n’aurait évidemment pas été le cas si je n’avais pas gagné autant d’argent.

Ton grand rêve poker ?

J’ai déjà eu la chance de remporter de beaux tournois mais ne pas avoir gagné le Main Event des WSOP reste quelque chose qui manque à ma carrière.

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Barry sur son terrain de jeu préféré : les WSOP où il a déjà remporté trois bracelets

Superstitieux ? Croyant ?

Non, pas du tout. Je suis très rationnel et je suis athée. Mais les croyances ne me gênent pas, du moment que personne n’en souffre et que personne n’est perdant. La seule chose en laquelle je crois est que les bonnes actions amènent un bon karma et que les mauvaises conduisent toujours à une revanche du destin. Alors tant qu’à faire, j’essaie de mener ma vie le plus justement possible.

Qu’est ce que tu fais de l’argent que tu gagnes au jeu ? Plutôt cigale ou fourmi ?

Avant, je donnais la quasi-totalité de mes gains à des oeuvres humanitaires, mais depuis que j’ai 6 enfants scolarisés [ndlr : aux USA, aller à l’université ou dans un lycée privé coûte une fortune], je suis obligé d’en donner moins. Je ne suis pas quelqu’un de dépensier mais je ne suis pas non plus près de mes sous. Ainsi, par exemple, je ne sais jamais combien d’argent j’ai exactement. Je me souviens que mon amie m’avait dit un jour en plaisantant : "Barry, je ne veux pas que tu me donnes d’argent. Ne t’inquiètes pas, je prendrais celui que tu ne sais pas avoir au fond de tes poches."

La chose la plus chère que tu aies acheté grâce au poker ?

Ma maison, qui vaut quelques millions de dollars. Je ne l’ai pas achetée suite à une victoire précise, mais après avoir passé de longues années à jouer en cash et en tournoi [ndlr : Barry a remporté deux tournois dont le premier prix était supérieur à un millions de dollars]. C’est le fruit de beaucoup de travail et je suis heureux d’y héberger toute ma famille. Trois enfants vivent encore à la maison et les trois qui sont à l’université reviennent tous les week-ends. J’ai beaucoup de chance.

Si tu n’avais pas été joueur ?

J’aurais été prof de math. Ou programmateur informatique [ndlr : Barry a un Doctorat en sciences informatiques], comme je l’ai été pendant des années. C’est toujours un domaine qui me passionne.

Tu te vois où dans cinq ans ? Vingt ans ?

A peu près pareil. Je n’ai pas de rêve précis à réaliser si ce n’est que mes six enfants soient heureux et qu’ils aient trouvé leur voie. Un est joueur, un autre musicien, un veut devenir docteur et la petite dernière, qui a 20 ans, n’a pas encore trouvé sa voie. Je leur souhaite à tous d’avoir une belle vie.

Une phrase pour finir ?

Celle qui me vient à l’esprit en premier est celle qui définit ma ligne de conduite : "Mes responsabilités passent avant tout". Je ne passe pas des heures aux tables parce que j’aime gambler et jouer. Je joue avant tout parce que c’est mon métier et que ma famille dépend de moi. Qu’ils ne manquent de rien passe avant tout.



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