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L'univers à part des road gamblers


Portraits
Par David Poulenard   
Vendredi, 13 Novembre 2009 09:00
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Les road gamblers à la conquête de l’ouest

Tout a commencé à l’aube du siècle dernier avec le développement du poker dans le sud des Etats-Unis. Des joueurs itinérants ont commencé à sillonner le Middle West américain, le Texas, l’Oklahoma, le Kansas, à la recherche des plus grosses parties et de son cortège de riches amateurs. A une époque où les tournois n’existaient pas, le poker était considéré comme un jeu de voyous pratiqué par des voyous et par quelques riches hommes d’affaire désireux de connaître le frisson du gamble. Il se pratiquait généralement dans des arrière-salles enfumées, parfois dans des cercles semi-clandestins, plus rarement dans l’opulente propriété d’un millionnaire. Les seuls spectateurs étaient des gardes du corps lourdement armés, parfois une fille de petite vertu, mais l’argent y coulait à flot et le niveau moyen était d’une faiblesse rare, deux facteurs qui allaient provoquer des vocations immédiates.

 

oneway
Les road gamblers à la conquête de l'Ouest !



Parmi celles-ci des noms aujourd’hui célèbres : Johnny Moss, Sarge Ferris, Nick Dandalos, Doyle Brunson, Amarillo Slim, Jack Strauss, Doc Ramsey, Pat Renfro, Puggy Pearson, Sailor Roberts, etc., mais à cette époque ces légendes cultivaient la discrétion. L’anonymat permettait d’être invité, ou tout au moins toléré, aux lucratives parties dans lesquelles se mélangeaient notables, capitaines d’industrie et riches malfrats.


Pour ces "Rounders", pas de domicile fixe, ni de sécurité de l’emploi. A la moindre descente de police dans un tripot clandestin, à la moindre colère d’un truand local excédé d’être régulièrement plumé ou à l’annonce d’une nouvelle partie plus lucrative, il leur fallait être prêt à un déménagement immédiat pour une nouvelle destination plus accueillante ou parfois moins dangereuse. Certains road gamblers maniaient d’ailleurs aussi bien le colt que les cartes. Installé à une table de poker, la célèbre figure du Far West, Wild Bill Hancock n’a jamais pu exploiter la force de ses deux paires as-huit, n’ayant pour une fois pas été assez rapide à dégainer. Il fut abattu lors d’un règlement de comptes, alors qu’il s’apprêtait à remporter le coup avec une main qui resterait dans la postérité comme la main de l’homme mort…

nickdandalos.jpg
Nick "The Greek" Dandalos, costard, cigare, flambeur devant l'éternel...


Le plus célèbre d’entre eux, Johnny Moss, est aussi connu pour son palmarès obtenu lors des WSOP naissantes que pour quelques anecdotes légendaires. Lors d’une partie disputée dans un bled perdu de l’Oklahoma, The Grand Old Man aperçoit un trou suspect dans le plafond juste au dessus de lui, il dégaine, lance les sommations d’usage et finalement, comme l’indélicat observateur semblait penser qu’un joueur de poker ne devait être qu’un bluffeur, tire, atteignant le baron au postérieur. L’humiliation de la blessure et l’audace de son auteur contribuèrent rapidement à la légende de Moss.


Joueur itinérant, un travail à plein temps !

Les rounders ne pouvaient se contenter d’être doués au poker ou de savoir manier le revolver, il leur fallait associer à leurs talents d’autres atouts. Une solidité morale notamment, pour supporter solitude, pression, déracinement permanent, voire hostilité. Ils devaient aussi faire preuve de réelles qualités humaines pour se faire accepter dans de nouveaux cercles, posséder de l’entregent pour nouer de solides amitiés leur permettant d’être régulièrement invités à de grosses parties. Dans le budget d’un joueur itinérant, une enveloppe spéciale pourboire permettait de récompenser serveur ou tenancier qui avaient la bonne grâce de lui réserver une place.

En plus de ces qualités élémentaires, devait s’ajouter une résistance à la fatigue et une capacité à encaisser de solides doses d’alcool généralement frelaté…

Avant d’être considéré comme un sport, le poker était une activité d’hommes, de vrais, des tatoués, qui descendaient whisky et tord-boyaux comme un professionnel du XXIe siècle le jus d’orange et les compléments alimentaires. Un jour, Doyle Brunson, au début des années 50, disputait une partie endiablée qui durait depuis cinq jours sans aucune interruption ! Parmi ses adversaires, Virgil un solide joueur du cru qui en était lui aussi à son cinquième jour consécutif, mais qui ne tenait que grâce à l’alcool et aux amphétamines… Alors que les deux hommes disputaient un énorme pot de Ace-To-Five Lowball, les tapis volent, Doyle annonce "un sept" et Virgil aussi, Doyle précise "avec un cinq" et son adversaire, qui possède A-2-3-4-7, remporte le magot. Pour fêter ça, il se verse une généreuse rasade de whisky, la descend cul-sec et s’écroule, raide-mort ! Le temps d’emmener le cadavre et la partie pouvait reprendre pour 24 heures supplémentaires… Pas de RTT chez les rounders.

 

Techniques de rounders

Pour survivre dans un univers parfois hostile, les joueurs itinérants ont vite compris l’intérêt d’opérer en équipe, réduisant ainsi les risques financiers et les autres par la même occasion… Doyle Brunson, Amarillo Slim et Brian "Sailor" Roberts avaient ainsi constitué une association particulièrement rentable, mettant en commun bankroll et talent pour exercer leur art ! La fine équipe pouvait ainsi dissuader arnaqueurs et gangsters locaux de dépasser certaines bornes, disputer des parties onéreuses et adopter des stratégies avancées pour faire "tilter" le gros poisson du coin. Généralement l’un des trois acceptait de prendre des risques insensés pour parvenir à faire craquer le riche pigeon après lui avoir infligé un cruel bad beat. Avec trois cadors de ce calibre à table, les finances de leurs malheureux partenaires occasionnels devaient passer dans le rouge aussi vite qu’un as sortir d’une manche…

 

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Une des rares photos du légendaire Brian"Sailor"Roberts

 

En dehors de ces associations ponctuelles, les road gamblers étaient amenés à se retrouver fréquemment aux mêmes tables. La collusion étant une notion de morale qui est apparue plus tardivement, les pros s’évitaient prudemment, attendant patiemment l’occasion de plumer un adversaire moins coriace. La patience était souvent une vertu essentielle, les parties durant fréquemment toute la nuit, se transformant parfois en marathon. Un joueur comme Pat Renfro, considéré comme un des plus gros gagnants de l’histoire du poker, ne jouait que A-A, K-K, Q-Q et A-K, les autres rounders le savaient pertinemment et s’enfuyait dès qu’ils le voyaient mettre un jeton (plus exactement une liasse de billets) au milieu. Une stratégie aujourd’hui obsolète à l’ère du 3-bet généralisé, mais qui suffisait généralement à son auteur pour parvenir à raser un intrépide dans le courant de la nuit.

Malgré la concurrence, il existait une réelle solidarité entre les joueurs itinérants, ils voyageaient ensemble, n’hésitaient pas à se refiler des tuyaux sur les bonnes parties, à y introduire un de leur pair en acceptant alors de partager le gâteau. Les plus fortunés de l’instant finançaient les autres ; l’argent n’étaient qu’un instrument et se prêtait aisément, sachant que peut-être, un jour prochain, le joueur prodigue serait amené à bénéficier à son tour de la générosité d’un partenaire.

 

Les road gamblers quittent l’anonymat

Même si le poker restait une discipline nécessairement opaque, les résultats des meilleurs rounders contribuaient parfois à leur renommée. Leur légende les précédant dorénavant, il devenait ainsi difficile d’arriver innocemment dans une partie d’habitués, mais deux éléments ont permis à ces habiles professionnels de continuer à amasser les dollars. L’immensité des Etats-Unis et son expansion continue vers l’Ouest qui leur offrait ainsi de nouveaux terrains de jeux et les amènerait un jour tous à Vegas, futur Eldorado du road gambler, ainsi que l’ego toujours démesuré de l’être humain. De riches prospecteurs de pétrole, magnats de la presse ou caïds manifestaient contre toute logique financière l’envie de se mesurer à une élite dont on prononçait de plus en plus régulièrement - fut-ce sous le manteau - les noms avec respect ou admiration. Ces défis, qui rappellent celui plus récent du milliardaire Andy Beal à la corporation de joueurs pros menés par Phil Ivey, allaient rapporter des dizaines de millions de dollars aux cadors de l’époque. Mais les joies de la célébrité étaient à double tranchant ; au cours d’une partie illégale, Pat Renfro et Doyle Brunson se firent un jour délester de l’argent récolté par un groupe de rançonneurs très bien renseigné sur la partie et l’identité des deux légendes. Des rançonneurs difficiles à contrer puisqu’il s’agissait des Texas Rangers…

 

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Au bout du chemin, Vegas...



Avec des hauts (fréquents) et des bas (plus rares), la confrérie des Road Gamblers mythiques allaient gérer avec talent cette célébrité nouvelle. Certains, faisant un fonds de commerce extrêmement rentable de leur renommée à l’instar de Puggy Pearson et son bus publicitaire sur lequel était inscrit "Joueur itinérant. Je jouerai tout joueur de tout pays à n'importe quel jeu qu'il pourra citer pour n'importe quel montant qu'il pourra assumer".

Si la période mythique des rounders est aujourd’hui terminée avec l’entrée du poker dans la rubrique people - les WSOP, les Casinos de Las Vegas et Internet récemment ayant depuis propulsé les Moss, Strauss et autres Brunson des tripots clandestins au Hall Of Fame du Poker - des road gamblers continuent d’exercer leur art, généralement dans la discrétion. Il existe toujours des requins chassant en eaux profondes dans un monde sous-marin. Des joueurs qui ont choisi de rester dans l’ombre, délaissant la gloire du circuit professionnel et le confort financier des sponsors pour sillonner la planète à la recherche des plus grosses parties privées. Puissiez-vous ne jamais croiser leur route...

Commentaires (2)
0
merci
Par Majiko, November 13, 2009
David,
merci pour cet article qui ma plonger dans l'univers du poker "à l'ancienne", les journées de travail se faisant longue et ....longue cet escapade au coeur du far west était un bon bol d'air.
a bientôt.
0
...
Par sebastien44, November 21, 2009
Merci a vous David,
Je n y comprend rien en journalisme et en redaction d article de presse, mais je vous assure que ce petit article m as fait voyager .....
Du rève a la lecture ?
C est simplement ce que désirent les gens .......
Merci encore


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PLAYER OF THE YEAR FRANCE


Nom
Score  
1
Bertrand
Grospellier
752.535

2
Bruno
Lopes
530.445

3
David
Benyamine
528.491

4
Aubin
Cazals
489.855

5
Alain
Roy
467.549

6
Roger
Hairabedian
457.068

7
Paul
Guichard
418.656

8
Tristan
Clemencon
411.163

9
Eric
Sfez
405.595

10
Phillippe
Ktorza
376.967



Top 100 France


Nom
Score  
1
Bertrand
Grospellier
2759.03

2
Roger
Hairabedian
2155.08

3
Tristan
Clemencon
1713.59

4
Fabrice
Soulier
1646.57

5
Phillippe
Ktorza
1626.17

6
David
Benyamine
1617.73

7
Alain
Roy
1614.92

8
Bruno
Lopes
1609.56

9
Guillaume
Darcourt
1514.07

10
Ludovic
Lacay
1487.5