coverage_wsop2012_3
wsop_2012_resultats2
Monday 18 June
Home > Articles > Portraits > Bobby Baldwin, un type presque parfait

Bobby Baldwin, un type presque parfait


Portraits
Par David Poulenard   
Vendredi, 16 Avril 2010 12:29
 Partagez

Pourtant Bobby Baldwin a révolutionné le monde du poker, aussi bien par sa trajectoire fulgurante qui lui a permis de devenir un temps le plus jeune vainqueur du main event que par son exceptionnelle carrière de directeur de casino qui lui vaut une considération rare de la profession.


Bobby Baldwin ou le contraire d’un arnaqueur


Rien ne prédisposait pourtant le jeune Baldwin à devenir un jour une légende du poker et un professionnel respecté de l’industrie du jeu. Né en 1950 à Tulsa dans l’Oklahoma au sein d’une famille de classe moyenne, il s’oriente après une enfance sans histoire vers le billard, devenant dès l’adolescence un joueur émérite. Devenu rapidement imbattable, il commence à gagner un peu d’argent dans la discipline, mais déjà un aspect de son caractère apparaît. Contrairement aux méthodes en usage à l’époque, il refuse de recourir aux vielles recettes de l’arnaque popularisée par le cinéma, qui consistait à feindre un niveau moyen lors des premières parties pour appâter le pigeon avant de lui porter le coup de grâce une fois les enjeux conséquents. Baldwin aimait répéter : "Je ne crois pas à l’arnaque, cette vieille idée de dissimuler votre talent, pour ensuite prendre l’avantage sur votre adversaire".

 

baldwin_by_ulvisalberts
(c) ulvisalberts


L’intégrité morale du jeune homme apparaissait déjà, ainsi que sa lumineuse intelligence puisqu’il avait rapidement compris que l’ego et la soif de compétition d’une majorité de joueurs constituaient de lucratifs filons, révélant "les joueurs aiment la compétition et joueront contre vous avant tout parce que vous êtes bon".

Des débuts difficiles

Le premier voyage de Bobby Baldwin à Las Vegas, alors que le jeune homme sortait juste de l’adolescence se révèle difficile. D’après la légende, les 5 000$ que Baldwin possédait s’envolent rapidement, il parvient cependant à obtenir un crédit de 500$ auprès du casino Aladin et soudain, alors qu’il ne lui reste plus que 75$ en poche, la chance se porte à son secours. Au terme d’un rush inespéré, il gagne près de 40 000$, martyrisant ses adversaires et posant les jalons d’une légende en marche. Quelques jours plus tard, Bobby Baldwin rentre à Tulsa, une valise pleine de dollars au bras, ayant gagné 180 000$ !


Une somme énorme qu’il reperd presque aussi rapidement qu’il l’a accumulée en disputant des grosses parties privées. Mais Baldwin est un type intelligent, qui apprend vite, persuadé que son avenir est dans le poker il persévère, choisit mieux ses adversaires et progressivement se reconstitue une trésorerie. 

Malgré ses progrès dans le poker, sa bankroll connaît plus de bas que de hauts, notamment lorsqu’il s’essaie aux paris sportifs avec la réussite habituelle des joueurs de poker ou lorsqu’il divorce de son amour d’enfance, qui s’enfuie, effrayée par l’absence de sécurité que génère l’existence aux cotés d’un flambeur…

 

wsop1979_22_03
Bobby Baldwin en 1979

 


Une dernière session de paris désastreuse en 1973 le convainc enfin d’y renoncer, il décide alors de se consacrer uniquement au poker et sillonne le Sud des Etats-Unis, croisant régulièrement Doyle Brunson, Amarillo Slim et consorts. Des adversaires dont il étudie le jeu avec réussite et patience, parvenant même à délester Texas Dolly de 40 000$ au cours d’une partie épique.


Baldwin parmi les plus grands

La carrière de Bobby Baldwin est enfin lancée, débarrassé de son addiction pour les paris, il se consacre pleinement au poker et enchaine les succès, remportant ses deux premiers bracelets en 1977, en Deuce To Seven Lowball et en Stud. Une performance qui bluffe le vénérable Brunson qui lui demande alors d’écrire la partie de "Super System" consacrée au Limit Holdem. L’année suivante, Baldwin confirme son exceptionnel talent en s’adjugeant le main event des WSOP, devenant alors le plus jeune vainqueur et stupéfiant ses illustres adversaires par la perfection de son jeu. Le jeune homme écume les grosses parties de cash game de las Vegas, avec une réussite certaine qui le met à l’abri des soucis financiers pour plusieurs décennies, tout en accumulant les résultats en tournoi. Il ajoute à son palmarès un quatrième bracelet en 1979, à nouveau en Deuce To Seven, totalisant à ce jour dix finales
 aux World Series !

 

baldwin_wsop1979

 

Les gains de Bobby Baldwin en tournoi s’élèvent à 830 000$, une performance impressionnante pour un joueur qui a mis sa carrière en parenthèse avant l’explosion du poker.

 

L’univers du poker trop étroit pour Bobby Baldwin

Ses succès et son aura sont tels que sa décision d’abandonner soudainement sa carrière de joueur professionnel surprend ses pairs. En 1982, Bobby Balwin accepte de prendre la direction des jeux au Golden Nuggets, cédant aux offres de Steve Wynn. Plus que l’argent dont il n’avait pas véritablement besoin, il semblerait que ce soit avant tout le challenge intellectuel qui ait stimulé Baldwin. Son intelligence exceptionnelle, sa culture et sa curiosité ne pouvant peut-être se satisfaire d’une certaine forme de monotonie inhérente à la simple pratique du poker. Il remanie les salles de jeux, développe le poker et contribue à faire du casino un des établissements les plus courus de Sin City. Dès 1984, il prend la direction exécutive du Golden Nuggets et devient un directeur de casino respecté et recherché. Sa carrière ressemble ensuite au CV d’un diplômé d’Harvard. Il enchaine les postes de directeur au Mirage, puis au Bellagio et enfin au Mirage Resorts, propriété du nabab Kirk Kerkorian qui lui aurait offert, dit-on, des conditions financières à faire pâlir d’envie un trader de Wall Street…

 

baldwin_flipchiplasvegasvegas.com
Bobby Baldwin aujourd'hui



Dès lors, le poker ne constitue plus un mode de subsistance, le natif de Tulsa recevant de confortables émoluments, mais Baldwin reste un compétiteur et le poker demeure une passion. Il continue à jouer, généralement dans la mythique salle du Bellagio qui porte son nom : la Bobby’s Room, le sanctuaire des légendes où il retrouve ses pairs, Doyle Brunson, Phil Ivey ou d’autres figures de l’industrie des jeux comme Lyle Berman pour des parties au plus haut-niveau où des millions de dollars changent de main.

Booby Baldwin, un personnage mystérieux

Malgré sa notoriété, aussi bien en tant que joueur de haut-niveau qu’en tant que manager émérite, Baldwin demeure une énigme dans l’univers du poker. Nanti d’un physique d’oisillon tombé du nid, avec sa coupe afro, sa silhouette d’adolescent et ses lunettes d’intellectuel, il s’est imposé avec une facilité somme toute déconcertante dans le milieu viril du poker, avant de devenir, alors que rien dans son cursus ne semblait l’y prédisposer, un directeur courtisé des plus grands casinos de Las Vegas. Une réussite remarquable, accentuée par une discrétion totale qui lui confère une trajectoire unique dans ce milieu et un respect total. Admis au Poker Hall of Fame en 2003, ce brillant autodidacte, joueur de billard exceptionnel, génie du poker et du business, brille aussi, à l’occasion, en course automobile. Voila pourquoi Bobby Baldwin n’a jamais essayé de dissimuler son talent, avec autant de qualités c’était voué à l’échec !



Les commentaires sont strictement réservés aux membres enregistrés sur le site.
 
Mais qui est donc Poker Brat ?  
10 sportifs ayant réussi leur reconversion dans le poker 
Les Neuf de Novembre 
Erik Seidel décroche enfin le premier role ! 
ElkY, le génie du jeu 
Brice Renaud, le poker made in Asia 
Gus Hansen, l'envie de gagner 
Dan Harrington : la gloire et l'argent 
Johnny Chan : l'Orient Express passe à l'orange 
Dave "DevilFish" Ulliott : braquage à l'anglaise 
Top 10 des femmes ayant le plus gagné d’argent au poker 
les neuf de novembre 2010 
Pat Renfro, le joueur le plus tight de l'histoire 
Ivey, au-delà du génie 
Les légendes du Poker : Nick Dandalos