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Dave "DevilFish" Ulliott : braquage à l'anglaise


Portraits
Par David Poulenard   
Jeudi, 07 Octobre 2010 10:13
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Des débuts... prometteurs

Le jeune Dave Ulliott est né en 1954 dans un bled perdu du nord de l'Angleterre : Kingston Upon Hull, une cité ouvrière fleurant bon le smog et le chômage. Le genre d'endroits où la seule distraction est le bookmaker du coin, c'est d'ailleurs là que son père l'emmène se promener... Le futur Devilfish apprend vite, même si sa scolarité sera inévitablement brève et entachée de quelques renvois précoces, il excelle rapidement dans les paris et encaisse plusieurs gains substantiels qui le font vite bannir des books locaux. Mais Ulliott a de la ressource, plutôt que d'aller bosser à l'usine pour un salaire de misère ou pointer à l'ANPE locale, il s'oriente vers une activité aussi risquée et potentiellement lucrative que le pari : le braquage de coffre-forts. Avec le talent qui le caractérise, il réussit bien dans sa nouvelle spécialité, enchainant braquages, rixes et cambriolages avec brio et se voit récompensé deux fois par des séjours en prison. Le premier de neuf mois à seulement 21 ans (un âge auquel Hellmuth n'avait pas encore remporté un bracelet) et le second de dix-huit mois quelques années plus tard.

Il apparaît encore plusieurs fois dans les registres de la police, mais est -certainement avec raison- blanchi fautes de preuves. A 27 ans, son associé est arrêté le jour où ils doivent braquer une banque ensemble. En joueur avisé Devilfish perçoit le message et décide de se ranger. Il convole avec sa deuxième épouse, qui a visiblement eu une saine influence sur lui et s'achète une véritable conduite. La police n'entendra plus jamais parler de lui.

 

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Le jeu en rédemption


Il faut bien vivre, alors l'Anglais alterne paris et poker. Il excelle dans les deux, il faut dire qu'il a commencé jeune, quinze ans pour le poker ! A tel point que tous les bookmakers refusent rapidement d'accepter ses paris, à Kingston et bientôt à Londres après qu'il ait récolté 70 000£ pour une mise de seulement 4 000£. La célèbre société William Hill est le premier bookmaker d'envergure à le bannir, une décision qui lui vaudra en Ulliott un ennemi aussi tenace que coriace. Même si Devilfish continue de parier, utilisant des prête-noms de confiance, il commence à jouer de plus en plus au poker, d'abord dans sa ville natale où il rase régulièrement tous les adversaires qui se dressent devant lui. Convaincu d'avoir un véritable don aux cartes et n'ayant plus de rivaux assez inconscients pour accepter de jouer contre lui, il émigre au début des années 90 pour Londres avec quelques Pounds et un revolver. Avec ses dix millions d'habitants et ses innombrables cercles et casinos, la capitale est un terrain de jeu idéal pour Ulliott. Il s'adapte rapidement à des opposants d'un niveau supérieur et enchaîne les succès. Il écume les cercles et parties privées londoniennes, dévalisant hommes d'affaires, banquiers, proxénètes et joueurs occasionnels avec la méticulosité d'un... braqueur de coffre-forts. Les casinos organisent des tournois, Devilfish, en homme n'ayant pas peur du risque, si lance accumulant succès et tables finales avec régularité. Mais il ne s'agit que de petits tournois, le poker reste encore confidentiel en Europe.

Rapidement Londres est trop petite pour l'homme. Avisé, l'Anglais comprend vite que le temple du jeu se trouve de l'autre côté de l'Atlantique et s'envole sans hésitation pour Sin City.

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Ulliott première version


Devilfish croque les Américains.


Au printemps 1997, les Rounders américains voient débarquer un drôle de specimen. Un Anglais, chose aussi courante dans le poker à cette époque qu'un Nord-Coréen ou un Moldave, vêtu d'un costume noir taillé à Savile Road, autant dire un fish de choix pour les gamblers locaux... Jusqu'à ce que Men Nguyen se fasse dévorer par Ulliott en finale d'un tournoi de Pot Limit Omaha. Une parfaite démonstration qui enthousiasmera un reporter local, dans l'euphorie celui-ci titre son article "Devilfish eats the master". Dave Ulliott a gagné un tournoi mais surtout un surnom à double sens qui le précédera toute sa carrière, le devilfish est une raie manta mais peut aussi être traduit par le diable ou la terreur des fishs...
Dans la foulée, Devilfish continue de rejouer les dents de la mer et remporte dès le mois suivant un bracelet aux WSOP après avoir martyrisé Tom McEvoy et Chris Ferguson en finale. Une entrée fracassante dans le monde naissant du professionnalisme qui le propulse immédiatement en star du poker anglo-saxon. Il continue ensuite d'enchainer les succès, aux Etats-Unis et dans toute l'Europe, notamment en France, un pays qu'il apprécie profondément.

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Devilfish deuxième version, en compagnie d'un autre joueur hors-norme (Scotty Nguyen)


Il est à la fin des années 90 l'un des premiers joueurs à être connu du grand public sur le vieux continent. Il faut dire qu'il a compris l'importance de l'image avant les autres.
Impeccablement vêtu d'un complet noir d'excellente coupe, le cheveu gominé comme un danseur mondain, il arbore des lunettes noires (une révolution) et porte deux curieuses et énormes bagues serties de diamants sur lesquelles sont inscrits "DEVIL" et "FISH". Les directeurs de tournoi s'empressent de l'inviter, les fans se pressent pour l'apercevoir et les femmes se pressent pour finir dans son lit. Car Ulliott les aime encore plus que le poker ; les années passant il en change avec une fréquence accélérée et les choisit de plus en plus jeunes... Il aime aussi les palaces, le champagne (et de nombreux alcools), les cigares et la bonne chère, il lui faut donc de l'argent alors il écume les parties de cash-game et les tournois sur la planète entière avec un succès permanent.
Détailler l'intégralité de son palmarès ici serait fatal à la forêt amazonienne, mais il compte, en plus de son titre aux World Series, dix finales supplémentaires (dont quatre deuxième places), un titre WPT et 5,9 millions de dollars gagnés en tournois. Il a longtemps été considéré par les spécialistes comme le meilleur joueur de Pot Limit Omaha au monde. A 56 ans, l'Anglais continue d'enchaîner les bons résultats, même s'il court toujours après un deuxième bracelet et une victoire sur le circuit EPT. En 2009 il remporte les Euro Finals Of Poker à l'ACF avant de terminer 23e de l'EPT de Deauville, un tournoi qu'il aura joué passablement éméché dès le deuxième niveau... Cette année encore, il est passé près d'un nouveau succès à Las Vegas en se classant 3e du 5 000$ Pot Limit Omaha hi-Lo des WSOP.

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Devilfish aime la fête, il peut même être charmant...


Devilfish une marque rentable et un sacré caractère.

Après des années passées à dévaliser les coffres, Dave Ulliott s'occupe maintenant de remplir le sien. Capitalisant sur son nom et son style inimitable, même s'il a délaissé son élégant costume pour un incertain look d'adolescent attardé, Devilfish a lancé un site de poker portant son nom, site qui fonctionne relativement en Angleterre, même s'il semble connaître quelques problèmes de trésorerie actuellement. Accessoirement bijoutier et homme d'affaires, Devilfish s'est récemment découvert une vocation littéraire, et sa savoureuse biographie "The Life & Times of a Poker Legend" est parue mi-septembre. Il y relate avec un humour décapant son existence de joueur et son passé trouble avec des passages hilarants comme celui où il raconte avoir créé une fausse auto-école pour pouvoir séduire les jeunes femmes.
Car Devilfish n'a peur de rien, ni de révéler son passé erratique, ni de confrontations verbales avec d'autres grandes gueules du poker. Peu de joueurs oseraient traiter Tony G de "fucking idiot" devant les caméras de télévision ou Phil Helmuth de "lucky bastard" en le caricaturant, car l'Anglais, même s'il s'est assagi avec l'âge et le succès, est (ou a été) un vrai méchant, lui, et ses adversaires de renom le savent....

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Devilfish aime la castagne, aussi...


Excentrique, génial, vulgaire, drôle, séducteur, caractériel, brillant et généralement ivre mort la nuit tombée, Devilfish n'a pas d'équivalent dans le milieu du poker. Un type qui peut s'afficher avec des bimbos dont il pourrait être le grand-père, moucher Tony G, commencer sa carrière professionnelle en braquant des coffre-forts et finalement gagner 6 millions de dollars en tournoi mériterait d'être anobli par la Reine !



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