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Ilan Boujenah : "Le Partouche, mon tournoi référence"


Interviews
Par Steven Liardeaux   
Jeudi, 10 Novembre 2011 12:50

 

Ilan, Nous sommes quelques jours après la fin de la 1ere partie du Partouche Poker Tour, tournoi sur lequel tu t'es brillamment qualifié pour la table finale… alors, comment te sens-tu monsieur le "Neuf de Novembre" ? Sens-tu que ta vie a déjà changé ou c'est comme avant ?

Je crois que j'ai mis du temps à réaliser, et c'est vrai que j'y pense beaucoup. Si ça a changé ma vie ? Je ne sais pas encore, ça dépendra du résultat final, parce que c'est vrai que si j'arrive à faire top 3, ce sera tout de même de loin ma plus belle perf' et peut-être que ça pourra ouvrir les portes sur quelque chose de plus grand.

Et ton objectif vraiment, c'est quoi : top 3 ou la gagne ? Parce qu'il y a tout de même un million d'euros à prendre…

Evidemment, j'ai toujours envie de gagner, mais après, si on est plus réaliste au niveau des forces de chacun, c'est sur que je serais déçu de ne pas faire top3, malgré mon désavantage en stack. Parce que c'est quand même pour ça qu'on joue au poker. C'est maintenant qu'il faut run good, c'est maintenant qu'on détermine qui sont les grands champions, qui a la chance du champion. Mais le plus important je pense, c'est de sortir de cette table finale sans aucune déception, au niveau des erreurs que j'ai pu faire. Si je perds sur un coup de malchance, tant pis, c'est le poker, mais le plus important c'est de prendre les bonnes décisions sur chaque coup joué.

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Lors du day4 du Partouche Poker Tour 2011

Et alors ton tournoi, comment tu en parlerais ? T'as bien joué ? T'as eu beaucoup de chance ? Comment ça s'est passé pendant une semaine ?

Je pense que c'est le tournoi référence pour moi. Parmi les tournois ou j'ai perfé, je pense que c'est sur celui-ci que j'ai le mieux joué. Déjà parce que je suis meilleur qu'avant, et aussi parce que le fait de ne pas avoir trop la pression, d'avoir été stacké, d'avoir l'expérience des années passées, fait que ça s'est vraiment très bien passé. J'ai disputé très peu de gros coups à tapis, j'ai du en avoir trois sur les cinq jours de tournois, à chaque fois j'étais devant en plus, et évidemment, j'ai run good, c'est inévitable. Que ce soit au niveau des cartes, au niveau des setups, des coups au showdown, des timings… rien que le fait que l'adversaire n'ait jamais la main pour playback, c'est déjà du run good, donc oui, ça c'est forcément bien passé.

Qu'est-ce que tu crains le plus sur cette table finale : les coups vicieux et malicieux de Roger Hairabédian ou les 3-bet et 4-bet incessants de Sam Trickett ?

Je ne sais pas si ce sera si incessant que cela, il est moins agressif que ce que les gens pensent…et Roger… ahah… disons que ça ne marchera pas sur moi ce genre de trucs, parce que quand j'ai appris le poker, j'ai appris avec des gens comme lui, et je ne suis pas né de la dernière pluie malgré les apparences. Mais je pense que c'est la finale la plus relevée qu'il n'y a jamais eue en France, en tout cas en terme de niveau de jeu, vu qu'il n'y a que des bons joueurs. Quand on pense que les maillons faibles, et je dis ça entre double guillemets, et ce n'est que mon avis, c'est un joueur de 50€/100€ online et un Ukrainien de 50 ans qui a fait 2e d'un EPT… Pour moi Roger, malgré les critiques, c'est quelqu'un qui a un jeu, certes pas toujours cohérent, mais comme le dit si bien Vincent "Oryn" Dalet, "son jeu c'est un gros bordel, mais un bordel qui a du sens", et surtout il est solide, c'est un rock, il ne bust pas, et un joueur qui ne bust pas, c'est un bon joueur, surtout en table finale. Et puis bon après il y a Sam Trickett, Kovalchuk qui a gagné un event à  2 500$ à Vegas cet été, Alexandre Coussy qui est très bon, qui a beaucoup moins d'expérience en live mais qui a vraiment bien joué pendant ce Partouche… donc je ne sais même pas si on peut qualifier un Danois qui joue en 50€/100€, de maillon faible, même s'il a des leaks en MTT. On verra quoi…

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Roger Hairabédian, un joueur dont se méfiera évidemment Ilan lors de la finale...


Pas de stratégie pour cette table finale ?

Moi j'attends impatiemment que les streamings des jours précédents la finale soient mis en ligne, pour pouvoir étudier les joueurs. Et puis j'ai pour projet de me poser avec Davidi (Kitaï), qui connait tous les joueurs, qui en plus est l'un des investisseurs de mon stacking, qui est un bon ami, et qui est pour moi un vrai génie. C'est quelqu'un qui va beaucoup m'aider à me préparer pour la finale, et puis toutes les infos que je pourrais aller chercher, j'irais les chercher.

Les gens connaissent ton nom grâce à ton grand cousin, Michel Boujenah, aujourd'hui tu t'es fait un prénom, Ilan… j'aimerais que tu répondes à une question que beaucoup de gens se posent : est-ce que ça aide d'avoir une famille comme celle-ci pour monter une bankroll ou t'es tu vraiment débrouillé par toi même ?

Moi c'est simple, Michel je ne l'avais pas vu depuis 8 ans avant d'arriver en France sachant que je suis arrivé en octobre 2009 en France. Et un soir on a fait une soirée à la maison, et il m'a dit, "qu'est-ce que tu fais de ta vie?", je lui ai répondu que je jouais au poker… bah il a râlé ! Ça ne lui plaisait pas… sauf que quelques mois plus tard, quand je me suis retrouvé à 25 joueurs left d'un des plus gros tournoi d'Europe, le WPT Paris, ils sont quand même tous venus me soutenir. C'est vraiment comme ça qu'on a repris contact. Après c'est toujours bien d'avoir un proche qui a des contacts, ça peut servir, mais pour le moment, mon nom, à part le fait qu'il soit connu, ne m'a jamais vraiment servi à quoi que ce soit.

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Michel Boujenah était venu soutenir Ilan à Paris, lors du WPT 2010


Et financièrement, ça aide ? Je te demande ça parce que souvent le grand public pense que tu as été frappé à la porte de Michel, et qu'il t'a bien aidé pour démarrer.

Ah tu parles de ça. Non pas du tout. En fait, quand je suis arrivé à Paris, j'avais 500€, et quelque chose comme moins 5000€ sur le compte en banque. J'avais monté des grosses bankrolls en Israël et quand tu joues dans des parties privées qui sont tenues par des gens pas très sains d'esprit, et que l'un termine en prison et que l'autre est complètement broke, poursuivi par la justice et qu'il te doit de l'argent, et bien forcément, tu te retrouves dans le rouge. Sans compter la naïveté de prêter de l'argent à une tonne de personnes différentes, que je n'ai évidemment jamais revu, tout ça donne que je suis arrivé à Paris en me disant "allez, on y va, de toute façon il faut la tenter". J'ai joué mes 500 balles en cash et ça s'est bien passé. Je suis parti en voyage et quand je suis revenu 3 mois plus tard, je me suis remis à jouer avec les 3 000€ qu'il me restait. Ça c'est de nouveau bien passé. Au passage tu remarqueras la magnifique gestion de bankroll… Donc je me suis remis à jouer de 10 à 15h par jour, et quand ça se passait bien, je tentais les satellites pour le WPT. Et pour moi, jouer le World Poker Tour, c'était "Wow" ! Là il y en avait un à Paris, et au bout du 3e satellite, j'ai eu mon ticket, et voilà, j'ai fait neuvième.

Donc, tu te qualifies pour ce tournoi, et là, c'est la première fois qu'on va véritablement entendre parler d'Ilan Boujenah partout, lorsque tu élimines Patrick Bruel du WPT Paris en 2010 en demi-finale, sur un coup un peu borderline… Un peu plus d'un an et quelques mois après cette terrible rencontre, est-ce que les gens t'en parlent encore et est-ce que Bruel t'en veux vraiment ?

Non… Lui disait qu'il m'en voulait à cause de mon attitude, moi je pense que c'est mélange de tout. C'est à dire qu'à table, je suis un gros manipulateur. On est là pour jouer, et même si je ne fais pas de trucs vicieux, j'arrive parfois à mettre les adversaires hors d'eux, ça s'est d'ailleurs passé avec Ludovic Lacay à Cannes, alors que c'est un bon pote, ça s'est également passé avec Justin Bonomo à Malte… ça marche sur tout le monde quoi.
Alors oui on m'en parle encore, parce que c'est marrant, parce que c'est Patrick Bruel, parce que je l'ai éliminé en ayant de la chance, mais c'est fini. Je sais qu'il m'en a voulu, mais aujourd'hui il n'y a plus de problèmes. On se dit bonjour, tout va bien.

Le WPT Paris était ton 1er gros résultat en tournoi, vu que tu es plutôt un joueur de cash game, mais depuis tu as pas mal enchainé notamment une 3e place au WPT Amnéville, Runner up du Gold Championship des EFOP, un ITM aux WSOP de Vegas, et donc là, table finale du Partouche… Quand est intervenu le déclic pour que tu te mettes vraiment à réussir en tournoi ?

"Réussir en tournoi" c'est un grand mot… enfin ouais, en fait t'as raison, c'est de la réussite quand même. Quand j'ai fait cette perf' à Paris sur le WPT, je pensais que ça allait le faire pour trouver un contrat pro, c'est même devenu un objectif que je me suis mis en tête, et je me suis dit, quitte à être un peu médiatisé, autant continuer, essayer d'aller confirmer pour prouver que ce n'était pas qu'un coup de chance et voir ce qu'il se passe. Du coup j'ai enchainé les tournois et ça ne s'est pas très bien passé. Et juste avant Amnéville, je m'étais dit : "Si ça ne se passe pas bien encore ici, j'arrête les tournois et je me remets au cash game pour remonter une vrai bankroll".
Et clac, je fais 3e. J'enchaine de nouveau les tournois, je ne fais rien pendant 3 mois. Après Deauville, il y a ce tournoi aux EFOP… et derrière, pas un ITM jusqu'au min-cash de Vegas et ce résultat du Partouche. Le pire run de ma vie. J'ai perdu énormément d'argent, et évidemment les pires runs arrivent toujours quand tu joues cher. En plus j'avais décidé ne pratiquement pas me faire stacker, mais de jouer avec mon argent à moi. Evidemment, je n'ai fais aucun ITM. Derrière j'ai décidé de continuer de faire des tournois en étant stacké, juste pour être médiatisé et continuer d'avoir une chance de trouver un contrat. On verra après le Partouche ce que ça donne… Mais là, je me retrouve à jouer pour même pas moitié de mon action, chose sur laquelle je ne crache pas dessus puisque sans cela, peut-être que j'aurais joué différemment, avec plus de pression.

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A Vegas, lors des WSOP 2011

 

On t'entend souvent parler de sponsoring justement, du fait qu'il est inconcevable de faire le circuit pro sans sponsor etc… Sachant que la tendance serait plus à la régression niveau sponsoring, comment t'envisages ton avenir dans le poker de tournoi s'il n'y a pas de sponsor?

J'arrêterai, c'est sur, ou j'en ferais beaucoup moins en tout cas. Si je vois que malgré tous mes efforts, ça ne paie pas, je serais obligé d'arrêter. Je pense que j'aurais bien plus d'argent aujourd'hui si je n'avais jamais fait cette première performance. Parce que je gagne vraiment beaucoup d'argent en cash game, qu'il y a beaucoup moins de frais quand tu restes sur place aussi. Après, oui j'ai un beau Hendon Mob, mais le montant des buy-in n'est pas écrit dessus, quand je suis stacké à 30% je perf', derrière je vais buy-in tous les tournois pour aucun résultat, donc effectivement c'est dur d'aller chercher le vrai résultat net après deux ans de tournois. Et d'un autre côté je me dis que si j'arrêtais maintenant, alors que j'ai une petite réputation dans le milieu, et que certaines places pourraient se libérer bientôt pour des contrats, ce serait dommage parce que je serais l'un des candidats probables. Donc ce serait bête de s'arrêter maintenant. C'est comme courir un marathon et s'arrêter à deux kilomètres de la fin, autant continuer.

Mais alors qu'est-ce qui fait qu'on aurait plus envie de te recruter qu'un autre ?

Je ne sais pas, je pense que rien que le fait qu'il y ait du bruit autour de moi quand je joue, parce que je suis quelqu'un de souriant, de blagueur, je pense même que ça attire la convoitise souvent… mais ce n'est pas quelque chose que j'ai décidé. Si tu veux, les résultats que j'ai eu font que si on demande à n'importe qui dans le poker "quel joueur non-sponsorisé mériterait d'être sponsorisé ?", je pense que je reviendrai souvent dans les cinq ou six premiers noms, c'est plus un constat qu'autre chose.
Et puis sinon je pense que je suis quelqu'un de plutôt sympathique, quelqu'un qu'on remarque, que je suis assez médiatisé, que je pense que je pourrais bien représenter. Je n'ai pas vraiment d'arguments pour me vendre, les gens savent déjà qui je suis et je ne ressens vraiment pas le besoin de me vendre. Mais je regarde autour de moi, et je me dis que si untel, untel et untel ont un contrat, alors pourquoi pas moi. C'est un objectif que je me suis mis et je suis une vraie chignole.

Ilan tu as 23 ans, tu es jeune… Combien de temps encore te vois-tu passer tes nuits à l'ACF ?

Déjà je ne joue pas la nuit, je préfère avoir un rythme de vie plus sain, voir le jour, le soleil, c'est important pour la santé. Et ensuite… je ne sais pas combien de temps je jouerai encore. C'est une bonne question. Ça va dépendre de la satisfaction personnelle. Quand j'aurai le sentiment d'avoir accompli ce que je voulais, alors j'arrêterai. J'ai des objectifs financiers, mais ce n'est pas dit qu'une fois atteint ces objectifs, je n'aurais pas envie de continuer, pour le challenge, le prestige… On verra.

Es tu du genre flambeur ou est-ce que tu assez malin pour mettre pas mal de côté et penser à un après poker ? Des projets de reconversion par exemple ?

Dans le genre flambeur, je pense qu'il y a largement pire que moi dans le milieu. En revanche je suis quelqu'un de dépensier, c'est vrai, mais en même temps ça sert à ça l'argent. Je n'ai pas le sentiment qu'il faut que je mette de l'argent de côté parce que je n'arriverai plus à en gagner dans deux ans. Pour moi, meme si demain je me retrouve sans argent, et bien je me remettrai à grinder les tables de cash. Tu sais on peut très bien gagner sa vie quand on est un bon joueur de cash, bien mieux que dans n'importe quel boulot parfois, et du coup ce n'est pas quelque chose qui m'inquiète. Mais sinon oui, j'ai quand même de l'argent de côté, pas tant que ça d'ailleurs, et je pense que si je devais m'intéresser à une reconversion, je m'intéresserai pas mal au trading, au FOREX (FOReign EXchange), vente et achat d'actions. C'est quelque chose qui m'intéresse un peu. J'avais déjà fait quelques stages la dedans, et ça me plaisait. Tout ce qui ressemble au poker finalement, des choses où il faut réfléchir, être logique, opportuniste. Mais tu sais, le farniente ça me va très bien aussi ! Si j'suis à l'abri financièrement, je n'aurais peut être pas envie de travailler. C'est vraiment au feeling, je ne sais pas.

Quelle question que je n'ai pas posé aurais-tu aimé que je te pose ?

C'est pas mal comme question ça, mais disons que j'ai la chance qu'on m'ait déjà posé toutes les questions, ce qui m'a permis de pleinement m'exprimer, encore plus depuis le Partouche. Mais de toute façon, ça fait toujours plaisir de répondre à toutes tes questions.

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En charmante compagnie, entouré de Jennifer Favier et Virginie Caprice



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