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Puggy Pearson, seulement quand il aimait...

Portraits
Par David Poulenard   
Vendredi, 31 Juillet 2009 11:20

Walter Pearson est né en 1929 dans le Tennessee, l'année de la grande dépression, une jumelle qui devait avoir toute son existence une influence essentielle sur ses actes. Le jeune Walter a vu le jour dans une famille de neuf enfants, "si pauvre qu'elle devait déménager chaque mois lorsque venait le moment de payer le loyer" comme il aimait le répéter !

Les difficultés financières familiales et le caractère du jeune homme l'amènent à interrompre rapidement ses études pour aider son père à subvenir aux besoins familiaux. La seule école qu'a réellement fréquentée l'adolescent fut "celle des mauvais coups", une forme de scolarité dans laquelle l'intrépide Walter allait exceller.

Frondeur, volontaire, flambeur et flamboyant, il fait preuve dès ses plus jeunes années d'un fort caractère et d'une personnalité marquée. C'est d'ailleurs en voulant impressionner quelques admiratrices qu'il récolta une mauvaise chute alors qu'il marchait sur les mains, lui laissant le nez irrémédiablement déformé et le surnom éternel de "pug" qu'il adopta avec humour.

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Puggy et son célèbre cigare...

 
Dès 16 ans, Puggy Pearson s'engage dans la Navy. Si les voyages forment la jeunesse, les années de marin du jeune homme devaient surtout lui faire prendre conscience de ses exceptionnelles aptitudes au poker. En trois ans de service, Walter Pearson réussit à se faire une réputation sur tous les océans, mais surtout à accumuler un trésor de guerre de 20 000$, une somme considérable pour l'époque. La vocation de gambleur de Puggy doit tout à la Navy !

 

Dès lors, le jeune homme va sillonner les chemins de l'ouest américain, croisant les routes de Johnny Moss, Amarillo Slim, Brian Roberts et autres Doyle Brunson, écumant les états du Texas, de l'Oklahoma et bientôt du Nevada à la recherche des plus grosses parties de cash game. Il accumule les gains, jouissant en quelques années d'une réputation égale à celles des autres légendes du poker. Un cigare, devenu incontournable, coincé entre les lèvres, Puggy Pearson pratique toutes les variantes, ne refuse aucun enjeux, ne redoute aucun adversaire. Il l'annonce haut et fort, il l'affiche en lettres brillantes sur le bus qu'il possède : "Rovin Gambler. I'll play any man from any land any game he can name for any amount he can count" (NDLA : Je jouerai tout joueur de tout pays à n'importe quel jeu qu'il pourra citer pour n'importe quel montant qu'il pourra assumer). Mais l'audacieux n'est absolument pas inconscient, en lettres fines, sous la célèbre citation apparaît : "Provided i like it" (à condition que j'aime ça).

Une inscription en deux parties qui révèle parfaitement le parcours et la personnalité du légendaire rounder, prêt à jouer les plus grosses parties face aux meilleurs, mais uniquement dans le but de gagner de l'argent. Les années d'enfance dans le plus extrême dénument allaient faire de Puggy Pearson une exceptionnelle machine à fabriquer les billets de banque.

 

Contrairement à beaucoup de joueurs de poker professionnels, Puggy ne jouait que très peu aux paris sportifs et jamais pour des montants importants. Mais l'homme pratiquait toutes les variantes du poker avec réussite, il reste notamment considéré comme un des tous meilleurs joueurs de Stud de l'histoire, demeurant continuellement à la recherche de nouveaux jeux lucratifs. Lorsqu'il rentait dans une salle de poker, il avait coutume de lancer sans connaître ni le jeu ni les montants pratiqués "Distribuez moi des cartes, je suis dans le coup".

Ayant entendu dire que de forts enjeux circulaient dans le golf, Puggy décide donc de s'initier à sa pratique avec une réelle application. Rapidement il excelle dans la discipline et parvient à gagner des sommes conséquentes, parfois même contre des professionnels qui se seraient laissés abuser par un début de parcours moyen de l'habile, mais si sympathique arnaqueur. Avec sa gouaille inimitable, le cigare coincé entre les dents, Pearson avait l'habitude de répondre aux habituelles congratulations de club house sur la qualité de son jeu par "et encore, si vous m'aviez vu jouer dix ans auparavant" avant de s'approprier l'addition dans un grand éclat de rires..

Comme tous les grands joueurs, Puggy Parson ne ressentait la pression que comme un stimulant pour mieux jouer. Plus le pari était élevé, plus il jouait parfaitement !

 

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Jhonny Moss, Becky Binion et Walter Pearson


A ce propos, au cours d'une grosse partie de poker, la conversation des participants dévie sur le golf. A la question de savoir quel joueur de golf ils choisiraient si leur vie en dépendait (si celui-ci rate, le joueur qui l'a choisi meurt), les réponses sont classiques, un répond Jack Nicklaus, l'autre Tom Watson ou bien Ben Crenshaw... Quand vient le tour de Doyle Brunson, il lance alors : Puggy Pearson. Devant l'air stupéfait de ses partenaires, Texas Dolly explique ainsi que personne ne putte aussi bien que Pearson sous la pression et que s'il devait faire ce choix c'est à lui qu'il confierait son existence.

 

A l'instar de nombreuses légendes du poker, Puggy Pearson était un homme de paradoxe. Cet adepte des grosses parties, qui écumait le far-west dans le but de plumer ses adversaires, allait tout au long de son existence se montrer d'une grande générosité, n'hésitant jamais à aider financièrement, croupiers, amis et partenaires brokes. Amarillo Slim, qui a plusieurs fois bénéficié des largesses de son viel ami, avait coutume de dire que Puggy était plus doux que du beurre fondu. Légendaire gentillesse qui, parfois, n'empêchait pas de tonitruantes colères dont certains croupiers maladroits se souviennent encore en tremblant.

Aussi paradoxal, le fait que ce joueur de cash game ait été l'un des inventeurs du concept des tournois freezeout, cette formule où chaque joueur débute avec le même nombre de jetons pour un montant prédéterminé qui allait contribuer au succès planétaire du poker quelques années plus tard.

 

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Pug, barbe blanche, canotier et son... cigare !

Lorsque les World Series Of Poker sont apparues en 1970, Puggy Pearson a logiquement fait partie des joueurs invités par Binion pour le rassemblement inaugural, avant de se constituer un palmarès remarquable les annés suivantes, avec un premier titre en Stud en 1971, puis en 1973 sa victoire dans le main event et dans deux autres events. Malgré une santé déclinante qui devait le contraindre à progressivement abandonner les tournois pour s'adonner uniquement à de courtes sessions de cash game, l'homme au cigare allait participer à tous les WSOP de 1970 à 2005. Le Roving Gambler s'est éteint en 2006, certainement l'unique raison susceptible de le faire manque les World Series...

 

Le monde du poker a logiquement consacré Puggy Pearson, en l'introduisant de son vivant dans le "Poker Hall Of fame" dès 1987. Il fut le deuxième joueur à y faire son entrée après le mythique Johnny Moss.

 

Puggy Pearson, l'homme au cigare qui ne refusait jamais aucun défi... A condition qu'il en eut envie !

 

 



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