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Problèmes d'arbitrage : la réponse de Guillaume Gleize


Opinions
Par Equipe MIP   
Mercredi, 07 Avril 2010 09:54
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"Je ne suis pas d’accord Monsieur, au "XPT" ils arbitrent différemment !"

Quel Directeur de tournoi n’a pas entendu cet argument des dizaines de fois ? La réponse, évidemment, sera la plupart du temps : "Monsieur, je respecte le tournoi que vous citez, mais ici nous sommes au "YPT" et le règlement y est différent, disponible, et vous êtes sensé le connaître et l’accepter avant de vous assoir !".

De plus en plus de joueurs se plaignent de ces différences. De plus en plus car de plus en plus de tournois sont organisés et avec le temps et l’éloignement de l’époque héroïque de la découverte du Texas Hold’em, un nombre maintenant gigantesque de joueurs de par le monde peut prétendre avoir une bonne expérience de ce jeu et de ses règlementations.

1)  Le "rapport à la clientèle".

Les différences proviennent à l’origine évidemment du type de jeux pratiqués (cash game ou tournoi) mais aussi et surtout du type de rapport avec les joueurs : simples compétiteurs de passage ou gros clients réguliers ? Prenons l’exemple des sanctions : il va de soit qu’un casino peut difficilement se permettre de mettre un simple "avertissement" (Warning) à un gros client pour avoir (par exemple) dévoilé son jeu avant la fin du coup : le gros client soit n’en tiendra pas compte, soit le prendra très mal ! Le casino a besoin de règles plus BINAIRES : la main est morte ou pas. "Désolé Madame la baronne mais votre main est morte !" est plus facile à sortir qu’un difficile : "Madame la baronne je vous mets un avertissement et une suspension d’une main et que cela ne se reproduise pas !". Voici un exemple type puisque les tournois vont effectivement ne mettre qu’un warning dans ce cas, facilement appliqué au compétiteur de passage (célèbre ou pas).

Nous voyons donc que l’une des raisons des différences d’arbitrage est le rapport à la clientèle. Mais il y en a d’autres.

 

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2) La "référence ultime" et les "traditions locales".

Plusieurs organismes et autres personnalités se sont donné depuis longtemps comme objectif d’unifier les règles au niveau mondial: le TDA, la FIDPA et le Robert’s Rules of Poker de Robert (Bob) Ciaffone pour ne citer qu’eux. Leur objectif est louable mais tout d’abord ils ont parfois à nouveau éloigné les règles les unes des autres de par leur propres différences (un comble : ils ont obtenu un résultat opposé de par leur propre concurrence !). De même ils se heurtent toujours à la liberté de chaque organisateur d’introduire des REGLES MAISON dans son tournoi pour des raisons de traditions locales ou autres habitudes. Si vous saviez la difficulté qu’ont eu et ont encore certains organisateurs pour passer à la règle de relance internationale (bet 100, minraise 200, 3bet minimum : 300 !).

En gros : une unification mondiale des règles vous enchante, comme elle enchante tous le monde, jusqu’à ce que l’une de ces règles ne vous déplaise totalement … (n’est-ce pas ?) ! Alors qui fera autorité ?

Bon, concernant le "rapport à la clientèle" et les "traditions locales", le mécontentement croissant des joueurs (continuez de râler) et les comparaisons et critiques faites d’un tournoi à l’autre commencent à légèrement porter ses fruits et à mettre les organisateurs "au pas".

Concernant la "référence ultime", le TDA à pris une longueur d’avance de part la réputation de ses membres, le sérieux de son travail, et son choix de ne citer que 44 règles (anciennement 40) propres aux litiges courants.  En effet, contrairement à ses "concurrents", le TDA n’a pas essayé de rentrer dans le détail mais s’en tient aux litiges courants. Attention : d’un autre coté le TDA respecte la réalité et l’affirme dans son intro : "en cas de litige en la règle TDA et la règle "locale" : la règle locale l’emportera" ! Le TDA ne veux pas aller plus vite que la musique et ne veux pour l’instant ne servir de référence qu’en cas de "vide juridique" !

 

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3) Les règles écrites et la "jurisprudence".

Dans ce gigantesque "champ de bataille médiéval" que constituent les différences de règles il ne faut par confondre les différences (déjà conséquentes) entre les règles écrites et les différences d’interprétation des règles par les managers. 

Tout manager et directeur de tournoi digne de ce nom doit en effet être capable de réagir face à trois types de situations :

. Les litiges dont le traitement est écrit noir sur blanc.
. Les litiges non traités par les règles mais déjà solutionnés dans d’autres tournois (jurisprudence)
. Les litiges non traités par les règles et sans précédent connu

Sans rentrer dans le détail, les cas (b) impliquent aussi un choix des organisateurs dans le type de références qu’ils vont choisir (car elles différent souvent) et les cas (c) demandent une méthodologie que certains organismes comme le TDA sont doucement en train de mettre en place (la théorie, entre-autres, du "best interest of the game").

Pour résumer : même le jour ou les règles seront aussi unifiées que possible, il restera toujours (comme au football) l’interprétation humaine d’un arbitre face à un cas inédit. Par exemple les nombreux cas de (soi-disant) "mauvaise foi" ou seul le manager tranchera. Il fera systématiquement des mécontents et cela fait partie de son travail. Mais comme disent mes collègues américains qui adorent RESPONSABILISER les joueurs : "Quand tu t’assois à un tournoi tu DOIS assumer le fait que tu seras arbitré par un être humain qui pourra éventuellement prendre des décisions contraires à ton avis : assumes-le AVANT de t’asseoir et tais-toi ou ne t’assois pas". (love it or leave it) !


Pour conclure : tout le monde souhaite une unification générale des règles et l’on s’y dirige très doucement. Un détail toutefois : si cela se construit si lentement et si, au final, nous n’arrivions éventuellement jamais à une unification totale et complète des règles, nous ne devrions pas nous en prendre qu’aux organisateurs mais nous demander si nous même avons fait l’effort d’accepter les règles et l’arbitrage DES AUTRES ?



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