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Le poker vivrait-il une crise de croissance ?


Opinions
Par David Poulenard   
Mercredi, 07 Septembre 2011 11:17
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Dresser la liste de tous les problèmes qui se sont dressés devant l'industrie du poker et ses nombreux passionnés depuis quelques trimestres ressemblerait à un catalogue de la Redoute ! Triche (l'affaire Tekintamgak ou les différents scandales du net), arnaques en tous genres, black friday et ses conséquences désastreuses aussi bien pour l'industrie que pour les joueurs qui ont peu de chances de revoir leur argent, tournois sonnant parfois très creux, opérateurs de poker contraints de mettre la clé sous la porte, etc. Une énumération non-exhaustive qui montre cependant que les nuages s'accumulent au-dessus du petit monde du poker.

Y aurait-il pour autant péril en la demeure pour l'univers du poker qui demeure un phénomène de société et qui affiche en parallèle d'insolents signes de croissance ?

Les télés continuent de diffuser en masse des retransmissions de tournois ou des émissions -de qualité inégale- consacrées au poker. Les tournois-phares du calendrier réunissent toujours autant de joueurs, parfois plus, et les WSOP ont connu une affluence inattendue quelques semaines seulement après le black friday. Les tables de cash des casinos et cercles de jeux (ceux qui restent ouverts) sont pleines et les principaux sites de poker en ligne affichent toujours une fréquentation indécente. Bref les signaux sont au vert pour l'industrie du poker qui continue de séduire des millions de joueurs et d'attirer l'attention des médias.

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Pas de problème d'affluence pour les WSOP !


Il est intéressant de constater que le poker connaît une augmentation continue dans les pays où des lois de régulation ont été votées. Le cas de la France est symptomatique, malgré une législation imparfaite qui pénalise financièrement les opérateurs à cause d'une taxation excessive le poker connaît un essor sans précédent. La France sera le théatre numéro 1 du poker à la rentrée avec successivement le WPT de Paris, la finale du Partouche au Palm Beach et les WSOP-Europe à Cannes début octobre. Une situation totalement inespérée il ya seulement deux ou trois ans ! Quant à l'Italie, les sites en .it se portent au mieux et se situent dans le sommet du classement mondial (à l'instar de ceux en .fr) et l'autorisation du cash game survenue très récemment est une réussite absolue.  

Pourquoi alors autant de scandales et de problèmes ces derniers mois ?

Le premier élément de réponse se trouve peut-être dans la fin d'une période de croissance débridée qui a vu le poker passer d'un jeu pratiqué par quelques gambleurs pas toujours fréquentables dans des arrière-salles enfumées ou par quelques Texans dans le Downtown Vegas à un jeu auquel s'adonnent des millions d'individus de par le monde.

Une croissance folle qui a pris presque tout le monde de vitesse, en premier lieu les gouvernements chargés d'encadrer l'activité, mais aussi les médias. Les seuls qui ont su accompagner et développer l'engouement ont été quelques opérateurs de poker qui en ont profité pour devenir de florissantes multinationales (c'est du moins ce que l'on pouvait croire avant le black friday...). Avec un peu de retard, tout le monde s'est jeté dans la bataille. Les nouvelles salles de poker en ligne ont fleuri, encouragées par le développement du marché ou ça et là par de nouvelles lois de régulation. Organisateur de tournoi est devenu une profession à la mode. Les médias spécialisés ont proliféré, persuadés que les annonceurs allaient investir en masse et les lecteurs croître indéfiniment. Mais le propre d'un miroir aux alouettes est de ne pas briller pour tout le monde.

En matière économique, la concurrence vient toujours à bout des ambitions des plus faibles et il était logique que des disparitions, des concentrations ou des rachats surviennent. Il est évident que le mouvement va se poursuivre et qu'à terme ne subsisteront que quelques très gros opérateurs et éventuellement quelques petits qui auront su habilement se positionner sur une niche (PKR par exemple) ou sur un marché national. Rien d'inquiétant en cela, des dizaines de construteurs automobiles ont disparu lors du siècle précédent et les gros se portent plutôt bien... Le constat est identique pour les activités qui vivent du poker en parallèle.

 

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Faut-il se désespérer de certaines disparitions ?


Dépassés par l'ampleur du phénomène et la rapidité avec laquelle il s'est développé les gouvernements ont tardé à réagir. Sans savoir s'il s'agissait d'un phénomène de mode passager, s'il convenait de laisser les choses évoluer seules ou s'il fallait légiférer, de nombreux politiques ont tergiversé, hésitant sur des questions d'éthique mais aussi sur la manière de traîter un domaine inconnu.

Régulation, organisation, professionalisation.

Pendant ce temps, le poker s'est developpé de manière parfois anarchique et lorsque les gouvernements ont réagi, certains "ajustements" ont pu paraître extrêmes. La violence avec laquelle ont sévi les instances américaines lors du black friday ne sont que la conséquence de l'absence de règles précises et fermes aux Etats-Unis. La nature et surtout les entreprises ayant horreur du vide (juridique), certains ont tenté d'en profiter pour gagner parts de marché et (millions de) dollars.

Le black friday ne signifie pas la mort du poker, mais au contraire que son développement rendait inévitable et nécessaire une réglementation ferme et la sanction des contrevenants. Tout comme les différentes lois de régulation, en Europe notamment, même si elles sont parfois imparfaites, permettent au poker d'exister dans un cadre légal et relativement sécurisé.

Parallèlement à ces ajustements légaux, un certain nombre de scandales ont eu lieu. De nombreux observateurs ont été stupéfaits d'apprendre que certains individus aient pu tricher, sur le net ou dans le cadre de tournois internationaux comme lors de la dernière finale du Partouche. Comment pourrait-il en être autrement ? Avec l'argent en jeu, le nombre de personnes qui jouent, le profil de certains adeptes, il est logique et inévitable que quelques personnes soient tentées de s'approprier une part du gateau, même de manière illégale. Des malversations identiques surviennent dans tous les secteurs de l'économie, de la finance, ou de la vie quotidienne et les tricheurs ont toujours accompagné le monde du jeu.

Que plusieurs méfaits aient été révélés ces derniers mois ne signifie pas nécessairement que le milieu du poker ait affaire à une augmentation des escrocs, mais plutôt que celui-ci s'organise, que les organes de contrôle se structurent et que les informations et données circulent plus vite et mieux. Il est légitime de penser que si plusieurs affaires de tricherie sont survenus ces derniers mois ce n'est pas que le nombre d'aigrefins a augmenté mais au contraire que les tricheurs se font repérer et arrêter plus efficacement.

Le passage du poker dans un monde adulte, mieux organisé et policé, prend aussi d'autres formes. Après une période d'anarchie totale ayant vu les tournois proliférer et s'entrechoquer violemment dans un calendrier surchargé, une progressive adaptation survient. Même si le nombre de tournois importants continue d'augmenter les organisateurs font en sorte de les programmer avec une certaine cohérence et le chevauchement de grandes compétitions tend à se raréfier. Dans le même temps, un progressif consensus sur les lois du poker se généralise alors que les différentes fédérations harmonisent leur règles et deviennent des intervenants écoutés.

Et à terme ?

En résumé, en passant d'une activité confidentielle à un statut de phénomène de société, il était prévisible qu'une crise de croissance subvienne le temps que le monde du poker se structure. La situation est loin d'être parfaite, des problèmes et des incertitudes demeurent, en premier lieu aux Etats-Unis, le pays du poker où l'élaboration d'une législtation claire s'avère indispensable. Toutefois, l'euphorie des années folles envolées, les premiers signaux d'une entrée progressive du poker dans un univers adulte, contrôlé et structuré apparaissent, laissant présager que celui-ci devienne plus qu'un phénomène de mode : une valeur sure de notre société de loisirs et de consommation !

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PLAYER OF THE YEAR FRANCE


Nom
Score  
1
Bertrand
Grospellier
752.535

2
Bruno
Lopes
530.445

3
David
Benyamine
528.491

4
Aubin
Cazals
489.855

5
Alain
Roy
467.549

6
Roger
Hairabedian
457.068

7
Paul
Guichard
418.656

8
Tristan
Clemencon
411.163

9
Eric
Sfez
405.595

10
Phillippe
Ktorza
376.967



Top 100 France


Nom
Score  
1
Bertrand
Grospellier
2759.03

2
Roger
Hairabedian
2155.08

3
Tristan
Clemencon
1713.59

4
Fabrice
Soulier
1646.57

5
Phillippe
Ktorza
1626.17

6
David
Benyamine
1617.73

7
Alain
Roy
1614.92

8
Bruno
Lopes
1609.56

9
Guillaume
Darcourt
1514.07

10
Ludovic
Lacay
1487.5