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Les légendes du Poker : Nick Dandalos


Portraits
Par David Poulenard   
Mardi, 18 Mai 2010 20:14
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Lorsque Dandalos, au faîte de sa gloire, entrait dans un casino le silence se faisait instantanément. Tout juste quelques murmures craintifs fusaient le long des tables… Il faut dire que Nick le Grec en imposait : cheveux noirs impeccablement gominés, profil aquilin d’empereur romain, costume en soie, interminables cigares cubains ; mais surtout une réputation de flambeur sans limites le précédait. Dandalos, un nom qui raisonne comme un chant des sirènes propre à envouter les flambeurs du monde entier !

Une ascension fulgurante

Né en Crête en 1883, le jeune Nick débarque en Amérique à 18 ans, avec pour seul mais confortable viatique une rente hebdomadaire de 150$ octroyée par son grand-père. Après quelques mois à Chicago il émigre à Montréal où déjà le virus du jeu le contamine. Il rencontre Phil Musgrave un jockey emblématique et les deux hommes deviennent rapidement amis. Une amitié profitable puisqu’en quelques mois le jeune Crétois gagne la somme ahurissante pour l’époque de 500 000$ aux courses. En seulement six mois !

 

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La classe selon le Grec !

 

De retour à Chicago, Dandalos reperd l’intégralité de la somme en jouant au poker, au craps et à tous les jeux possibles. Peu importe, le jeu est une vocation pour le jeune homme, un sacerdoce… Il persévère et s’améliore progressivement au poker, devenant irrésistiblement un joueur émérite. La force de Dandalos, outre une technique et une psychologie remarquables, provient de sa totale indifférence à l’argent. Peu lui importe de jouer en une nuit des sommes qui permettraient de mettre une famille à l’abri pour plusieurs générations, seuls lui importent le délicieux frisson du jeu et l’écho de sa légende en construction. Il gagne à nouveau des centaines de milliers de dollars au poker, défiant notables et gangsters avec insouciance. Pour asseoir sa légende il est prêt à parier un demi-million de dollars sur la couleur de la carte à venir ! Plus que ses gains au poker, les blondes éthérées l’accompagnant, ses relations mêlées, Dandalos a imaginé une nouvelle voie pour devenir une légende : proposer des paris si élevés que personne n’ose les accepter.

Dandalos, légende vivante

Chicago devient vite trop étroite pour le Grec qui déménage sur la cote Est des Etats-Unis et ses casinos. Ceux-ci l’accueillent à bras ouverts, pas seulement car  les parties qu’il dispute deviennent énormes, générant des profits indécents pour les établissements de jeu, mais surtout car Dandalos est devenu une attraction. Les curieux se pressent pour le regarder jouer. Bien avant les High-Stakes et la télé, le poker tient sa première vedette. Il est nourri, hébergé par les casinos, il bénéficie d’une avance de trésorerie inépuisable. Les principaux casinos veulent bénéficier de son auguste présence et des propositions mirobolantes lui sont faites, mais Dandalos est un Empereur, son royaume est le jeu et il est sans limites. Ne dit-on pas qu’en une nuit il a gagné un quartier entier de Los Angeles ?

 

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L'étoile de Dandalos brillait dans tous les casinos...

 

Nick The Greek continue de jouer encore et encore, il gagne, perd, regagne des centaines de milliers de dollars au cours de marathons qui parfois dépassent dix jours entiers. Il affronte Dutch Schultz à Chicago, Arnold Rothstein à New York (NDLA : deux maffieux de renom), André Citroën à Cannes, fait sauter la banque en jouant à la roulette à Monte-Carlo…

Le duel avec Moss

Plus loin dans l’Ouest, une bourgade surgie du désert est en train de se faire un nom : Las Vegas. Celle qui n’est pas encore Sin City va devenir en 1949 le théâtre de l’affrontement le plus célèbre, le plus incroyable de l’histoire du poker. Pour cela, il faut la rencontre de trois egos démesurés, Nick Dandalos évidemment, mais aussi Johnny Moss qui jouit de la réputation du meilleur joueur de poker de l’Ouest Américain -c'est à dire de la planète- et l'instigateur, un jeune patron de casino aussi visionnaire qu'intrépide : Benny Binion !

Un défi est organisé par Binion, un marathon jusqu’à mort s’ensuive entre Moss et Dandalos. Cinq mois durant les deux adversaires vont s’affronter en tête à tête, échangeant des millions de dollars sous les yeux de spectateurs de plus en plus nombreux. La partie est sans limites, les duellistes ne bénéficient que de quelques heures pour dormir. Petite plage de repos que Nick Dandalos utilise généralement pour aller jouer aux craps tandis que son adversaire dort… Progressivement le futur "Grand Old Man" prend l’avantage, techniquement il est meilleur, il a 42 ans, il se repose contrairement à son adversaire de 57 ans. Et surtout Moss veut gagner, Dandalos lui se préoccupe uniquement de jouer…

Une main est l’illustration parfaite de ce duel qui inspirera "Le Kid de Cincinnati". Au Stud 5 cartes, Moss a une paire de neuf et a misé tout au long du coup, Dandalos affiche seulement 2 4 7 après la quatrième street. Moss effectue une importante mise, Dandalos paie et reçoit un valet. Moss qui a touché un 2 insignifiant mise à nouveau. Le Grec part à tapis en déclarant "Mr Moss, je crois que j’ai un valet caché". Johnny Moss paie, évidemment, pour découvrir que son adversaire avait bien reçu un des valets espérés… L’un jouait pour gagner, l’autre pour flamber !

 

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Après cinq mois d’affrontements intenses et une dernière main perdue, Nick Dandalos se lève, s’incline élégamment et prononce cette phrase devenue célèbre : "Mr Moss, je dois vous laisser partir".

Il est difficile de savoir quelle somme a réellement perdue le Grec, les estimations oscillent entre deux et quatre millions de dollars et celui-ci se retrouve "broke", une fois de plus ! Dandalos va continuer à jouer, encore et toujours, Moss va devenir le Grand Old man du poker et Binion s’inspirer du succès de cette partie homérique pour inventer des décennies plus tard les WSOP.

At poker, action is action…

Le Grec poursuit sa carrière de flambeur, parfois avec succès et parfois, de plus en plus souvent, sans, jusqu’en 1966 année de sa disparition. Peu de temps avant son décès un de ses amis l’aperçoit à une table de poker à 10$ la cave dans un obscur casino de Vegas. Il lui demande alors comment Lui, il peut jouer de si petites sommes et Dandalos répond tranquillement : "At Poker, action is action". Si Nick Dandalos a fini ses jours ruiné, il a fait un usage généreux des millions de dollars gagnés tout au long de sa vie, s'offrant à lui et ses proches une vie de nabab et faisant preuve d'une générosité exceptionnelle. On estime qu'au cours de son existence le Grec aurait donné 20 millions de dollars à des oeuvres de charité, soit près de 400 millions de dollars d'aujoud'hui...

 

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Dandalos avec Jack Dempsey (au centre) le légendaire boxeur


En 1979, Nick Dandalos, flambeur devant l’éternel, est intronisé au Poker Hall Of Fame.

On raconte que Nick The Greek a été ruiné 73 fois. Cela signifie donc que cet extraordinaire joueur a fait fortune 72 fois en jouant… Faites silence, l’étoile de Nick Dandalos brille encore dans tous les casinos du monde…



Les recherches de photos ont été effectuées par Jules Pochy.



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