wpt_national_cannes_2012
wsop_resultats_2012
Thursday 31 May
Home > Articles > Portraits > Ivey, au-delà du génie

Ivey, au-delà du génie


Portraits
Par David Poulenard   
Mercredi, 23 Juin 2010 10:21
 Partagez


Avec huit bracelets, Phil Ivey est encore assez loin derrière Phil Hellmuth et ses onze breloques ou Doyle Brunson et Johnny Chan qui en possèdent dix chacun, mais l'exploit de l'Américain est d'avoir acquis ceux-ci en seulement dix ans de carrière alors que ses concurrents sont sur le circuit depuis beaucoup plus longtemps.

Le vénérable Doyle Brunson a disputé tous les WSOP et gagné ses premiers titres alors qu'ils n'étaient qu'une dizaine de compétiteurs en lice. Hellmuth et Chan jouent depuis plus de 25 ans et ont remporté leurs premiers bracelets à une époque où le nombre de compétiteurs était moindre et le niveau général incontestablement inférieur. Il est d'ailleurs intéressant de noter que Johnny Chan n'a plus remporté un trophée aux World Series depuis 2005. Quant à Hellmuth, son dernier succès date de 2007 et depuis il court après un nouveau sacre, que ce soit aux WSOP ou dans un autre circuit majeur.

S'il conserve une telle motivation, ce qui est envisageable vu les paris faramineux qui entourent chacune de ses performances, la question n'est pas de savoir si Phil Ivey va égaler et dépasser ses prestigieux rivaux, mais plutôt quand le fera-t-il. Au rythme actuel, d'un ou deux bracelets chaque année, il suffira de trois ou quatre ans au tigre pour dépasser Hellmuth et le priver de ce titre honorifique. Il est toutefois inutile de se lancer dans d'hypothétiques projections, ce qu'a accompli Phil Ivey depuis le début des années 2000 -date de son arrivée sur le circuit- suffit à s'incliner très bas devant son génie !

Car Ivey, ce n'est pas seulement huit victoires aux WSOP, ce sont 13 182 309$ de gains sur le circuit professionnel (plus d'un million de dollars par an), huit tables finales WPT -dont une victoire- et des succès ou des tables finales sur tous les circuits du monde et quasiment sur tous les continents...

Avec plus de 13 millions de dollars de gains, le prodige américain est devenu à 33 ans le plus gros gagnant de l'histoire, le seul avec Negreanu à se positionner au sommet de la liste sans jamais avoir remporté la grande loterie du Main Event (certes il a terminé une fois 7e et une fois 10e). Les chiffres mentent rarement dans le poker et retrouver Ivey au sommet est finalement d'une totale logique.

 

ivey_bracelet
Et un bracelet de plus ! Bientôt Phil Ivey détiendra la plus grosse partie des réserves d'or des USA...



Mais il serait réducteur et insuffisant de s'en tenir au seul bilan chiffré du phénomène en tournoi, car le talent de Phil Ivey ne s'exprime pas uniquement dans le cadre du poker de compétition. Quelque soient les variantes, les adversaires, que ce soit en live, en réel, en tête-à-tête, en full-ring, Phil Ivey est inexorablement gagnant. Sur Internet, il apparaît chaque année parmi les plus gros bénéficaires. En 2009 il a encaissé plus de 6 300 000$ et si l'on détaille ses sessions on s'aperçoit qu'il est gagnant contre chacun des meilleurs : Tom Dwan, Patrik Antonius ou "Isildur1" ont tous laissé des plumes contre lui. Contrairement à ses rivaux les plus dangereux qui enchainent les swings, lui termine chaque année positif de plusieurs millions.

En live, dans les plus grosses parties de cash-game, les chiffres sont confidentiels, mais tout le monde sait qu'il est le plus gros gagnant de la Bobby's Room et il y a de grandes chances que la salle de l'Aria qui porte dorénavant son nom devienne elle aussi le théatre de ses succès. Bien sur lors des High-Stakes ou autres programmes télévisés similaires, ses prestigieux partenaires s'illustrent aussi. Dwan y a fait une entrée remarquée, Negreanu et Hansen s'échangent dans la bonne humeur des centaines de milliers de dollars sous l'oeil impassible de la statue du Commandeur Doyle Brunson, Sam Farha joue et rejoue à la perfection le rôle de Bogart du poker et Laliberté distribue des millions à ses amis... Ivey lui gagne, toujours ! A la fin de chaque émission (ou presque) il termine gagnant, simplement, tranquillement.

 

philivey
Le tigre regarde sa proie... la fin est proche !


Enumérer la liste des succès de Phil Ivey serait un travail de longue haleine, aussi fastidieux qu'incomplet, car il convient de tenter d'expliquer pourquoi il gagne tant et avec une telle régularité. Bien sur, il est bon, affiche une technique irréprochable et un mental d'airain, mais pas plus que ses pairs. D'après eux et en particulier Daniel Negreanu, dont l'objectivité et les qualités d'analyse sont indéniables, la force d'Ivey se situe ailleurs. Ivey c'est avant tout une aptitude à comprendre des choses que ne comprennent pas les autres ; pour parler prosaïquement à rentrer dans la tête de ses adversaires. Negreanu raconte que lorsqu'Ivey commence à jouer contre l'une des terreurs qui régulièrement font leur apparition dans l'univers du poker (Tom Dwan, "Isildur1" ou Antonius par exemple) il perd, avant de progressivement et inexorablement prendre l'ascendant, pour ne plus jamais le perdre... Le secret de sa force serait là et expliquerait ses continuelles victoires, mais aussi ses lectures incroyables comme ce bluff surréaliste contre Paul Jackson à Monaco.

 

phil_ivey_2745
N'essayez pas de bluffer cet homme...



Une autre illustration de cette capacité à s'introduire dans l'esprit de son rival est restée dans la mémoire. En 2006, Andy Beal, un milliardaire texan, mathématicien de génie et excellent joueur de poker, a lancé un défi aux plus grands joueurs de poker. Il s'agissait de disputer une partie de cash aux enjeux démesurés -avec des blinds à 50 000/100 000$- en tête à tête. Pour répondre au défi, les professionnels ont formé une corporation leur permettant de pouvoir jouer de telles sommes, mais après quelques jours d'affrontements, l'excentrique millionnaire (dont la personnalité aurait influencé les scénaristes de Casino Royal pour concevoir "le Chiffre") avait délesté la corporation de plus de 10 millions de dollars. Peut-être tétanisés par l'enjeu, les meilleurs joueurs du monde s'étaient fait marcher dessus par Andy Beal. C'est alors que Phil Ivey est intervenu ! En trois jours, le tigre a délesté le milliardaire de 16 millions de dollars, sauvant de la banqueroute quelques uns de ses partenaires et écoeurant Beal qui a repris l'avion pour le Texas en déclarant qu'il ne rejouerait plus jamais au poker à Las Vegas... J'ignore si Ivey avait remarqué un "tell" grossier, comme se gratter le coin de l'oeil, en observant son adversaire plumer ses co-équipiers, mais lorsqu'il l'a affronté, ce fut une mise à mort violente !

Ce scénario s'est reproduit contre Bill Chen en finale du 3 000$ HORSE. Discret durant tout le déroulement de la finale, Phil Ivey a laissé son adversaire marcher sur la table avant de revenir en course lors du Heads-Up. Au début de celui-ci Chen avait près de 80% des jetons, mais progressivement Ivey a refait son retard et lorsque les deux hommes se sont retrouvés à égalité au chip count, l'issue ne faisait guère de doutes. Le tigre avait flairé l'odeur du sang et sa proie n'avait aucune chance de lui échapper, surtout dans une épreuve comme le HORSE disputée en Limit.


Le HORSE (ou les Mixed Games) est théoriquement la discipline dans laquelle Phil Ivey excelle tant il maîtrise toutes les variantes. Il est pourtant surprenant de constater qu'aucun de ses huit bracelets n'a été conquis en No-Limit Holdem, peut-être parce que c'est la discipline qui laisse le plus de part au hasard ou bien car les fields y sont plus importants et le niveau général plus élevé, mais qu'importe, un jour Ivey comblera cet étrange manque à son palmarès.

 

phil_ivey_sourire
Le poker est un jeu simple qui se joue à 52 cartes et dans lequel Ivey finit toujours par gagner !



Pour définir Phil Ivey, rien de mieux que cette citation de Daniel Negreanu : "Si vous n'avez jamais perdu contre Phil Ivey, vous n'avez jamais vraiment joué au poker".



Les huit bracelets de Phil Ivey :

2010 : 3 000$ HORSE - 329 840$
2009 : 2 500$ Omaha/Stud Hi-Lo - 220 538$
2009 : 2 500$ 2-7 Lowball - 96 397$
2005 : 5 000$ Pot Limit Omaha - 635 603$
2002 : 2 000$ SHOE - 107 540$
2002 : 2 500$ Stud Hi-Lo - 118 440$
2002 : 1 500$ Seven Card Stud - 132 000$
2000 : 2 500$ Pot Limit Omaha - 195 000$



Les commentaires sont strictement réservés aux membres enregistrés sur le site.
 
Le tour des blogs de mai ! 
Mais qui est donc Poker Brat ?  
10 sportifs ayant réussi leur reconversion dans le poker 
Les Neuf de Novembre 
Erik Seidel décroche enfin le premier role ! 
ElkY, le génie du jeu 
Brice Renaud, le poker made in Asia 
Gus Hansen, l'envie de gagner 
Dan Harrington : la gloire et l'argent 
Johnny Chan : l'Orient Express passe à l'orange 
Dave "DevilFish" Ulliott : braquage à l'anglaise 
Top 10 des femmes ayant le plus gagné d’argent au poker 
les neuf de novembre 2010 
Pat Renfro, le joueur le plus tight de l'histoire 
Les légendes du Poker : Nick Dandalos 


Everest Poker


promo-image-284x250-teammypok-2013

extras