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Mais qui est donc Vanessa Hellebuyck, notre championne du monde des Ladies ?


Interviews
Par Claire Renaut   
Mercredi, 16 Juin 2010 02:26
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La gagnante du 5e bracelet de l’histoire du poker français est un personnage vraiment atypique. Ici, pas de vieux roublard des cercles parisiens ou de petit jeune à capuche issu du online : Vanessa est une jeune maman de 35 ans qui vit à Paris avec son mari et ses deux filles de 2 ans (Mélodie) et 8 ans (Camille). Pianiste et graphiste free lance, elle décide un jour de travailler uniquement de chez elle afin d’avoir le temps de s’occuper de sa famille, sa priorité absolue. Elle commence à jouer online il y a 4 ans avant d'être repérée par Emilie Bouchard, la fondatrice de la Team Ladies 770. Par pure passion et avec l'envie de faire partager ses expériences, Vanessa a également créé le site Dame2pique.

Rencontre avec une joueuse aussi talentueuse que sympathique et bourrée d’énergie : passer 30 minutes avec elle, c’est comme charger ses batteries sur du 220 volts : ça décoiffe !

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Vanessa peut être fière d'elle : dans quelques secondes, la Marseillaise va retentir dans la Pavillion Room pour la première fois !


Peux-tu nous parler de ton background et de ce qui t’a amené au poker ? J'ai entendu dire que tu étais une vraie nerd, c'est vrai ?

J’ai commencé à jouer online il y a 4 ans. Mon frère, Cyril, s’y était déjà mis et c’est lui qui m’a mis le pied à l’étrier. En fait, nous sommes tous les trois, mon mari, mon frère et moi, des gros geeks à la base. On partageait tous nos jeux et on échangeait nos expériences. En fait, je suis profil ElkY [rires].
Je suis une gameuse sur Starcraft, MMORPG [ndlr : mot pour désigner un jeu de rôle en ligne qui regroupe des milliers de joueurs du monde entier], World of Warcraft et je te garantis que j’t’éclate à Tekken [rires]. Je suis une vraie geek qui adore les jeux de plateau, les jeux de rôle ou le bridge et le tarot. On est des très gros joueurs dans la famille mais on ne joue pas d’argent : c’est ça qui est drôle ! J’ai toujours dit que je n’aimais pas les jeux d’argent et je n’aime toujours pas ça.
Par exemple, je n’ai jamais mis une pièce dans une machine à sous. La première fois, c’était ici à Vegas, j’ai mis 10$, appuyé sur le bouton, super, j’ai fait ça pour boire un coup et j’ai cash out des piécettes. Quel ennui, je déteste ça. Je n’aime déjà pas les jeux de hasard alors quand en plus il y a de l’argent au milieu… De même, et même si ça n’est plus du pur hasard, tu ne me verras jamais à une table de cash game : je ne m’y assiérais même pas sous la torture. Le tournoi de poker, en revanche, pour moi, ça n’a rien à voir : c'est de la compétition.

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Vanessa lors du Day 2 du Main Event au Ladies : aussi sereine que confiante


Et tes débuts sur internet, ils ressemblaient à quoi ?

En fait j’ai commencé par des freerolls pendant un an, le temps que je comprenne et que je sois un peu moins fish, mais au bout d’un moment, t’en peux plus. Je voulais progresser mais en fait, je ne jouais pas vraiment au poker parce que les mecs en freeroll, ils font n’importe quoi. Il pouvait tout arriver tout le temps. Du coup, j’ai déposé 50$, et j’ai commencé à faire des sit’n’go à 1$ ou 5$ max. J’ai remis 50$ au bout de six mois et là, ça a pas mal marché. En deux ans, j’ai pris 5 000$. C’était déjà une vraie victoire pour moi : rien que l’idée d’être gagnante sur Internet me plaisait. Mon frère était gagnant aussi et on était super motivés de voir qu’en partant de presque rien, on avait monté un bankroll sympa.

Davidi Kitai, qui avait prédit de toi que tu remporterais un gros tournoi à Vegas il y a deux mois, dit de toi que tu as la meilleure gestion de bankroll qu’il n’ait jamais vue...

C’est normal qu’il dise ça parce qu’en même temps, je ne dépense jamais rien [rires] ! Je ne tilte pas parce qu'il n’y a rien à la gagne. J’aime juste jouer. Tu me donnes 1 000$, je vais choisir d'investir dans dix tournois à 100$ et pas dans un seul à 1 000$. Je trouve que c’est con, irrationnel et franchement mégalo de se dire, "Bon, je mets toute ma thune d'un coup parce que je pense vraiment que je vais le gagner". Alors que si tu fais 10 tournois, t’as une chance pour que ça marche au moins sur un. Et c’est ma politique sur internet. J’avais 5 000$ de bankroll et j’ai écouté ce que disais Ferguson "Il faut investir entre 1% et 5% de son bankroll au maximum dans un tournoi". Moi, j’ai choisis la version la plus tight : 1%. En faisant des 5$ ou des 10$ avec 5 000$ derrière, ben au moins, j’ai jamais perdu mon bankroll !

Et comment tu as franchi le cap du tournoi live ?

Même après avoir monté 5 000$, pour moi, il restait hors de question que j’aille faire un petit tournoi live à 50 euros, comme ceux à Wagram, car la structure est systématiquement mauvaise. J’aime les belles structures, ceux qu’on trouve dans des 1 000 euros ou plus. Et comme c’est impossible d’en trouver une belle dans un tournoi live pas cher, du coup, je ne jouais qu'online.
Le seul que j’ai fait, le premier, c’est un satellite Partouche à 35 euros où mon voisin m’a dit : "Ca va quand même, celui-là tu peux te l’offrir non ?" Et je me suis dit "Ok. C’est un turbo, mais je vais quand même y aller pour 35 euros". Une fois de plus, ce n’était pas le fait de ne pas vouloir investir 50 euros qui me bloquait mais vraiment l’idée de payer pour faire un crapshoot.
J’y ai finalement gagné mon ticket pour la finale à Cannes où j’ai fait 8e ! A ce moment, la Team Ladies 770 se montait. J’ai rencontré Emilie à St Amand qui m’a dit que je correspondais bien au profil puisque j’étais déjà à la base une joueuse online et qu’en plus, j’avais fait un bon score au Ladies. J’ai eu la chance qu’il n’y ait pas beaucoup d’autres filles à ce moment là sur le circuit, et surtout, la chance d’être une femme tout court : c’est tellement plus simple pour se faire sponsoriser ! Mon frère par exemple a un niveau de malade mais c’est moi qui suis sponso, tu vois…

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Première table finale WSOP : dure dure la tension à gérer !


Tu as ensuite enchainé les résultats comme une machine en faisant la table finale dans huit Ladies à la suite ! Allez avoue, c’est quoi le secret ?

Et bien je ne sais pas trop. Après, c’est sur que si j’en avais un, je ne le dirais pas forcément [rires]. En fait, je pense juste que j’ai une approche différente et totalement non-conventionnelle. Ca peut être décrié et les gens se disent parfois : "Mais c’est quoi ça ? Qu’est-ce qu’elle fait ?". Ce n’est pas prétentieux de ma part mais je crois qu’ils ne comprennent pas ce que je veux faire ; attention, pas dans le sens "ils n’ont pas le niveau pour comprendre" mais dans le sens "ce que je fais et les décisions que je prends n’appartiennent qu’à moi".
Je prends les joueurs là où ils ne s’y attendent pas. Du coup, quelqu’un d’académique peut penser de moi : "Tiens elle, c’est un fish, elle limpe A-K, tiens elle est débile, là elle a la côte et elle paie pas, pourquoi ?" etc… Je suis comme ça, je ne réagis pas qu’aux maths. Les maths, je les connais mais ça ne sera jamais la seule chose qui me fera prendre ma décision.

Ce que tu dis, c’est que tu es une vraie joueuse d’instinct ?

A fond. Complètement. Quand je ne sens pas un truc, je joue en fonction. Avec la même main et la même position, je peux faire des choses complètement différentes tout le temps. Je regarde par exemple la tête des nanas autour de la table ou la taille de leurs tapis et je vais jeter une main que j’aurais relancé le coup d’avant. Du coup, je pense que c’est très dur à lire et je fais peur parce que je suis imprévisible. Je peux faire la même chose avec 7-2 ou les As. Je suis également un vrai caméléon, je m’adapte tout le temps à ma table et ça, c’est un gros avantage.

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Une technique qui a fait ses preuves : Vanessa serre la main d'une de ses nombreuses victimes féminines

Et comment tu as vécu ce Ladies à 1 000$ ? C’était ton premier tournoi à Las Vegas !

Je me suis sentie bien tout du long du tournoi mais pas au point de penser que j’allais aller en finale, ça s’est sûr ! C’est comme ça quand ça se passe bien, je m’en rends pas trop compte et je vois juste que les gens partent peu à peu. Et je réalise comme ça, petit à petit. Je ne me suis jamais sentie en danger car je n’ai jamais été short stack ; j’ai eu un tapis au dessus de la moyenne quasiment du début à la fin.
Dès le départ, je me suis dit que c’était une structure très belle. Certes, il y a peu de jetons dans le stack initial mais ce n’est pas une boucherie. A condition évidemment de doubler assez vite, c’est sûr. Mais les niveaux sont très beaux. En fait, j’ai eu la chance au début de prendre un pot énorme sur un bluff monstrueux. 

Raconte !

On joue depuis 3 ou 4h et je n’ai pas eu une seule carte exploitable. Je n’ai pas envie de m’envoyer en l’air au début et de voir des flops qui seraient trop chers par rapport au fait que je n’ai que 3 000 jetons. Du coup, j’en ai profité pour  me faire une image de joueuse ultra-serrée. Aux yeux de ma table, je suis une serrure ultime. Ce qui me permet d’ailleurs de gratter quelques coups de temps à autres et de monter petit à petit à environ 4 500.
Je relance en fin de parole avec , la nana de grosse blind, qui avait environ 2 500, me surrelance et je paie.
Le flop vient hauteur 10 avec deux trèfles. Elle envoie assez cher et je paie. Le turn est une doublette du 10 et c’est un troisième trèfle. Elle mise à nouveau et je pars à tapis dans une mise à la limite de l’overbet. Le truc c’est qu’on avait bien parlé avant, limite sympathisé (j’ai presque eu les boules de lui faire le coup à elle mais bon…). Elle hésite pendant des plombes (et moi, pendant ce temps là, je me pis*** dessus) et me demande si je lui montre si elle passe. Je vois qu’elle est vraiment mal et qu’elle hésite vraiment à payer. Je la regarde droit dans les yeux et je lui dit "Oui, je te montrerai si tu le veux". Je vais pas lui dire non. Elle finit par passer les As face up et là, je suis obligée de lui montrer ma main.
Toute la table a regardé : "Ben t’as quoi ? Mais you got air ?" Et ça leur a mis un gros coup [rires]. En fait, les nanas se sont dit, “mon dieu, mais elle est complètement malade !" Du coup, après, dès que je bougeais, elles flippaient. Et comme ma table n’a pas été cassée de la journée, ben forcément, je les ai toutes vues sortir les unes après les autres ! [rires] J’ai d’ailleurs aussi sorti un des mecs qui ont participé et ça m’a rapporté 50 dollars de bounty !

En finale, tu as reçu un gros soutien de la part des français !

C’était merveilleux et je ne pensais pas du tout que ça se passerait comme ça ! De voir tous ces gens, parce qu’il y avait ma Team mais bien plus de monde aussi, c’était énorme ! J’avais l’impression qu’il y avait tous les français de Las Vegas qui étaient là et que c’était comme pour un match de foot. Je me sentais comme Zidane qui marque un but !
Vers la fin, je ne regardais plus personne ; je n’y arrivais plus, c’était bouleversant. J’ai même essayé de me persuader que je jouais sur Internet mais ça n’a pas marché [rires]. D’habitude pourtant, je ne suis pas traqueuse mais là… En tout cas, ça m’a incroyablement encouragée et j’avais un vrai avantage sur les autres nanas. Tu étais là, tu sais, genre on ne donnait un walk et j’entendais : "Ouaiiiiiis Vanessaaaaa !" [rires]
Quand j'ai gagné, voir des joueurs pros français dans la foule qui étaient limites en train de pleurer, c’était un truc de fou !

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Un soutien qui donne des ailes : la Team de copines et le papa, tous venus pour l'encourager !


Tu es une vraie spécialiste des tournois Ladies ; quand est-ce qu’on te voit sur un tournoi mixte ?

C’est vrai que je n’en ai pas encore fait à l’exception d’un challenge média bien sympa sur 770 où j’avais remporté un i-pod en finissant 4e ! Je l’ai offert à mon mari et il était trop content ! J’étais très contente d’avoir finit 4e car les participants savaient jouer. J’ai raté la première place et le voyage à Vegas mais c’était très cool d’avoir quand même fait un petit résultat pour mon premier tournoi mixte !

Et l’avenir, tu le vois comment ?

Pour l’instant, je ne sais pas encore ce que je vais faire après. On verra ce qui peut se passer pour moi. Mais mon ambition, ce n’est pas du tout de partir toute l’année voyager sur le circuit pro. Je veux privilégier ma famille : je n’ai pas envie de perdre l’un ou l’autre et surtout pas mon mari et mes enfants ! [rires]
Mon rêve, je crois que ce serait de passer plus de temps à jouer sur internet, comme ça je serai à la maison, et de faire un beau tournoi, mixte cette fois, une fois par mois ou une fois tous les deux mois. J’adore le live et c’est vrai aussi que quand tu y as gouté, c’est dur de revenir sur Internet. En fait, un tournoi prestigieux de temps à autre, pour lequel je ne pars que quelques jours par mois, ce serait l’idéal. Ainsi, j’aurais tout !

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Une émotion qui submerge : Vanessa championne du monde des Ladies !



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