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Leo Margets : une last woman standing de choc


Interviews
Par Claire Renaut   
Mercredi, 05 Mai 2010 12:00


Quand j'ai interviewé Leo Margets à l'Irish Open, je ne m'attendais pas à ce qu'elle me propose de la faire en français ! En effet, la belle espagnole parle couramment anglais et la langue de Molière en plus de sa langue natale. Nous avons quand même papoté en anglais, histoire d'être plus à l'aise et force est de constater qu'elle n'a pas sa langue dans sa poche ! Leo avait plein de choses à dire et ça tombe bien, nous, on avait envie d'en entendre le plus possible !

Et si on commençait par revenir sur ta 27e place au Main Event l'an passé pour 352 000$ de gains ? Comment ça se vit, émotionnellement parlant, une telle expérience ?

J’ai été ultra-concentrée du début à la fin, j’étais surmotivée pour faire un résultat. Les trois premiers jours, je ne pensais qu’à "Je ne veux pas sauter" et j’ai joué en fonction. J’ai joué très conservative. Normalement, je ne joue pas comme ça. Ca ne m’a pas empêchée de faire des moves, bien sûr, mais je n’ai jamais risqué tout mon tapis sur un coup. 
Mais je ne dis pas ça dans un sens positif ; j’ai probablement joué trop serré et en ayant trop peur de buster. En revanche, quand la bulle a éclaté, j’ai commencé à prendre confiance en mon jeu et me sentir mieux à la table. Et là, j’ai commencé à abuser de mon image tight [rires]. J’ai passé une semaine presque sans manger, à un repas par jour, ou dormir. Et sans faire de sport : je n’avais pas le temps. Tous les soirs, je retrouvais mes amis et ensemble, on regardait qui j’allais avoir à ma table le lendemain, la hauteur de leurs tapis, ils me disaient aussi "Tiens, j’ai joué avec lui" etc…  Ca m’a vraiment aidée.
Dès qu’on a été dans l’argent, j’avais vraiment envie de me lâcher mais tout en me disant "Je ne ferais pas une seule erreur". Et franchement, je crois que je n’en ai pas faite une de tout le tournoi ; c’est d'ailleurs la chose dont je suis le plus fière. A un moment, j’ai fait un suck out, sur un coup où je risquais tout mon tapis mais si j’avais à le refaire, je jouerais pareil. Je relance UTG avec K-K et deux joueurs paient. Le flop vient hauteur valet entièrement à trèfle. J’ai le roi de trèfle. Je fais un c-bet presque à hauteur du pot et un joueur me paie. Je le mets sur l’as de trèfle. Le turn vient un blank, genre , et là, je pars à tapis. Et il me paie avec les valets pour un brelan. Et j’ai touché le roi à la river. [sourire]

Oui, enfin c’est pas ce que j’appellerais un suck out… T’étais largement devant préflop et tu avais plein d’Outs à la river…

Oui, c’est sûr. En tout cas, je sais que j’ai eu un bon timing pendant le tournoi. Faire des bluffs qui passent , avoir les bonnes cartes au bon moment, faire un bon fold etc… Ca n’arrive que quand on est vraiment concentré et à 100% dans la partie. Et ça, on ne le choisit pas. Ce n’est pas en se disant : "Tiens, je vais vraiment être dedans" qu’on l’est forcément. Parfois, on n’y arrive pas.

Comme une illumination divine ?

[rires] Oui, en fait, ça m’a fait penser à des sportifs qui seraient sur un court ou un stade entourés de milliers de personnes mais qui n’entendent rien de ce qui se passe autour d’eux. C’était vraiment une expérience magique que j’ai vécue.

leo_wsop_2010
Leo lors du Main Event des WSOP 2010 : elle a moins de jetons que son voisin de droite mais elle ira plus loin !


Et comment as-tu vécu la sortie du rêve ?

J’étais très short lors du Day 8, je savais qu’il faudrait que je pousse mon tapis rapidement de toute façon. Je venais de prendre quelques fois les blinds mais arrive le coup où le bouton relance et je vois que ma première carte est un as. J’ai dont surrelancé de blind et il m’a payé avec A-10 quand ma deuxième carte était un 7. Pas de bad beat story et j’étais out. Et là, on se dit : "Non ! Ca ne peut pas être fini ! Je veux me rassoir ! C’est pas juste !" Alors que si, c’est juste.
Pendant tout le tournoi, je ne pensais qu’à la prochaine main ou au prochain round : j’ai passé une semaine à ne penser qu’à ça. D’ailleurs, je me suis autorisée à craquer un peu le soir du day 7 où j’ai pleuré. De joie bien sûr. Mais après élimination, il m’a fallu quelques longues minutes avant de comprendre que le rêve était fini : la table du November Nine était si près !
Tout le monde vient te voir pour te féliciter mais toi, tu te sens juste misérable, la personne la moins chanceuse de la terre... Et tu dois écouter tout ça alors que tu n’as qu’une envie : pleurer. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait dans les bras d’un ami dans l’ascenseur. Il m’a dit, "C’est bon Leo, allez pleure maintenant !". Et je me suis effondrée. Je savais que les chances pour que je sois à nouveau une fois dans ma vie aussi près du rêve étaient minuscules.

Tu nous rappelles en deux mots le chemin que tu as pris pour devenir joueuse pro ?

Je jouais déjà au poker depuis quelques temps en amateur dans des petits clubs et j’avais un boulot en tant que marketing manager, un métier qui ne m’intéressait pas. Ensuite, j’ai commencé à écrire des articles pour Poker Europa Espagne (qui n’existe plus maintenant). Et le rédacteur en chef a envoyé mon CV au marketing manager de 888 qui m’a proposé peu de temps après un contrat d’assistante marketing dans la boite. C’était en mars 2008.
Et une semaine après avoir été embauchée, j’ai remporté un petit tournoi au casino de Barcelone. Du coup, une compagnie concurrente m’a proposée de les représenter en me sponsorisant ! C’était dingue que ça arrive aussi vite parce que je n’avais gagné "que" 6 000 euros, soit moins que le pourboire que j’ai laissé après avoir fini 25e au main Event l’an passé [rires].
C’était un rêve. J’étais tellement heureuse de gagner ! Et quand j’ai parlé à 888 de l’offre que j’avais reçue, ils m’en ont du coup proposée une eux aussi dans la seconde ! [rires] Je n’allais quand même pas bosser pour une boite et jouer sous les couleurs d’une autre ! Du coup, ils m’ont sponsorisé pour quelques petits tournois en Espagne. C’était parfait. Peu après, j’ai été promue directeur marketing Espagne de 888, ce qui représentait beaucoup plus de travail. J’avais la chance de combiner un travail "normal" qui m’apportait des revenus réguliers et ma passion. Sauf que je n’avais plus assez de temps pour jouer.
Ca a duré un an et après, en 2009, vous connaissez l’histoire… Je ne devais pas aller à Vegas mais j’ai réussis à les convaincre d’y aller et de tenter ma chance dans le Main. Et puis ce n’est pas comme si j’étais irremplaçable à mon job ; trouver un directeur marketing c’est plus simple que trouver une bonne joueuse de poker ! Du coup, j’ai démissionné de mon poste mais je reste très proche de 888 en tant que consultante. Je donne encore mon avis sur tout.

leo_margets
"Mais qu'est ce qu'il me fait lui ? On lui a jamais dit de ne pas chercher une joueuse espagnole ? Pas grave, je vais lui porter l'estocade dans deux minutes !"


Comment tu te vois dans 5 ans ?

J’aime ne pas me projeter et ne pas savoir ce qui pourrait m’arriver dans les années à venir. Je n’ai jamais eu de vocation du type "Quand je serais grande, je serais médecin". Longtemps, je n’ai pas su ce que je ferais de ma vie. Je savais que j’aimais le poker mais pas que j’en ferais mon métier. J’ai toujours aimé écrire aussi.

T‘as écrit un livre ?

Oui, il y a quelques années. Mais je n’ai jamais eu les c******* de le montrer à quelqu’un pour le faire publier [rires].

Un livre de confessions autobigraphique ?

Non, c’était avant que je ne devienne pro. Mais bon, tout livre est basé sur une expérience personnelle… Je ne sais pas si je vais en écrire un autre. Pour en revenir à ta question, dans 5 ans, je pense qu’évidemment, je jouerais encore au poker. Peut-être en voyageant moins. Mais bon, ça dépendra surtout du contrat de sponsoring que j'aurais à ce moment là !

Tu as bientôt 27 ans et je suis sûre que nombre de tes amis sont mariés avec des enfants. Fonder une famille, tu y penses aussi ?

On ne peut jamais dire jamais mais ce n’est franchement pas quelque chose à quoi je pense maintenant. Je n'ai pas encore l’instinct maternel. Ca ne veut pas dire que je n’en aurais jamais, non. C’est juste que j’ai l’impression d’être trop égoïste pour le moment. On ne peut avoir d’enfants que dès le moment où on est prêt à donner. Et pour le moment, je crois que je suis trop occupée, entre le poker et les loisirs…

Lesquels ?

Le sport par exemple. J’adore ça ; c'est quelque chose que je conçois plus comme une ""thérapie mentale" qu'une "thérapie phyique" [sourire], j'en ai besoin. Je fais un marathon dès que je peux ! J’ai fait celui de Paris l’an passé par exemple. En 3h30.

Mais c’est un super chrono !

[sourire] Je me suis énormément entrainée. Je voulais faire 3h20 mais je n’ai pas réussi. Il faisait 30° le matin, c’était trop dur. J’ai aussi beaucoup joué au tennis, pendant 13 ans, car ma famille était dedans aussi. Mais j’ai toujours été le mouton noir de la famille sur ce point, je n’ai jamais été vraiment bonne. Là, mon prochain défi, ça va être le triathlon de lundi, un Iron man...

Waouh. Et il te reste un peu de temps pour le reste ?


Non. Pourtant, j’adore lire et écrire mais le temps me manque vraiment. Parce que j’ai un blog moi aussi et ça prend du temps ! D'ailleurs, mon principal souci, c’est de ne pas être trop personnelle dans mes propos. J’oublie qu’il y a temps de gens qui le lisent et qui peuvent ne pas aimer quand, par exemple, j’insulte les "f**** nordiques". [rires] les gens me répondent : "Mais comment tu peux être aussi vulgaire dans tes propos etc…" Mes amis comprennent que ça peut être un second degré mais bon...

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Leo lors du Ladies de Monaco où elle a fini troisième contre Melanie Weisner (gagnante) et moi (2e)


Tu parles un peu de tes mains aussi dans ton blog ?

A chaque fois que je poste un coup, je m’expose à des "Mais pourquoi t’as joué comme ça ?" ou autres critiques. Mais c’est pas grave. Les gens aiment donner leurs avis et, tant que c’est fait avec respect, ça ne me gène pas du tout. Et quant au fait de raconter des mains et de me dire "les gens vont savoir comment je joue", ça, je n’y pense pas. Car de toute façon, quand on sait un peu jouer, on sait être imprévisible de toute façon et varier son jeu.

A propos de jeu, c'est lequel est le jeu qui t’éclate le plus ? L'Omaha ?


J’adore l’Omaha mais je trouve que je n’ai pas encore assez d’expérience en tournoi. En revanche, j’adore le jeu en 6-handed, qui nécessite d’être bien plus attentif et présent que le jeu en full ring. Si on a un edge sur ses adversaires, on peut faire beaucoup plus de profit à un 6 qu’à plus. Je trouve que c’est l’équilibre parfait entre jouer à neuf ou dix et le heads-up. Le tête à tête, je trouve ça too much. J’ai tenté à Evian (parce que normalement, je ne joue en heads-up qu’à la fin d’un tournoi), mais c’est difficile. C’est sympa mais il y a trop de part à la chance et au gamble.

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Un cocktail détonnant de charme et de technique : attention les gars, planquez vous !


Qu’est ce qui te plait le plus dans ta vie ?

Presque tout. Avant je payais pour assouvir ma passion et maintenant, je suis payée pour ! Jouer les plus grands tournois du monde, je ne l’aurais jamais fait avec mon propre argent. Faire ce qu’on aime faire et s’en tirer pas trop mal, c’est vraiment chouette. Après, c’est vrai que beaucoup de gens, étant à l’extérieur, s’imaginent que c’est un milieu super glamour avec des paillettes et tout et tout.
Mais, tu es dedans aussi et tu sais que ce n’est pas comme ça dans la réalité. Il y a les points négatifs superficiels du style la sécurité à l’aéroport, les valises à faire etc… mais il y a aussi le fait d’être souvent seul.
J'ai le même petit ami depuis 4 ans mais il n'aime pas le monde du poker, même s'il joue aussi un peu. Il se réjouit pour moi mais jamais il ne m’a accompagné à Vegas par exemple. En revanche, il est venu avec moi à Evian ou au Costa Rica, car ce sont des destinations très agréables quand on n’aime pas les casinos. Il a sa vie et ça ne me gène pas du tout. Je trouve ça bien qu’on ait chacun un univers distinct.
La solitude ne me gène pas mais parfois c’est dur de voyager seule tout le temps. Maintenant, ça va mieux parce que je commence à connaitre du monde sur le circuit.
Mais parfois, il m’arrive de n’être à la maison que trois jours en deux mois et mes amis me manquent. C’est même parfois dur d’entretenir les relations et de ne pas s’éloigner et les perdre de vue. Parce que c’est ça qui est vraiment le plus important : si un jour je n’ai plus de sponsor, qu’est-ce qui me restera ? Parce que c’est bien beau de faire un gros résultat un jour mais c’est "volatile". Ca ne reste pas. Les gens te félicitent et t’entourent mais pour combien de temps ?



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