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Jacques Zaicik


Interviews
Par Cyril Fievet   
Lundi, 10 Août 2009 09:44

 

Inséparable de Bertrand "ElkY" Grospellier depuis deux ans, Jacques Zaicik est un personnage à part dans le monde du poker français. Ce sexagénaire à l'allure débonnaire, qui a également stacké Rémy Biéchel pendant un an, affiche clairement sa passion pour le jeu. Bien qu'en marge du circuit professionnel, et ne jouant - en dilettante - que depuis peu, il affiche d'ailleurs quelques résultats : trois places payées aux WSOP et une belle 12e place au PokerStars Caribbean Adventure (EPT), pour un total d'environ 200 000 $ de gains.

 

jz_monaco_2008Certains pensent que vous êtes le père de ElkY, d'autres son manager, son coach, son confident... Finalement, comment définiriez-vous votre relation avec ElkY ?

Il faut remonter l'histoire pour comprendre les situations... J'ai connu Bertrand au cours d'un dîner lors de mon premier séjour à Vegas il y a deux ans, où j'avais invité un certain nombre d'amis joueurs de poker. Le dîner était agréable et nous avons sympathisé. Le lendemain, Bertrand m'a rappelé, pour parler de choses et d'autres, et nous nous sommes vus régulièrement ensuite. C'est un garçon très attachant et profondément gentil.

Donc je me suis attaché à lui et comme j'ai cette malheureuse tendance à vouloir m'occuper de tout et de tout le monde, je me suis rendu compte qu'il y avait plein de domaines dans lesquels il n'était pas organisé. Il gérait mal ses voyages, il voulait s'installer en Angleterre et ne savait pas trop comment s'y prendre... Bref, j'ai commencé à m'occuper de ces choses pour lui. Bertrand est quelqu'un qui n'a jamais rempli une feuille de Sécu, qui ne sait pas ce qu'est une vie organisée, qui ignore tout des démarches administratives. Il y avait beaucoup de travail là-dessus pour l'aider à s'organiser. A partir de là, j'ai commencé à m'occuper d'un peu tout pour lui.

On m'a très souvent posé la question de savoir si j'étais son père... La réponse est non, mais je répond volontiers : "presque" [rires]. Il est vrai qu'on a cette forme de rapports, avec de forts liens affectifs.

 

A part le poker, quelle est votre activité ?

Je suis depuis longtemps PDG d'une entreprise de 30 employés. Comme j'ai toujours à coeur de pérenniser les choses et non de les contrôler, j'ai abandonné la direction générale à mon bras droit et à un de mes fils, mais j'ai conservé la présidence et la gestion des relations publiques. J'interviens au niveau de la stratégie, mais je ne rentre plus du tout dans les détails. Cela me prend beaucoup moins de temps que les 15 heures par jour que j'y ai consacré quasiment toute ma vie.

Avant d'avoir une société, j'ai commencé comme garçon de course à l'âge de 17 ans. Je me suis rapidement mis à mon compte, devenant prestataire de services. J'ai fini par racheter la société dans laquelle j'avais débuté, qui était alors une société quasiment vide, que j'ai repris à partir de zéro.

 

Pour revenir à ElkY, comment êtes-vous organisé ?

Après avoir passé un an à suivre Bertrand sur le circuit pro, il m'a semblé qu'il avait besoin de quelqu'un pour s'occuper de lui à plein temps. Bertrand n'était pas d'accord au départ, mais j'ai réussi à le convaincre, et depuis un an, nous nous sommes attaché les services de Stéphane Matheu, ancien sportif de haut niveau, qui a figuré pami les 10 meilleurs joueurs mondiaux du tennis junior, et qui a aussi su se reconvertir, en décrochant notamment un MBA de finances. Je me suis occupé de le former pour qu'il acquière son indépendance et puisse aider Bertrand. Je m'occupe donc moins de Bertrand directement, même si je conserverai toujours avec lui une relation privilégiée, quasi paternelle.

 

Vous aviez aussi l'ambition de créer une team, qui s'appelait Lekhaïm...

Il y a environ trois ans, deux ou trois mois après avoir appris les règles du poker, que j'avais découvert via Patrick Bruel et la télévision, j'avais dit à un ami "un jour, j'aurais une team de poker".

Or en rentrant dans le poker, j'ai eu la chance de gagner rapidement de l'argent. Aux Bahamas, [en janvier 2008, NDLR] j'ai pris 88 000 $ en finissant douzième. De plus, Bertrand et moi avions échangé quelques pourcents, et il a eu l'intelligence et le talent de gagner ce tournoi. Donc j'ai pu commencer avec une grosse bankroll et je me suis dit que j'avais les moyens de stacker quelqu'un. Après tout, ce n'était pas vraiment mon argent, c'était l'argent du poker, l'argent de mon plaisir.

J'ai donc clairement vu l'opportunité de créer une team autour de Bertrand. Stéphane s'occupant de Bertrand, le pas suivant était logiquement de construire une team, pour concrétiser et développer au mieux un environnement de jeu optimal. Le poker est une industrie et doit être vu comme cela. Les investissements étant considérables dans ce milieu, il m'a semblé que ça méritait quelques milliers de dollars supplémentaires pour pouvoir avancer dans les meilleures conditions possibles. Je voulais donner à Bertrand un entourage qui soit véritablement professionnel. L'idée n'était bien sûr pas de faire concurrence à son sponsor, mais simplement de créer une team au sens organisationnel.

 

Comment l'idée d'inclure Rémy Biéchel dans la team est-elle venue ?

Dès le début, en m'intéressant au poker, j'avais vaguement entendu parlé de Rémy Biéchel, qui faisait beaucoup de tournois à l'ACF, en gagnait beaucoup et avait certainement la capacité de progresser. Quand le projet de team autour de ElkY a avancé, il m'a semblé intéressant d'y inclure Rémy. Je lui ai proposé de le stacker. J'en avais les moyens, et j'ai gagné un peu d'argent grâce à ça - et lui aussi d'ailleurs.

Je suis également intervenu pour conseiller Rémy dans sa recherche d'un sponsor, chose à laquelle il tenait vraiment, ce que je peux comprendre. Il a reçu il y a quelques mois des propositions que je lui ai fortement et amicalement suggéré de refuser, car elles étaient indignes de son niveau. Rémy est aujourd'hui le 3e meilleur joueur français, et il méritait mieux je crois. Il a finalement trouvé une bonne proposition avec PartyPoker, dont il est pour l'instant l'unique représentant en France.

Rémy est désormais bien entouré. C'est un joueur solide, patient, qui ira très loin.

 

Après le départ de Rémy de ce giron constitué autour de ElkY, conservez-vous l'ambition de composer ou d'enrichir une team ?

Non, mais il y a aujourd'hui une idée qui est en cours de développement, et dont je ne peux pas parler pour l'instant. C'est une excellente idée tant pour Bertrand, en termes de développement personnel, que pour son sponsor, au plan marketing.

Tout cela est en cours de préparation et donnera à Bertrand des moyens supérieurs... Sachant qu'un des principaux facteurs qui font qu'un grand joueur peut progresser est sa proximité avec d'autres grands joueurs, la notion de team reste très importante à mes yeux. Je suis donc en train de mettre en place une structure qui offre à Bertrand un environnement encore meilleur pour poursuivre sa progression. C'est mon seul objectif, et tout ce que je fais, je le fais pour Bertrand.

 

jz_beg_pca_2008
Avec ElkY aux Bahamas en janvier 2008

Pour vous qui connaissez particulièrement bien ElkY, quelles sont ses forces au poker, quel est le secret de sa réussite ?

Bertrand a une capacité d'analyse et une mémoire qui sont totalement hors du commun. Je dis parfois qu'il est un peu autiste, et ce n'est pas faux, au sens ou certains autistes ont une aptitude phénoménale à se souvenir de nombreux détails. Douze heures après une partie de poker, Bertrand se souvient de l'ensemble des mains jouées à sa table, de qui a joué quoi et comment...

Son expérience de Starcraft, qui l'a amené à devenir vice-champion du monde dans cette discipline, a montré comment il fonctionnait. Il a approché le monde de Starcraft de façon différente des autres joueurs. Il a observé et analysé la manière dont jouaient les coréens, depuis longtemps maîtres de cette discipline, puis il a développé des stratégies pour les contrer. Bertrand est donc quelqu'un de très conceptuel. S'il n'avait pas été joueur, il aurait été ingénieur, sans doute polytechnicien. Il a des capacités intellectuelles hors norme et une rapidité de réflexion exceptionnelle.

Au plan technique du poker, toute ces qualités sont de vraies forces, en particulier sur l'analyse des betting patterns [schémas de mise] des autres joueurs, dans laquelle Bertrand excelle. Au bout d'une heure de jeu, il sait exactement comment joue chaque personne à sa table.

Par ailleurs, Bertrand ne rentre jamais dans un coup sans avoir un plan de jeu. Il est d'ailleurs beaucoup moins agressif qu'on ne le croit : il est très réfléchi et raisonné, mais le fait qu'il pense très vite donne l'impression qu'il agit de façon impulsive... En fait, il a toujours une stratégie pré-établie lorsqu'il joue. Il sait ce qui va se passer, et a décidé au préalable de ce qu'il fera au turn, à la river, en fonction des développements du board... Je ne suis d'ailleurs pas persuadé que tous les grands joueurs fassent cela sur chaque coup, mais Bertrand oui.

 

Pensez-vous qu'il puisse encore s'améliorer et comment ?

Bertrand a déjà considérablement amélioré sa qualité de vie et son équilibre personnel. Le sport l'y aide certainement d'ailleurs. Quand je l'ai connu, il pesait 105 kg et on a commencé par le pari de perdre 25 kg, qu'il a remporté.

Il faut comprendre que Bertrand est quelqu'un qui travaille beaucoup. Il va en permanence sur les forums poker ou les sites d'analyse de mains, il discute les coups avec les autres grands joueurs qui sont ses amis...

A mon sens, Bertrand est très loin de son maximum. Bien sûr, au niveau où il se trouve, il ne va pas s'améliorer de 20% d'un coup. A son niveau, l'amélioration se mesure après la virgule... L'une de ses faiblesses est de ne pas encore être extrèmement sensible aux tells. Donc on travaille là-dessus. Cela ne peut que l'aider à s'améliorer. Certains aspects psychologiques du jeu doivent également être travaillés. Je pense également, même si Bertrand ne partage pas cette opinion, que la pratique des différentes variantes du poker le fera encore progresser.

Donc oui, Bertrand a la force de savoir qu'il peut encore s'améliorer, et il se donnera du mal pour le faire.

 

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Pour finir, vous êtes également joueur de poker et l'on vous voit régulièrement sur des étapes du circuit pro. Quels sont vos objectifs dans ce domaine ?

Aujourd'hui, très clairement, le poker reste pour moi un hobby. Je consacre encore pas mal de temps à mon entreprise. Je dois aussi m'occuper de ma santé et de ma condition physique. Mes priorités restent ma famille et mon entourage. Le poker sera toujours au second plan par rapport à ça.

Cette année, j'ai accompagné Bertrand sur les événements où je pouvais aller, et j'ai finalement joué peu de tournois. Je ne joue d'ailleurs jamais lors des tournois parisiens réguliers, car ils démarrent le soir et se finissent tard dans la nuit. Je n'ai pas la santé pour ça. J'ai donc encore très peu d'expérience en matière de tournois.

Dans les mois qui viennent, beaucoup de choses vont évoluer dans ma vie professionnelle et personnelle, et cela pourrait changer des choses aussi par rapport à mon poker. J'aurais toujours plaisir à me qualifier pour de grands tournois, et je l'ai d'ailleurs déjà fait plusieurs fois, à Macao, à Dublin, à Deauville, participant à des tournois qui ne m'avaient rien coûté. Si les choses se passent bien, que je mets de l'ordre dans mes affaires, il est évident que je me donnerai vraiment les moyens pour apprendre à bien jouer.

Donc, soit le poker restera un plaisir que je pratique en touriste, soit je me mettrai à travailler pour devenir un vrai joueur, avec de vrais objectifs. Aujourd'hui, mes résultats me satisfont, car je joue en dillettante et j'arrive malgré tout souvent dans les places payées. Demain, si je passe au niveau supérieur, j'apprendrai à jouer au poker - ce que je n'ai pas encore fait [rires].



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