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Est-ce difficile d'être une femme dans le poker ?


Opinions
Par Claire Renaut   
Mardi, 27 Avril 2010 14:52
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La première réponse à cette question, et qui me viendrait comme un cri, serait : "Non ! Bien sûr que non ! Et au contraire !". Evidemment, cette réponse n’engagerait que moi, puisque le titre de cette rubrique d’article est justement intitulé "Opinions".

Etre une femme dans le poker c’est être un borgne au royaume des aveugles : même sans jouer bien, tous les vents nous soufflent dans le dos.

Faisons un tour des différents avantages et voyons comment le sexe faible devient le sexe fort dans ce milieu injustement qualifié de macho :

1. Les hommes sont toujours ravis de voir une femme s’asseoir à leur table. Je ne compte pas le nombre de fois où, mon ticket à la main, j’ai entendu de la part d’un joueur : "Aaaah, une demoiselle ! Magnifique ! Installez-vous ! Bienvenue !". Le tout avec un grand sourire et une politesse qui fait plaisir : je préfère de loin être accueillie comme ça que dans une indifférence malpolie. On pose une question et zou, on nous répond. On a besoin de change, allez, zou, on sacrifie ses piles.
En bref, étant donné que dans le cerveau masculin de base, femme=fish qu’il fait bon avoir à la table, nous sommes souvent appréciées et bienvenues. Ce qui me mène à mon deuxième point.

2. Il n’est pas une nana que je connaisse qui n’abuse pas de son image tight (attention, je ne parle pas d'Annette ou de Jennifer Harman : je parle plutôt d'une joueuse qui tient les cartes mais qui n'a pas fait de gros résultat). Alors certes, il est vrai qu’en général, il existe peu de LAG chez les joueuses mais il sera toujours plus facile de réussir son C-bet ou passer un bluff quand on est une fille. C’est comme ça : nous, quand on 3-bet préflop, l’adversaire passe deux fois sur trois s’il n’a pas une Premium en main. Youpi.
Et si une femme gagne plusieurs coups de suite et réussit à monter des jetons, ce sera "parce qu'elle a eu du jeu" : l'adversaire n'en voudra pas à la joueuse et ne la redoutera pas plus. Mais il en voudra à la Chance qui le snobe honteusement au profit d'une fishette inexpérimentée : quelle injustice ce jeu !

mip_ladies
Oh ! Une table de filles ! C'est l'homme qui va s'y asseoir qui va être content !


3. De plus, le fait que nous ayons un côté fish invisible (le gentil poisson qui fait gloub gloub dans son coin sans que ça ne fasse de vagues), fait qu’on nous laisse souvent tranquille. Nous ne sommes pas redoutées, nous n'inspirons pas la méfiance et donc, plutôt que de s’en prendre à nous, le joueur de base s’en prend à celui que son égo a choisi pour cible ("Celle-là, je m’en occuperai plus tard, en attendant, je vais me charger du gros lourd qui m’a 4-bet le coup d’avant, l’enfoiré je vais me le faire")

4. Je vous vois venir : un poisson gentil, le but, c’est de lui marcher dessus et de lui mettre la pression. Oui, c’est vrai. Mais ça ne marchera que sur une mauvaise joueuse. Une joueuse adroite saura montrer de la force une bonne fois pour toute, montrant qu’elle aussi sait faire un call audacieux avec hauteur As ou bottom paire. Et généralement, une femme qui fait ça, on lui fout la paix pour un bon bout de temps. De même, le fait que l’on veuille souvent nous bluffer a aussi ses avantages… En fait, et sans faire de généralités, je crois qu'une bonne joueuse a plus de chance de passer à travers les gouttes qu'un bon joueur.

5. Bémol : tout ce que je viens de dire ci-dessus a malheureusement tendance à disparaitre de plus en plus ; la faute, par exemple, à des articles comme ceux-là (j'ai honte). Un bon joueur sait rapidement à qui il a à faire de toute façon. Homme ou femme. Un bon joueur sait aussi qu'une femme bluffe. Mais il reste tout de même quelque chose d'inscrit quelque part, (sur le chromosome Y ?), qui fait qu'un joueur masculin moyen sera en général enclin à respecter les préceptes ci-dessus.


Maintenant que nous avons vu les avantages liés à l’image, passons à ceux liés au fait de représenter environ 5% du field (au grand maximum) dans les tournois.

1. Déjà, on nous remarque. Surtout quand on a le décolleté pour (ce qui, nota, n’est malheureusement pas mon cas). Et qui dit joli panneau publicitaire, dit annonceurs qui se bousculent… Donc : une facilité de se faire payer des tournois supérieure à la moyenne. Même quand on s'appelle Marjolaine et qu'on ne sait pas jouer... ("Elle est arrivée dans le bureau et elle avait collé son sticker à même la peau. Elle a été sponso de suite."). Après, je vous concède qu'il est plus difficile pour une femme moins jolie ou bimbo qu'une Marjolaine de se faire sponsoriser. Il faudra qu'elle fasse une vraie perf' et là, ce sera contrat obligatoire ; ce qui est toujours mieux que pour un homme, pour qui victoire dans un tournoi ne sera pas toujours synonyme de sponsor (loin de là).

bimbo_poker
Panneau publicitaire efficace ou technique de déstabilisation de l'adversaire ? Les deux mon capitaine !

2. En effet, il est infiniment plus simple d’avoir un sponsor quand on est une nana que quand on est un mec. C’est étrangement un des seuls milieux dans lequel l’inégalité va dans l’autre sens : ouf ! Si un homme rame pendant des années (bien qu'en alignant les résultats) avant que l’on retienne son nom et surtout, qu’on lui offre un contrat de sponso, un seul résultat, même minuscule, suffit à une femme pour être signée. Ainsi, si une nana avait remporté le WPT Chypre 2009, vous croyez qu’elle aurait dû gagner Job2stars derrière pour avoir un contrat ? Non, la demoiselle se serait fait prier à droite et à gauche dès sa sortie de table et elle aurait signé un contrat des plus juteux.

3. Il est donc plus simple de se faire un nom quand on est une femme. Voilà.


Enfin, il existe aussi les autres avantages, ceux que l’on dit moins mais que l’on pense quand même… Je ne connais aucune femme qui préfèrerait travailler dans un bureau composé à 100% de collègues féminines si on lui proposait de choisir entre ça (pia pia pia) et un univers 100% masculin.
Parce qu’un homme, et ça doit être génétique ou freudien j’en sais rien, a tendance à protéger une femme et la traiter en princesse. Attention, ce ne sera jamais le cas pour une mégère méchante qui ne sourit que quand elle se coince le gros orteil dans la table basse. Ce ne sera jamais le cas non plus dans un milieu ultra-compétitif genre commercial où c’est chacun pour soi. Ou alors dans un milieu où la femme se trouve au sommet de la hiérarchie, faut pas pousser. Mais au poker, une femme gentille, sympa et souriante, générera souvent plus de compassion et d’indulgence qu’un gros barbu.

Il arrive d’ailleurs souvent qu’un joueur éliminant une jolie fille (pas une star de type Vanessa Rousso, qui lui procurera avant tout une grande fierté) fasse la moue. Tout en souriant intérieurement de ramasser les jetons, évidemment. Mais il semble évident qu’il aurait préféré faire sauter le playboy italien avec ses écouteurs en diamants que la demoiselle à sa gauche.

vanessa_rousso
Vanessa Rousso est rapidement devenue une icône du poker féminin. Et tous les joueurs masculins rêvent d'en faire une trophée de chasse. Mais pas dans le sens que vous croyez ! La demoiselle est désormais une joueuse aguerrie redoutée par les hommes à sa table.


Et maintenant, attention, un tabou va tomber : quand les femmes disent, dans les interviews officielles, qu’elles voudraient promouvoir le poker féminin et faire en sorte que la moitié du field soit à l’avenir composé de femmes, peu d’entre elles disent la vérité : en version off, croyez-moi, ce n’est pas la même… Moins on est de femmes, plus on rit. Etre plus, c’est perdre tous les avantages précédents. La seule raison pour laquelle on pourrait avoir envie de voir des femmes qui arrivent sur le circuit, c’est parce qu’on espère qu’elles joueront mal.

Je ne connais pas UNE femme qui souhaiterait sincèrement que le poker soit 50/50 hommes/femmes. Pas une. La masse effacerait l’individu. Adieu le trophée de Last Woman Standing (quoiqu’on en pense d’ailleurs…), adieu la couv’ de Live Poker parce qu’on a gagné un side lors d’un EPT et adieu la renommée facile. Il deviendrait aussi dur pour une nana d’être sponso que pour un mec. Et déjà que l’on commence à parler de la fin de l’age d’or des contrats de sponsorings…

Maintenant, ne vous méprenez pas sur ce que je dis. Il existe, je crois, une bonne ambiance entre les femmes "implantées" dans le milieu. Une forme de jalousie, certes - comme chez les hommes et les français en général - mais une solidarité aussi. Justement parce que pour l’instant, nous ne sommes pas beaucoup à évoluer dans ce milieu. Nombre des nanas que je croise sur le circuit (joueuses, animatrices, organisatrices ou journalistes) sont des vraies copines que je prends toujours plaisir à revoir sur le circuit. Parce que oui, j’aime aussi papoter de sujets de filles et j’avoue qu’évoluer toujours dans un monde 100% masculin me fatigue aussi parfois.

Il existe moultes blagues machos qui volent dans les poker rooms mais perso, ce n’est jamais ce qui m’a dérangée. On m’a très rarement manqué de respect par la parole et encore moins mis la main aux fesses (encore heureux !). Je crois que de toute façon la libido se liquéfie face au pouvoir des jetons : la pile de 1 000 remplace la pile du pantalon. Un homme qui joue, à de rares exceptions près, ne pense pas souvent avec son slip. Surtout s’il vient de perdre un gros coup : à insta-tilt, insta-castration...

La transition n'est pas difficile : dur dur d'être joueur de poker et d'avoir une vie amoureuse stable (ou une vie amoureuse tout court). Mais les soucis engendrés par les voyages fréquents touchent également de nombreux autres milieux. Et surtout, face à la solitude, hommes et femmes = même combat. Dur dur parfois de rouler sa bosse sur le circuit tout seul d'hôtels en hôtels. Mais une fois de plus, ce n'est pas plus dur pour une femme (généralement, celles qui le font n'ont pas un caractère trempé dans du coton ; ce sont des guerrières des temps modernes). Le seul point plus délicat est celui de la sécurité : oui, c'est sûr qu'on a moins envie de prendre un taxi seule à minuit quand on est une femme de 50 kilos que quand on est un homme de 90... Mais je ne crois pas que ce soit un point spécifique au poker. Tout comme la grande question de nos temps modernes : "Comment fait-on pour concilier sa vie de mère et sa vie professionnelle (surtout quand on voyage autant)..."

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Où sont les hooommes ? Avec leurs gestes plein de chaaaarme... (ou pas)

Pour résumer, je ne pense pas qu’il existe une forme d’animosité quelconque envers les femmes dans le poker. Quand Roger Hairabédian dit ce qu’il dit (en gros et en résumé, "les femmes sont moins fortes, c’est comme ça ; le poker c’est un truc d’hommes, il faudrait supprimer les tournois mixtes"), je ne sens aucune méchanceté dans ses propos provocateurs. Peut-être aussi parce que l’homme, outre le fait qu’il soit sympathique et très gentil dans la vraie vie, représente une génération d’hommes amenée à disparaitre et qui, grâce à leurs préjugés finalement assez drôles, nous donnent envie de nous dépasser plus encore.

Parce que ces joueurs ne peuvent pas nous empêcher de jouer ; quand on s'assoit à la table, ils soupirent en souvenir du bon vieux temps où ils pouvaient être entre eux mais se font une raison sans mot dire : les temps changent.

Et d’ailleurs, quoi de plus jouissif que de sortir un joueur macho qui pense que les femmes c’est mieux quand c’est à la maison ? Parce que le poker n’est pas plus macho qu’un autre milieu : les machos sont partout. Mais je trouve qu’ils donnent du sel au combat et qu’ils donnent envie de faire toujours mieux.

Parce que quoiqu’on en dise, et là, Roger il a raison, oui, il y a Annette, oui, il y a Kathie, oui, il y a Jennifer mais bon… Les joueuses qui gagnent beaucoup, ben justement, il n’y en a pas encore beaucoup…



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