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Pat Renfro, le joueur le plus tight de l'histoire


Portraits
Par David Poulenard   
Lundi, 05 Juillet 2010 11:03

Pat Renfro ne jouait qu'en cash game. Avec ses accolytes, Johnny Moss, Amarillo Slim ou Doyle Brunson, il sillonnait le sud des Etats-Unis à la recherche des plus grosses parties de poker. Il est considéré comme le joueur le plus tight de l'histoire, ne jouant que A-A, K-K et parfois A-K. Johnny Moss racontait qu'il arrivait parfois à Renfro de bluffer, il l'avait ainsi vu une ou deux fois relancer avec une paire de dames depuis le bouton...

Né en 1903 au Texas, Renfro a commencé à jouer au poker dès le milieu des années 20, s'imposant rapidement comme un gagnant régulier. Il faut dire que sa stratégie de jeu était d'une efficacité et une simplicité absolues, il ne jouait que les as, les rois, as-roi lorsque cela lui donnait top paire top kicker, parfois une grosse paire et poussait son tapis au milieu dès que le tableau lui convenait. Sa devise "J'ai ma main. Il essaie d'en avoir une". Il savait que dans ces onéreuses parties d'argent où pullulaient les flambeurs, il trouverait toujours un payeur prêt à un investir son argent avec un tirage ou un jeu spéculatif. Impassible, Renfro jouait des nuits entières, attendant l'occasion de doubler une fois, puis une autre, et encore son tapis.

 

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MadeInPoker n'a pu trouver de photo de Renfro, on va donc décréter qu'il est de dos et porte une casquette...

 
A l'époque des rounders, les parties de poker étaient de véritables marathons qui pouvaient durer plusieurs jours. S'il y avait souvent deux ou trois adversaires de qualité, aptes à analyser le jeu de Renfro, le reste des joueurs étaient généralement des gros bonnets locaux au niveau d'une faiblesse incroyable. Les magazines de poker n'existaient pas, les forums spécialisés non plus et une règle tacite disait qu'il était interdit de commenter les mains et d'améliorer le niveau des pigeons. L'ouvrage de référence écrit sur le poker, "Yardley's Education of a Poker Player" se résumait à préconiser de jouer tight. Pat Renfro pouvait donc tendre ses filets et attendre, attendre des heures durant qu'un gros poisson vienne se prendre dedans et lui offrir son argent.

Renfro se cavait systématiquement au maximum possible, n'hésitant jamais à sortir des billets de sa poche pour augmenter son tapis si un adversaire se retrouvait avec beaucoup d'argent devant lui. Quand ses opposants débutaient avec 1 000 ou 2 000$ (dans les années 1920 ou 1930 !), il posait 5 000$ sur la table et attendait...

 

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Binion (au centre) savait accueillir ses amis rounders venus de l'Ouest Américain, notamment Pat Renfro !

 

Les rounders avaient l'habitude de se déplacer en binome parfois même en petit groupe. Renfro faisait souvent équipe avec Johnny Moss. Le duo était d'une complémentarité parfaite. Moss était pour l'époque un joueur d'une agressivité révolutionnaire qui faisait grossir les parties, générant au fil des heures de plus en plus d'action. L'association était parfaite, The Grand Old Man bénéficiait d'une tranquilité totale de son comparse le rock du Texas et en retour Renfro pouvait attendre, tapi au fond de sa cabane, une paire d'as ou de roi pour dépouiller l'imprudent.

Si les deux hommes voyageaient ensemble ce n'était pas par amitié, mais plutôt pour réduire les risques dans un Far-West encore sauvage et partager les frais. Connaître les stats pour compléter un tirage ne suffisait pas à cette époque, il fallait aussi savoir repérer rapidement un jeu marqué ou un manipulateur. Renfo et Moss connaissaient toutes les ficelles... De plus Pat Renfro, gagnant régulier, ne dépensait rien étant aussi économe que son style de jeu permet de l'imaginer. Moss, au contraire, faisait d'énormes swings dans le jeu et dépensait des sommes folles. Johnny Moss a ainsi souvent bénéficié de l'aide financière de son contemporain. Les deux hommes n'étaient pas amis, en tous cas Renfro n'était pas l'ami de Moss. Et pour cause, Pat Renfro, même s'il lui arrivait de dépanner d'autres rounders, était un individualiste notoire, sans scrupules, sans morale. Sans courage, pourraient ajouter certains joueurs l'ayant connu.

 

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A l'époque de Pat Renfro, être Under The Gun avait une autre signification...

 

Les parties de poker clandestines étaient fréquemment le théatre de descentes policières, voire de braquages de gangsters. Au cours de l'une d'elles, à Olney dans le Texas des années 30 en plein boom pétrolier, les Texas Rangers font intrusion et demandent qui est Johnny Moss. Personne ne répond bien sur, à l'époque les codes en vigueur dans cet univers se rapprochaient de ceux de la pègre. Seul Pat Renfro lève la voix et désigne Moss, expliquant ensuite qu'il n'y avait aucune raison qu'ils soient tous poursuivis... Pas de temps à perdre pour Renfro, poker is business ! Lors d'une autre partie, à Corpus Christi, ce sont cette fois des braqueurs qui s'invitent et dépouillent les joueurs. Alors que les malfrats pensent avoir terminé, Renfro intervient en désignant une de ses poches dans laquelle se trouvent quelques billets froissés de cinq dollars "Vous avez oubliés quelques billets", avant d'enchainer "peut-on poursuivre notre partie maintenant ? "  Lacheté ou cynisme ?

Poker is business !

Pat Renfro était aussi cynique que prudent, il n'hésitait jamais à rappeler son amitié avec Benny Binion et à énumérer la liste des gangsters d'influence qui composaient ses relations ou partenaires de jeu. Ce qui n'a l'a pas empéché à la fin de sa vie dans les années 1980 d'être victime, en compagnie de sa femme, d'un odieux cambriolage chez lui. Pendant 48 heures, Renfro et son épouse allaient rester enfermés dans leur salle de bains pendant que les voleurs mettaient la maison à sac. A force de s'entourer d'individus à la moralité douteuse en espérant une hypothétique protection, Pat Renfro n'avait fait qu'attirer l'attention sur lui.

 

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Pat Renfro n'aimait pas les sunlights, son étoile palîra à mesure que celle de vegas augmentera

 

Avec le développement du poker dans les années 60 et 70 et l'apparition des premiers tournois, Pat Renfro va progressivement tomber dans l'anonymat, se contentant de disputer les grosses parties de cash game organisées à Vegas. Pendant que Moss, Slim, Puggy Pearson et les autres deviennent des stars, la discrétion lui convient parfaitement. Et il va s'en dire que son style de jeu ne lui aurait pas permis d'obtenir des résultats significatifs en tournoi !

Malgré tout, Renfro a pu couler à Las vegas des jours presque paisibles jusqu'à la fin de sa vie. En 1988, lors de son enterrement, Johnny Hugues aura ses mots merveilleux, dont le double sens est difficilement traduisible en français :

"I heard God called Pat. You know what Pat showed him ?".

"Two Aces..."



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