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Interview Psy - Bruno Fitoussi

Interviews
Par Claire Renaut   
Lundi, 09 Février 2009 01:00




N
ombre de grands joueurs de poker semblent avoir des points communs autres que l’amour du jeu, des voyages et de la gagne. Je voulais avec cette interview tenter de comprendre un peu mieux leurs personnalités, leurs modes de vie, leurs faiblesses et leurs envies.
Et donc leur poser des questions (toujours les mêmes pour tous les joueurs) sur autre chose que des points de vue techniques ou des conseils de stratégies…

Et aujourd’hui sur le grill…


J’ai rendez-vous avec Bruno Fitoussi dans son fief sur les Champs Elysées, l’Aviation Club de France, qu’il manage d’une main de fer depuis plusieurs années. Il est perçu par beaucoup comme un businessman occupé, souvent rivé à son téléphone et dont la voix remplit aisément tout l’espace disponible. Je crains donc quelque peu le moment où je vais franchir le seuil de son bureau. Mais pour mon plus grand bonheur, The King se révèle être un homme direct, drôle et chaleureux dont le franc-parler me réjouit. C’est parti pour plus d’une heure à parler de lui, sans qu’une seule fois il ne s’interrompe pour répondre à son portable qui ne cesse de sonner, la classe !

L’endroit où tu te sens le plus chez toi ?
Dans ma maison en périphérie de Paris, avec ma femme et mes deux enfants.

La ville où tu préfères être ?
Il m’est impossible de faire un classement des villes que j’aime le plus car cela reviendrait finalement à classer les activités que j’aime y faire et non pas les villes en elles-mêmes. J’adore Paris car j’y ai ma famille, mes amis, ma maison et mon travail ; ce qui d’ailleurs phagocyte tout mon agenda. Du coup, c’est une ville dans laquelle j’ai moins le temps de sortir ou de profiter des choses qu’il y a faire à faire ou à voir. En revanche, quand je suis à Las Vegas, Miami ou New York, j’ai plus de temps pour faire d’autres choses ; jouer, visiter, sortir… Il n’y a en fait qu’une ville où je n’aime pas vraiment aller, c’est Londres.

Ce qui te manque le plus quand tu es en voyage ?
Ma famille, qui ne m’accompagne pas souvent quand je suis en déplacement.

Un vice dont tu aimerais te débarrasser ? Un vice que tu garderas le plus longtemps possible ?
Fumer. Mais quand j’y réfléchis, je crois que j’ai très peu de vices. Des défauts par contre, oui, j’en ai beaucoup (rires) ! Mais des vices… Non, je ne pense pas en avoir ; je n’ai pas un tempérament très addictif ou excessif. J’aime prendre mon temps, analyser et choisir après ce qu’il est juste de faire. Je ne connais aucune tentation à laquelle je pourrais facilement succomber sans réfléchir.

De quoi es-tu le plus fier ?
De ma foncière honnêteté et droiture. Je suis quelqu’un de très fidèle qui ne s’encombre pas de mensonges. Je ne suis pas tordu et j’essaie au maximum de penser aux gens ; j’aime quand tout le monde est gagnant et satisfait. Je suis également fier du bien-être que j’ai apporté aux gens que j’aime, et ce, tant matériellement qu’humainement.

Le moins fier ?
De ne pas accorder suffisamment de temps aux gens que j’aime et qui m’aiment. De ne pas sacrifier d’autres choses -mes loisirs, mon travail, qui sont des activités particulièrement chronophages- pour leur laisser plus de place. 

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Un King sous les spotlights

Une bonne résolution que tu n’as jamais réussi à tenir ?
Fumer encore et toujours… Sinon, je sais que je parle trop et trop fort. Ce qui est aussi synonyme de ne pas assez écouter. J’essaie donc de parler moins, moins fort et de plus écouter la personne en face. Mais la route est encore longue ! En même temps, je suis parti de très loin alors, ça ne peut que continuer à s’améliorer (rires)…

Tu ne pourrais pas vivre sans…?
(long temps de réflexion) Sans la certitude, ou le sentiment, d’être aimé. Il y a plein de choses que je ne voudrais pas perdre, comme la santé ou le confort mais, pour l’avoir déjà vécu, la vie ne s’arrête pas pour autant. J’ai déjà eu plein de soucis, de santé ou de cœur par exemple, mais à chaque fois, je me suis fait à la douleur qui en découle. En revanche, la vraie solitude, celle qui fait que personne ne pense à vous, je ne pourrais jamais la supporter.

Un endroit où tu n’es jamais allé et où tu rêves de te rendre ?
Il y en a beaucoup et il m’est difficile de les classer par ordre d’envie… Mais je crois que je répondrais le Japon, la Chine ou l’Inde que je n’ai jamais encore visités. Après, il y a aussi certains pays d’Afrique (je ne connais que le Maghreb) ou d’Europe de l’Est. J’aimerais beaucoup visiter Moscou par exemple.

Sportif ?
Pas du tout. Je n’ai rien contre mais ça m’emmerde. Je n’en fais jamais. Quand j’étais jeune, en revanche, j’en ai essayé beaucoup ; tennis, foot, rugby, patinage artistique, danse classique ou même haltérophilie ! Mais rien à faire, c’est pas mon truc. La seule fois où je me souviens avoir mis les pieds dans une salle de sport, c’était lors d’une croisière où je me faisais abominablement ch***. Et là, même l’activité absurde de pédaler dans le vide des heures face à la mer m’a semblé être distrayante. C’est dire à quel point il n’y avait rien d’autre à faire à bord (rires) !

Quelques adjectifs pour décrire ton jeu ?
Mon jeu a beaucoup évolué depuis mes débuts ! Et j’espère qu’il va encore continuer à progresser et avancer ; le pire, c’est le conservatisme, quand les choses stagnent et refusent de changer.
En fait, selon la partie -et bien que je joue moins ces derniers temps-, j’ai plusieurs façons de jouer. Si c’est un gros tournoi –j’ai la chance de pouvoir participer à la plupart des gros événements organisés de par le monde-, je vais jouer très sérieux, concentré et appliqué ; jamais je ne prendrais une décision à la légère et jamais je ne vais envoyer mes chips en l’air par colère ou distraction.
De même, s’il s’agit d’un gros cash game, je vais m’appliquer et très rarement gambler. Je suis de toute façon très sérieux dans la gestion de mon bankroll ; il ne m’arrive plus jamais de me cagouler ou de passer des heures à tenter de me refaire. De plus, n’étant plus joueur pro, je ne vis plus uniquement de l’argent gagné aux tables et j’ai la chance de pouvoir choisir la table où je m’installe en fonction des gens qui y sont installés. Je ne joue qu’avec des gens avec qui j’ai envie de jouer et où le plaisir prime sur le gain ; je ne vais plus m’asseoir à une table parce qu’elle est composée de fish. Je n’en ai plus besoin.
Et enfin, il m’arrive aussi de jouer pour le fun des parties de cash en dessous de mes montants habituels. Ce sont là des parties que je fais uniquement pour me faire plaisir, je m’installe pendant 1h ou 2h avec des joueurs que j’apprécie, et là, qu’importe les côtes ou les probas, qu’importe si je joue de façon folklorique, je vais gambler et y aller au feeling. Juste pour m’amuser…

Ta plus longue session de poker on-line ?
Je joue très peu on line; je m’installe au grand maximum derrière mon écran pour une heure et quand je n’ai vraiment rien d’autre à faire. Mais bien que je ne fasse quasiment jamais de sit-n’go ou de tournois, je ne sais pas pourquoi, un soir, je me suis inscrit au Sunday Million où je me suis rapidement retrouvé dans les chip leaders. Du coup, pris par le jeu, je ne lâche pas mon ordinateur et ce, pendant toute la nuit. Ma femme et mes enfants me retrouvent avec stupeur le lendemain matin, verdâtre, décérébré et épuisé derrière l’écran. Tout ça pour sauter vers 10h du matin et gagner 800$... Inutile de préciser que je n’ai plus jamais renouvelé l’expérience (rires) !

Live ?
Quand j’étais jeune, j’ai fait beaucoup de sessions en live très longues, surtout à Vegas. Je me souviens de parties où je ne me levais de table que pour aller aux toilettes, prendre une douche en vitesse dans ma chambre et me changer. Au max, j’ai du jouer 3 jours d’affilée à tenter de me refaire. Sinon, les parties de 25 ou 30h étaient monnaies courantes… Mais maintenant, ça ne m’arrive plus de jouer aussi longtemps. De passer des heures à tenter de me refaire, non plus.

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Think Positive : la méthode Coué du poker : "Pas de bad beat, pas de bad beat, pas de bad beat"


Ta plus longue période sans jouer ?
Il y a plusieurs années, j’ai complètement arrêté de jouer pendant 2 ans et demi ! C’est le temps qu’il m’a fallu pour rembourser toutes mes dettes –et ce, grâce à mon métier d’architecte-. A l’époque, je jouais de plus en plus cher, j’étais fou et inarrêtable ; j’avais perdu plus en quelques semaines que ce que j’avais gagné en trois ans. Mais ce genre de mauvaise expérience m’a servi de leçon ; cela ne m’est plus jamais arrivé de me cagouler par la suite.

Qui t’a appris à jouer ? Quand ?
J’ai passé mes années d’école dans des pensionnats. Et dès le soir venu, on se retrouvait entre copains autour de jeux de cartes –belote, tarot-, d’échecs ou de dames, histoire de se faire un peu d’argent de poche tout en s’amusant. En terminale, un ami nous a fait découvrir le poker et nous avons commencé à jouer avec des allumettes ou des centimes. Je ne me souviens pas d’avoir eu un coup de foudre pour le poker, c’était juste un jeu aussi sympa que les autres pour me faire un peu d’argent de poche. Ensuite, de fil en aiguille, j’ai commencé à jouer en parties privées, et ce, de plus en plus cher.

Et à qui tu as appris à jouer ? Tu le fais encore ?
J’ai donné beaucoup de conseils à droite à gauche mais je pense n’avoir vraiment appris à jouer qu’à une seule personne dans ma vie: Isabelle Mercier. Quand elle travaillait à l’ACF, nous avons passé des heures à parler de mains, à décortiquer des coups, elle me demandait des conseils ou me regardait jouer. J’espère lui avoir beaucoup apporté. De façon générale, le poker s’apprend en échangeant des points de vue avec d’autres joueurs. Quand j’étais jeune, j’avais un appartement à Londres que je partageais avec 7 autres joueurs; nous passions nos journées à parler poker, on s’apprenait mutuellement à jouer. La coïncidence, c’est que Paul Magriel, un grand joueur qui vivait avec nous à ce moment là, a lui aussi joué un rôle important dans la vie d’Isabelle en tant que "professeur" quelques années plus tard !
En tout cas, le poker est une longue route difficile où toutes les expériences, bonnes ou mauvaises, sont bonnes à prendre. Ca me fait bien rigoler quand j’entends des petits mecs qui jouent depuis un an ou deux qui croient avoir tout compris et qui viennent même te donner des conseils. A part certains petits génies, quand tu joues depuis 5 ans, tu ne sais encore rien du poker ! Alors bien sûr, maintenant, il y a des livres et des émissions mais rien ne remplace des années de pratique.

Tu joues avec tes potes ?
Non, je ne joue jamais avec des amis (ou de la famille) qui ne seraient pas dans le milieu du poker. Parce que non seulement ça m’ennuie, mais qu’en plus s’il y a bien une chose dont je ne veux pas parler quand je suis avec mes proches après une journée de boulot, c’est bien de poker !

Qu’est ce que tes proches ont pensé du fait que tu deviennes joueur professionnel ?
A l’époque, il y a plus de vingt ans, quand j’ai commencé à vivre du poker –puisque c’est ainsi que j’ai payé mes études puis les boites que j’ai montées-, le mot "joueur pro" n’existait pas. Ce n’était pas quelque chose dont on parlait. J’avais donc des "couvertures", des métiers plus normaux –que j’avais à côté, comme architecte ou producteur de musique- qui me permettaient, par exemple, de me faire inviter dans de grosses parties dans lesquelles je n’aurais jamais été s’ils avaient su ce que je faisais ! Pour ce qui est de mes proches, ils savaient comment je vivais mais on n’en parlait pas. Après tout, que je sois heureux, c’était la seule chose qui comptait.

Ton grand rêve poker ?
Je ne fais pas de business avec le poker en ayant uniquement pour but l’argent que cela peut me rapporter. J’ai plein d’idées très lucratives en tête que je ne mets pas en route car elles ne m’enthousiasment pas assez. Il faut que ça m’excite suffisamment pour me donner l’énergie nécessaire. Donc ce que je me souhaite, c’est de continuer à mêler poker, business et plaisir. Sinon, à titre de joueur, évidemment, j’adorerais enfin gagner un bracelet ou un événement important.

Superstitieux ?
Pas du tout, en rien et jamais. Je ne suis pas croyant non plus ; j’aime ce qui est cartésien et palpable. N’étant pas là pour longtemps, je préfère le concret aux croyances.

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Difficile de rester concentré dans la jungle de l'Amazon room des WSOP


Qu’est ce que tu fais de l’argent que tu gagnes au jeu ? Plutôt cigale ou fourmi ?
Tout l’argent que je gagne au poker rejoint l’argent que je gagne ailleurs. Je n’ai pas de coffre à part pour mes gains ! (rires) Même si j’aime avoir un certain confort de vie, je ne suis pas très matérialiste. Et ce qui est sûr, c’est que je compte beaucoup plus mes sous pour moi que pour ma famille ; j’adore faire des cadeaux mais perso, j’ai toujours la même voiture depuis 13 ans (rires)! Finalement, le plus grand siphon à pognon que je connaisse, c’est le poker. Ca coute tellement cher d’y jouer ; si je fais le bilan d’une année de gros tournois (buy-in, avions, hôtels), c’est difficile d’y être gagnant tout le temps. J’ai donc beaucoup de chance d’avoir d’autres activités qui me permettent de continuer à les jouer…

Tu te vois où dans vingt ans ?
Tout d’abord, je me vois vivant (sourire). J’aime la vie, je suis heureux et je veux vivre vieux et longtemps. J’espère que tout en continuant à jouer au poker, je travaillerais beaucoup moins afin d’avoir enfin le temps de profiter des gens que j’aime. Il y avait une interview de Doyle Brunson dans un numéro de "52" (ndlr ; le magazine papier qu’il a créé) où il tenait des propos que je n’avais jamais lus ou entendus de la part de ce grand monsieur ; il disait qu’il en avait parfois assez et qu’il se demandait s’il allait continuer, parce que peut-être qu’il était arrivé au bout. Ces sont des propos qui m’ont vraiment marqués, tout comme l’idée de ne plus pouvoir progresser… J’espère ne jamais manquer d’envie ou de plaisir dans ma vie. Mais le plus important en fait, je crois que c’est ce que j’ai envie de laisser à mes enfants. J’ai beau penser que l’héritage est la chose la plus injuste qui soit (du coup, personne ne nait égal), j’ai envie de laisser le maximum à mes gosses pour qu’ils puissent avoir les moyens de réaliser leurs rêves. Et j’espère que dans vingt ans, cela aura été le cas.

Une phrase pour finir ?
Etrangement, la première phrase qui me vient à l’esprit est une phrase de mon père "Pour vivre heureux, vivons cachés". Je sais, ça ne correspond pas forcément à la vie que je mène actuellement mais bizarrement, je n’apprécie que très modérément mon côté public. Bien sûr, c’est toujours agréable d’avoir une bonne table au resto ou que ma famille profite elle-aussi de certains avantages, mais c’est vrai que j’ai du mal à ne pas trouver absurde que des gens veuillent me prendre en photo ou me parler. Alors même si ça a un côté excitant, je m’en méfie. Je n’ai pas besoin de réussir d’avantage ; plus les années passent et plus je vais avoir envie de me retirer à l’ombre, au calme...

Commentaires (2)
AurelShen49
mon idole
Par Shen, février 09, 2009
Tout est dans le titre, toi et fab soulier!

Mes idoles dans votre vision non intégristes du poker, le joueur de poker parfait à mon goût! (même si le jeu en lui même est toujours perfectible), qu'est-ce que j'ai du mal à supporter les phil ellmuth et autre grand extravagant!

Bref Bruno c'est la classe à la française! dit tu veut être mon prof perso qu'à moi ? :D hein! dit ! allez !

avec l'espoir de jouer ou travailler avec toi un jour (on peut rêver, ça coûte rien!)

Bonne continuation !
0
Effectivement, joueur classe
Par Arthuroo, février 11, 2009
J'ai eu l'occasion de croiser le sujet de l'interview, ainsi que l'autre habituel redacteur d'article (david lion) au WSOPE de londres, et c'est effectivement un joueur de grande classe que l'on est fiere d'avoir sous l'étendart cocorico!
J'espere qu'il continuera également a commenté en tant que consultant pour RTL9. Il n'est pas assez vieux pour prendre sa retraite, j ai encore un peu de temps devant moi pour encore prendre du plaisir a le voir jouer.

Bonne journée, bonne continuation

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