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Stéphane Bénadiba : joueur affectif


Interviews
Par David Poulenard   
Samedi, 29 Octobre 2011 11:10

Dans le cadre prestigieux du Majestic, nous rencontrons Stéphane Bénadiba lors d'une pause durant le Main Event des WSOP-E. L'imminence de la reprise et un mauvais départ dans le tournoi n'empêcheront pas le Français de se révéler disert et passionnant, dusse-t-il manquer quelques mains...

Bonjour Stéphane, peux-tu te présenter ?

Je viens d'avoir 37 ans, je suis dentiste et j'ai commencé à jouer au poker en 2006. J'ai toujours baigné dans les cartes, j'ai commencé à l'âge de 6 ans et demi, j'allais à la campagne et mon père et mon grand-père jouaient à la belote, pendant un certain temps je les ai regardés et finalement je leur ai dit "je veux joueur avec vous". J'ai commencé à jouer à la belote, puis au tarot et au ramy et voilà. En 2006 je voulais apprendre à jouer au bridge lorsque je suis tombé sur un WPT à la télé sur Canal + avec Bruel et j'arrive au moment du Heads-Up pour voir une hôtesse qui amène tous l'argent sur la table. Voilà comment j'ai découvert le poker. Comme dans la foulée je partais avec ma copine à Los Angeles et à Vegas, j'ai découvert le poker là-bas. J'ai acheté le premier numéro de LivePoker que j'ai dévoré dans l'avion et j'ai choppé le virus aux States. Lorsque je suis rentré à Paris, j'avais un pote qui travaillait à l'Aviation Club de France alors je suis allé y faire un tour et j'ai commencé à jouer en juillet 2006.

Je me suis spécialisé dans les tournois, c'est ce qui me plait, la compétiton avec beaucoup de joueurs, le fait d'avancer tranquillement dans le tournoi. Ca c'est pour mon entrée dans le poker, sinon je fais beaucoup de choses à côté, je joue du piano, je chante, j'adore le cinéma, la musique...

Le poker c'est une passion avant tout qui est devenue depuis un an et demi quelque chose que je prends beaucoup plus au sérieux maintenant que je participe au circuit et que j'ai eu la chance de rentrer dans une room (PokerXtrem, NDLR) et de faire pas mal de bons résultats. En plus c'est sympa de voyager sur le circuit où tu retrouves souvent les mêmes têtes et où il y a une bonne ambiance et où on se soutient même si c'est un sport individuel. Mon objectif c'est de progresser chaque année et devenir un meilleur joueur d'années en années.

 

stephane_benadiba_wsope2011

 

Tu arrives à concilier ton activité de joueur et ton activité professionnelle ?

En fait avant je n'avais pas de problèmes, mais depuis un an je fais beaucoup de tournois... J'ai la chance de bosser en collaboration dans un cabinet où le dentiste avec qui je travaille est un copain très arrangeant. Je bosse trois jours par semaine et on s'arrange ensemble selon le calendrier. Pour l'instant j'arrive à jumeler les deux même si le poker est assez chronophage. Mais ça me permet d'avoir une hygiène de vie, j'aime mon métier et ne veut pas faire que du poker. C'est sur qu'en septembre-octobre avec tous les tournois c'est plus difficile de gérer ça.

Si le fait d'être sponsorisé par PokerXtrem a changé ton rythme de jeu est-ce que ça change ton style de jeu ?

Avant d'être sponsorisé, je me disais toujours que je visais trop les ITM, que je jouais trop scared Money en ayant envie de viser de belles places sans oser jouer la gagne. Mais je me disais toujours que si un jour j'étais sponso ou si je faisais une belle perf, ma psychologie changerait et que je pourrais jouer libéré. J'avouerai que même s'il y a une progression dans mon esprit, je garde toujours ce plaisir à d'abord viser l'argent puis la finale et ensuite la gagne. En fait à décomposer mon tournoi en trois temps... Je prends beaucoup de plaisir à être régulier, l'année dernière j'ai fait 31 tournois et atteint 15 ITM dont 8 finales et cette année je me suis dit qu'étant sponso j'allais moins viser l'argent et plus les tables finales. Ca était un peu mieux à ce niveau-là cette année, mais je continue à garder ma ligne de jeu. Je ne suis pas devenu une tête brulée qui joue la gagne sinon rien et je reste relativement conservateur dans mon approche du jeu. Mais c'est évident que c'est confortable d'être sponsorisé et de savoir que les tournois vont s'enchaîner.

Est-ce que parallèlement tu joues en cash ou sur Internet ?

Alors en cash très peu, mais je ne prends pas beaucoup de plaisir à jouer en cash. Pour moi le cash c'est ce qui permet de financer ses tournois, mais comme j'ai un métier à côté je n'ai pas beaucoup de temps et le peu de temps que j'ai je le consacre à jouer des tournois. c'est ce qui me passionne au départ. Pas seulement l'aspect financier, c'est d'abord la compétition. Se dire il y a plein de joueurs au départ avec le même stack et tu ne peux pas rebuyer, tu n'as pas le droit à l'erreur, tu ne peux pas pédaler un coup

(L'hymne américain de remise des bracelets survient soudainement, interrompant provisoirement l'interveiw)...

Je joue de temps en temps sur PokerXtrem, mais assez peu, je préfère les tournois live et je manque de temps. Mais pour revenir au cash game c'est une vraie spécialité et il faut jouer régulièrement. J'ai un sponsor et un métier qui me permettent de ne pas avoir besoin de jouer en cash game.

Quels sont tes objectifs dans le poker ?

Le premier objectif c'est de progresser. De pouvoir d'années en années constater une évolution, de pouvoir me dire au 1er janvier j'ai fait une meilleure année et en terme de jeu me dire j'ai progressé, je suis plus solide, j'ai un arsenal plus complet. C'est la première chose et ensuite c'est de prendre plus de temps pour travailler mon jeu en profondeur, quitte à prendre du temps sur mes loisirs. Comme l'année dernière j'ai eu de bons résultats sans faire le maximum au niveau du travail du jeu, je veux encore progresser et aller aussi haut que je pourrais aller dans les prochaines années. Chacun a un potentiel au départ et je ne connais pas le mien, je ne connais pas mes limites, je ne sais pas jusqu'où je peux aller mais je veux me donner les moyens d'aller le plus loin possible.

J'aimerais me donner toutes les chances de remporter un très gros tournoi, non pas que je ne puisse pas y arriver aujourd'hui, ça peut arriver à tout le monde avec des circonstances favorables. Mais j'aimerais être prêt dans deux ou trois ans en me disant au départ d'un gros tournoi : mon jeu est vraiment au point et si les cartes sont au rendez-vous je suis prêt... Bref qu'on puisse titrer de moi "Chronique d'une victoire annoncée" !

Un tournoi qui te fait rêver ?

Avant c'était l'EPT de Monaco, maintenant qu'il n'existe plus je dirais l'EPT de Deauville parce que c'est chez nous ou le Partouche et les Main event des WSOP.

Un joueur que tu admires ?

Certainement Phil Ivey et Tom Dwan. Je pense aussi que j'aurai admiré Stu Ungar plus que n'importe qui, j'ai lu sa biographie et le génie de ce mec est impressionnant. pas seulement dans le poker. Au niveau des joueurs français, ElkY qui est adorable, vraiment très fort mais qui en plus cherche en permanence à faire évoluer son jeu et devenir plus fort. J'ai beaucoup de respect aussi pour Jean-Paul Pasqualini qui est un très bon copain et je me reconnais dans ce profil de joueur plutôt tight-agressif et Jean-Paul c'est quelqu'un qui a des nerfs d'acier !

 

benadiba_lopez

 

Un joueur que tu crains d'avoir à ta table ?

Il y a deux ou trois ans, j'étais tombé à la table de Dario Minieri dans un side de l'EPT de San Remo, évidemment hyper-agressif. Il m'avait terrorisé à table, il relançait, sur-relançait tous les coups et je me disais il faut l'éviter mais comme il rentrait dans tous les coups... Ce genre de joueurs ultra-aggros me posaient beaucoup de problèmes, mais j'ai appris depuis à les contrer. Maintenant le niveau des tournois est tellement relevé que je me concentre sur mon jeu sans me préoccuper trop de mes adversaires. Par exemple lors du WPT de Paris que j'ai fini 15e, j'avais à ma table -la table de la mort- Martin Jacobsen, Marvin Rettenmeier, Ludovic Lacay, Raphaël Kroll, Olivier Busquet qui a été remplacé par Jason Mercier, j'avais commencé la journée avec 60 000 et j'ai terminé avec 160 000 alors que la majorité des joueurs cités avaient sauté. J'ai appris à ne pas surjouer par rapport à ces joueurs, à jouer dans ma zone de confort. Aujourd'hui je n'ai plus de complexes par rapport à eux. Ce sont des hommes comme nous... Maintenant si j'ai Phil Ivey à ma table, je tenterai peut-être pas trop de moves ou de bluffs contre lui, il a une telle lecture !

Pour conclure, révèle-nous quelque chose sur toi que tout le monde ignore.

Euh... Je suis champion de France de belote contrèe mais pas mal de gens le savent déjà. En fait je dirais que je suis un affectif et je fais beaucoup appel à mon intuition et plusieurs fois j'ai fait de gros folds ou pris des décisions qui n'avaient pas de justifications techniques parce que mon instinct me le commandait. Plusieurs fois, je me suis vu sauter et j'ai abandonné des mains fortes (deux dames ou deux valets) en ayant raison. Avec le temps j'ai aussi appris à écouter mon feeling...

L'hyme américain retentit de nouveau avec des applaudissements pour ponctuer l'entretien...



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