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Johnny Chan : l'Orient Express passe à l'orange


Portraits
Par David Poulenard   
Jeudi, 25 Novembre 2010 11:49
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Rien ne prédisposait le jeune Johnny Chan à devenir la première superstar du poker, popularisée par le cultissime "Rounders". Né en 1962 à Canton, avant d'émigrer aux Etats-Unis en 1968, il se destinait à suivre les traces familiales dans la restauration. Il poursuit des études hotellières à Houston jusqu'à l'âge de 21 ans, l'âge minimum pour entrer dans un casino de l'autre côté de l'Atlantique...

Mais le poker coule dans les veines de Chan et il abandonne tout pour s'envoler vers Las Vegas avec quelques dollars en poche gagnés au poker durant ses études. Il jouera ses premières parties avec une fausse carte d'identitée, n'ayant pas l'âge légal pour entrer dans les casinos. Le jeune homme n'a pas froid aux yeux, persuadé que son destin est de devenir le meilleur joueur de la planète, il dispute toutes les parties possibles, quelque soit l'adversaire. En quelques mois, il se constitue une trésorerie suffisante pour défier les meilleurs et participer aux gros tournois organisés à Sin City. En quelques mois, le jeune Asiatique impassible s'impose comme un adversaire redoutable en remportant plusieurs tournois. Dans l'univers du poker américain à Las Vegas, il détonne. La majorité des ses adversaires est originaire de l'Ouest Américain, porte encore seston et affiche souvent de longues années de pratique. Le poker n'a pas encore été envahi par la jeune génération venue d'Internet et c'est un univers d'hommes, expérimentés, qui regardent le nouveau venu avec curiosité et un soupçon de crainte naissant. Il faut dire qu'en deux ans, il remporte plusieurs tournois, échoue rarement avant d'atteindre la table finale et se révéle un redoutable joueur de cash game. Des résultats aussi impressionnants que vitaux car durant ses jeunes années, Chan s'essaie aussi au Black Jack sans modération et y engloutit des sommes importantes. N'est pas Stu Ungar qui veut...

L'Orient Express inarrêtable

Lorsqu'enfin il délaisse le Black Jack c'est pour connaître une ascension fulgurante ! L'orient Express est lancé et rien ne peut l'arrêter. Il gagne des fortunes en cash, jouant des parties de plus en plus grosses. La vieille garde représentée par les Brunson, Slim et autres Pearson accuse soudain son âge, leur style de jeu tight-agressif qui a fait merveille des décennies durant est dépassée par le style imprévisible et résolumment agressif du jeune homme. Son impassibilité trouble ses adversaires, difficile de lire la moindre expression sur cette parfaite pokerface asiatique. Quand le jeune Chan joue, c'est comme si les émotions n'avaient pas prises sur lui. Il communique peu, ne se lie pas d'amitié avec ses partenaires, cultive un certain mystère qui le rend d'autant plus difficile à jouer.

 

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Passage de témoin : Chan au premier plan avec Brunson et Moss au second


Après avoir écumé les tables de cash de las Vegas, Johnny Chan décide de se consacrer en parallèle aux tournois qui sont de plus en plus nombreux et commencent à attirer des fields plus importants. Il faut dire qu'il y a une place à prendre, les Rounders historiques ont leur heure de gloire derrière eux, Stu Ungar livre une partie perdue d'avance contre la cocaïne et les derniers vainqueurs du Main Event n'ont pas de quoi impressionner Chan. Le jeune Chinois, destiné à la restauration, veut écrire son nom en lettres d'or dans la légende du poker et plus que les millions engrangés dans les parties d'argent, le succès dans les les tournois les plus prestigieux constitue un aller simple pour la gloire !

Johnny Chan accumule les records aux WSOP

Il glane sa première victoire en 1985, dans une épreuve à 1 000$ avant de récidiver en 1987 avec son premier succès dans le Main Event. Sa victoire semble acquise avec une facilité déconcertante, ni le jeune Lederer, ni les expérimentés Appleman, Ciaffone, Harrington et encore moins sa dernière victime le pauvre Frank Henderson ne semblent avoir les armes pour lutter contre lui. Plus que les 625 000$ récoltés c'est la manière avec laquelle il a remporté sa victoire qui impressionne. Jamais depuis Stu Ungar, un joueur n'avait tant dominé ses adversaires. Mais le monde du poker n'a encore rien vu...

Il réussit l'année suivante un exceptionnel doublé en s'imposant dans une finale légendaire contre Erik Seidel. Popularisée par le film culte "Rouders" la dernière scène est une ode au génie de Johnny Chan, Seidel n'est qu'un faire-valoir tout comme les autres finalistes avant lui, Humberto Brenes, TJ Cloutier, Jim Betchel, réduits aux rôles de figurants. Des légendes du poker avaient déjà réussi un doublé consécutivement (NDLA, Johnny Moss, Doyle Brunson et Stu Ungar), mais à une époque lointaine lorsque le nombre d'inscrits était beaucoup plus faible. Chan a gagné son pari, il est devenu une légende à seulement 26 ans.

 

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L'Orient Express est un champion, un vrai sportif qui joue en survêtement

Lorsque l'édition 1989 débute, personne n'envisage de parier un dollar contre le phénomène. Il faut dire qu'il remporte tous les tournois qu'il dispute, son palmarès dans la deuxième partie des années 80 ne laisse apparaître pratiquement que des victoires. En plus de son talent, Johnny Chan a une arme secrète : la peur ! Il impressionne ses adversaires, terrifie certains peut-être, face à lui les meilleurs joueurs déjouent, prennent des risques insensés ou au contraire se laissent mourir attendant une hypothèque main de premier choix pour engager, tremblants, leurs derniers jetons. C'est une marche triomphale vers la victoire qu'il accomplit ! Lorsqu'arrive le Heads-Up, il ne reste qu'un joueur pour tenter de s'opposer à lui, un gamin inconnu de 24 ans, la victime idéale pour le serial winner. Il se nomme Phil Hellmuth, possède moitié moins de jetons que Johnny Chan, il est le seul à croire en ses chances et va réussir l'impensable exploit !

 

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Aux WSOP, Chan gagne encore et encore....

C'est une catastrophe pour Chan. Pas d'avoir laissé échapper la victoire, même un joueur de ce talent est sujet à la variance, mais de voir les caméras de télévision se braquer sur son rival. En remportant son troisième succès d'affilée, le joueur d'origine asiatique aurait décroché son billet pour la gloire éternelle, alors que c'est Phil Hellmuth qui recueille les lauriers en devenant le héros qui a terrassé Goliath. En quelques mintues, Johnny Chan est passé du statut d'idole imbattable à celui de méchant, dominé par un jeune Américain. Un blanc, gendre idéal qui n'est pas encore devenu Poker Bratt.

L'Orient Express avance au ralenti

Il faudra quelques années à Johnny Chan pour s'en remettre, en admettant qu'il se soit vraiment remis de cette défaite. Certes il va encore remporter des titres, principalement aux WSOP, accumulant à ce jour 10 bracelets avec un rush au début des années 2000 qui lui permettra de remporter quatre nouveaux titres en quatre ans. Son dernier bracelet, il le gagne en 2005, une épreuve de Pot Limit Holdem qui lui rapporte un peu plus de 300 000$ et lui permet de rejoindre Doyle Brunson au Panthéon des décuples vainqueurs aux World Series. Il est intéressant de noter que le retour de Chan sur le devant de la scène survient alors que le film "Rounders" est au sommet de l'affiche. En l'idolatrant Matt Damon refait de l'Orient Express une icone. Une coïncidence qui n'est peut-être pas fortuite est qui redonne à Chan motivation et confiance en son destin de légende. Un bref retour sur le devant de la scène pour l'ex idole, dépassée par l'émergence d'une nouvelle génération de joueurs emmenés par Phil Ivey, Chris Ferguson, Daniel Negreanu ou Gus Hansen.

 

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Johnny Chan a-t-il encore la motivation ?

En presque 20 ans de carrière sur le circuit professionnel, l'Orient Express a accumulé 8 500 000$ de gains, un résultat impressionnant qui ne le place pourtant qu'en 17e position sur la liste des plus gros gagnants, relativement loin de Phil Ivey, la nouvelle icone du poker mondial. Etrangement le palmarès de Johnny Chan ne s'est construit qu'aux WSOP, il ne compte aucun succès sur le WPT et aucune performance dans les EPT, un circuit qui ne l'intéresse pas. Comme si Chan ne jouait que pour la gloire et pas ou peu ou plus pour l'argent. Admis au Poker Hall Of Fame en 2002, il a de toutes façons réussi son pari en marquant à jamais l'histoire du poker.

Johnny Chan, une marque rentable

Aujourd'hui, Chan demeure un excellent joueur de tournoi qui signe de temps en temps un deep run dans une épreuve importante ou s'illustre par un coup d'exception, mais il apparaît moins souvent sur le circuit et parfois semble peu concerné, impatient, comme si la magie était terminée et la motivation envolée. Il participe toujours aux WSOP, avec son éternelle orange devant lui (survivance d'une période où fumer dans les casinos était autorisé, ce que le joueur ne supportait pas et respirait régulièrement l'arome de l'agrume pour atténuer l'odeur du tabac). Quelques admirateurs s'attardent un instant devant lui, le prennent en photo avant de se passionner pour d'autres légendes, Tom Dwan, Phil Ivey, Bertrand Grospellier ou Daniel Negreanu, qui l'ont devancé depuis plusieurs années dans le coeur des fans. Il semble indifférent et pour cause, il a depuis développé plusieurs marques en son nom. Un site de poker, comme tant d'autres, dont l'existence sera brève, un restaurant au sommet du Stratosphère, ainsi qu'une boisson énergétique et il se consacre au cash game avec -paraît-il- une réussite certaine, notamment en Asie où il se rend souvent. Marié, père de six enfants, occupé par ses affaires, concerné personnellement par le développement du poker en Asie et particulièrement en Chine -il a d'ailleurs accepté d'être capitaine de l'équipe chinoise lors de la dernière édition de la WorldTeam Poker (qu'il remportera)-, Johnny Chan est aujourd'hui une légende occupée.

 

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Les années passent, l'Orient Express est toujours là, même s'il avance moins vite !

Une légende oui, mais reste-t-il encore un joueur de poker ? Seul l'avenir le dira. Alors que le tournage de la suite des Rounders est une nouvelle fois annoncée, la sortie éventuelle de l'Opus deux pourrait une fois encore coïncider avec le retour de l'Orient Express !

 

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PLAYER OF THE YEAR FRANCE


Nom
Score  
1
Bertrand
Grospellier
752.535

2
Bruno
Lopes
530.445

3
David
Benyamine
528.491

4
Aubin
Cazals
489.855

5
Alain
Roy
467.549

6
Roger
Hairabedian
457.068

7
Paul
Guichard
418.656

8
Tristan
Clemencon
411.163

9
Eric
Sfez
405.595

10
Phillippe
Ktorza
376.967



Top 100 France


Nom
Score  
1
Bertrand
Grospellier
2759.03

2
Roger
Hairabedian
2155.08

3
Tristan
Clemencon
1713.59

4
Fabrice
Soulier
1646.57

5
Phillippe
Ktorza
1626.17

6
David
Benyamine
1617.73

7
Alain
Roy
1614.92

8
Bruno
Lopes
1609.56

9
Guillaume
Darcourt
1514.07

10
Ludovic
Lacay
1487.5