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Chip Reese, gentleman-gambleur


Portraits
Par David Poulenard   
Mardi, 09 Mars 2010 13:42

Lorsqu’en 1975, Doyle Brunson, Puggy Pearson, Jimmy Cassela et Johnny Moss installés au Flamingo, virent un jeune étudiant leur demander respectueusement s’il pouvait se joindre à leur grosse partie de Mixed Games en hi-lo, ils ne pouvaient s’imaginer que le jeune homme avait osé les cataloguer dans la catégorie des fishs.

Sur la route de la Californie, où il se rendait pour poursuivre ses études de droit, David Reese avait eu la bonne idée de faire une halte à Las Vegas pour jouer au poker. En quelques semaines, son bankroll allait passer de 400 à 8 000$ avant qu’il n’aperçoive une belle brochette de pigeons, spécialistes du No-Limit Holdem, en train de s’essayer aux variantes en hi-lo. En s’asseyant avec 8 000$, l’intégralité de ses économies, Chip Reese devait donner une leçon à ses célèbres partenaires, terminant la nuit avec 150 000$ en poche et le respect éternel des légendes affrontées. Rien d’intrépide dans la décision du jeune homme, il avait simplement étudié ses adversaires et estimant que leur niveau dans ces variantes était incroyablement faible, il avait jugé logique de s’asseoir à leur table.


Chip Reese était né et les études de droit enterrées !

Né le 28 mars 1951, David Reese se destinait à des études de droit, étudiant brillant, orateur captivant courtisé par Harvard, l’université de Stanford en Californie lui faisait les yeux doux, mais le génie du poker coulait dans se veines. Après sa lucrative étape à Sin City, Chip Reese décide de demeurer à la Mecque du poker. En quelques mois sa réputation grossit en même temps que sa bankroll, il révolutionne la manière de jouer au Sud et notamment au Stud hi-lo, mystifiant les Brunson, Moss et autres Slim avec une régularité constante, accumulant plus de deux millions de dollars en deux ans.
Doyle Brunson, son éternel ami, avoue que Chip Reese était sa Némésis, son pire adversaire celui qu’il ne parvenait jamais battre, quelques soient les cartes obtenues ou la stratégie employée, estimant que son meilleur ennemi a du remporter plus de 80% des affrontements ayant opposé les deux hommes. Texas Dolly, admiratif, aime raconter une anecdote : alors que Reese n’était à Vegas que depuis quelques mois, un pot énorme les oppose, à la river Doyle Brunson, qui a montré une force énorme au cours du duel, a raté son tirage flush max et décide d’envoyer son tapis persuadé que son adversaire a lui aussi échoué dans sa quête de la couleur. Chip Reese prend quelques courtes secondes de réflexion avant de payer avec une simple paire de 2 splittée, mystifiant le vénérable Doyle et prenant définitivement un ascendant total !

 

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Un joueur de cash game qui brillait en tournoi !

David Reese était avant tout un joueur de cash game, le meilleur pour nombre de ses pairs, mais il lui arrivait parfois de disputer quelques tournois, généralement avec succès. En 1978 il remporte ainsi son premier bracelet dans un 1 000$ de Stud hi-lo, évidemment, avant de récidiver quatre ans plus tard en s’adjugeant le 5 000$ Stud. Mais les tournois ne le passionnent pas ; énorme gagnant du Big Game à 4 000/8 000$ de la Bobby’s Room, jouer des tournois constitue simplement une perte de temps pour un homme qui cultive discrétion et modestie.
A tel point qu’il n’allait plus disputer les WSOP pendant plusieurs années, se consacrant exclusivement à sa discipline de prédilection avec succès. Finalement, l’ampleur prise par le poker et l’apparition d’un nouveau tournoi idéalement conçu pour lui, le H.O.R.S.E. à 50 000$, provoquèrent son retour sur le devant de la scène. Et de quelle manière ! Il gagne la première édition du H.O.R.S.E, jouant une partition parfaite, écoeurant Andy Bloch lors d’un heads-up final d’anthologie qui a duré 286 mains (voir l'interview/portrait d'Andy Bloch à ce sujet). En remportant le plus prestigieux des tournois, face à l’élite du poker et 1 784 640$, Reese entre définitivement dans la légende. En plus de ses trois bracelets, sa carrière occasionnelle de joueur de tournois compte une table finale et quatre places payées supplémentaires sur le circuit WPT pour une dizaine de participations. Ses gains en tournois s’élèvent au montant faramineux de 3 943 658$, représentant sans doute un Retour sur Investissement que seul Stu Ungar pourrait égaler.

 

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Chip Reese après sa victoire dans le HORSE (c) Cardplayer.




Chip Reese, génie du poker et théoricien du Stud.


Sa victoire dans le H.O.R.S.E. en témoigne, Reese était doué dans toutes les disciplines du poker. Pourtant il existe une variante dans laquelle son excellence était reconnue et enviée par tous ses adversaires : le Stud. Unanimement considéré comme le meilleur spécialiste, Chip Reese n’allait pas se contenter d’utiliser son talent pour écumer les tables et remporter des millions. Répondant à la demande de Doyle Brunson, il accepte de rédiger la partie Stud de Super System, l’ouvrage biblique du poker écrit par Doyle. Si ce livre mythique a longtemps été considéré comme une référence dans le milieu du poker avant d’être progressivement dépassé par des oeuvres plus récentes ayant intégré les nouvelles évolutions du jeu, le chapitre consacré au Stud reste aujourd'hui inégalé.
La domination de Chip Reese en cash game a souvent été commentée par ses pairs, les analyses divergeaient sur ses forces et qualités, mais tous reconnaissaient en lui un maitre impossible à battre sur le long terme. Il alliait à des compétences mathématiques et mémoristiques hors-normes, une patience et un sang-froid permanents, il jouait avec un détachement total, évacuant les bad beats avec indifférence persuadé qu’une partie de poker se disputait sur une longue durée. Technicien hors-pair, il savait parfois prendre des risques inconsidérés, écartant statistiques et notions de rentabilités immédiates, sachant pertinemment qu’à terme le tapis de ses adversaires viendrait grossir le sien.
Chip Reese est reconnu comme étant le plus gros gagnant de cash game de l’histoire du poker, Doyle Brunson, Barry Greenstein ou Mike Sexton avouent sans hésitation qu’il était de très loin le meilleur d’entre eux.

En 1991, à seulement 40 ans, David Reese est intronisé dans le prestigieux Hall of Fame du Poker.


Chipe Reese, le gentleman gambleur.

Deux extra-terrestres du poker, précocement disparus, hantent l’imaginaire des joueurs : Stu Ungar et Chip Reese. Aussi inégalables qu’opposés ! Le premier Stu Ungar, prodige absolu des tournois de poker, autiste génial, toxicomane incorrigible, flambeur invétéré qui a dépensé des millions de dollars avec les femmes, la coke et les paris, termine sa vie seul, ruiné, victime d’une overdose dans un motel miteux. Le second, David Reese, parfaitement équilibré, gestionnaire avisé, gagnant éternel, respecté et aimé de tous, recevra un dernier et bouleversant hommage de tous ses pairs après avoir mis sa famille à l’abri du besoin pour plusieurs générations.
Reese reconnaissait pourtant un immense talent à son double obscur, déclarant "Stu était génial, il avait l’esprit le plus brillant et le plus rapide, mais il n’avait pas compris que l’essence de ce jeu était d’accumuler de l’argent et de mettre votre famille à l'abri".
Elégant, cultivé, séducteur, Chip Reese était aussi généreux, invitant ses partenaires en permanence, leur accordant une attention constante. Sans doute manipulateur, il avait rapidement compris que le plus ardu n’était pas de gagner à une table de poker, mais de faire en sorte que ses partenaires, des champions confirmés à l’ego développé, acceptent de perdre encore et encore contre lui. Avec lucidité Barry Greenstein avoue : "Chip était un expert dans l’art de se faire aimer (…), tu perdais toujours ton argent contre lui, mais malgré tout tu en étais heureux...".

 

chipreese_horse2007

 

Lorsque Chip Reese disparait le 4 décembre 2007, sereinement emporté dans son sommeil par une pneumonie, ils sont des centaines de joueurs à l’accompagner vers sa dernière demeure. En tête de cortège, Doyle Brunson, bouleversé, comprend que jamais, jamais, il ne parviendra à battre son meilleur ennemi...



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