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Cash Game : protéger son tapis et non sa main


Stratégie
Par David Poulenard   
Jeudi, 15 Mars 2012 16:06
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En tournoi, les dynamiques et objectifs sont différents, l'augmentation continue des blinds et la nécéssité de terminer dans les toutes premières places pour bénéficier des structures de paiement obligent généralement les joueurs à accepter un certain ratio risques/récompenses pour tenter d'optimiser chaques bonnes mains.

A titre d'exemple, lorsque la structure a avancé et que les blindes sont devenues chères, une main comme A-K prend une valeur démesurée et un joueur floppant avec celle-ci Top-Pair-Top-Kicker ne l'abandonnera que s'il dispose d'une lecture très particulière de son adversaire et ce même s'il possède une profondeur de tapis conséquente.


En cash game, notamment en live, les données sont différentes ! Il arrive fréquemment après quelques heures de jeu que l'on dispose de tapis représentant plusieurs centaines de grosses blindes face à des adversaires possédant eux-aussi des montagnes de jetons. Que l'on soit gros bénéficiaire, perdant ou revenu à l'équilibre après des heures de combat, la gestion d'un tapis important requiert quelques ajustements, enfin si on veut être un joueur gagnant à long terme...

 

chiptower
Un gros tapis, c'est beau mais fragile...


Plusieurs facteurs rentrent en ligne de compte. Nous passerons sur les différences stratégiques entre les caractéristiques du tournois et celles du cash game pour développer uniquement les particularités des parties d'argent en live. Parmi les principales différences, signalons le fait que les coups sont fréquemment disputés par plusieurs joueurs alors que dans les phases avancées d'un tournoi il est rare que plus deux adversaires s'affrontent. A celà s'ajoutent les profondeurs de tapis importantes détenues par de nombreux joueurs à table et l'envie de rentrer dans les coups avec des mains marginales d'un certain nombre d'aversaires.

Ceux d'entre vous qui jouent fréquemment dans leur casino ou cercle habituel sont habitués à voir des pots relancés avant le flop opposer quatre ou cinq adversaires à des limites déjà importantes comme une 5/10€. Une spécificité qui nécessite certains ajustements.

Le premier d'entre eux sera la sélection des mains de départ. Si en tournois, un joli broadway aura une force certaine, en cash il s'agira d'une main à manier avec précaution (on parle de cash game live avec des tapis effectifs qui dépassent souvent les 200 ou 300 big blinds). Avec sur un flop , dans un tournoi qui se trouve dans une phase avancée, il faudra de sérieuses raisons pour abandonner une telle main face à un adversaire. Dans la même configuration en cash face à trois ou quatre rivaux, la situation est différente, ceux-ci peuvent avoir toutes sortes de mains (paire de 5 ou paire de 7, paire de dames sous-jouées, 7-5, des tirages (8-9) ou des mains dominées qui peuvent s'améliorer comme J-10).

Bref difficile de savoir où on se situe et quelle stratégie adopter, après tout on ne possède qu'une simple paire... Pas question pour l'instant de se coucher ou de checker, on a relancé avec A-J et obtenu TPTK, une mise de continuation s'impose ! C'est ensuite que les risques peuvent survenir et que la notion de protection de son tapis s'impose. On voit ainsi fréquemment des joueurs effectuer alors une mise substantielle, parfois leur tapis, pour éviter d'être suivi, une tactique qui va fonctionner assez souvent, mais s'avérer généralement coûteuse lorsque ceux-ci sont suivis. En effet, un tapis ou overbet sur un flop J-7-5 risque de n'être suivi que par des mains supérieures et d'éliminer les joueurs dominés que l'on aurait aimé conserver dans le coup !

Comment procéder alors ? Le premier point à considérer est une fois encore la position. Etre le dernier à parler dans ce cas de figure offre un confort certain. Si votre continuation bet avec A-J sur J-7-5 est suivi par deux joueurs, checker en position quelque soit la turn va dans certains cas garantir un ratio risque/récompense optimal. Si vos adversaires sont sur un tirage avec 8-6 ou 9-8, leurs chances d'améliorer leur main sont seulement de 16% et ceux qui ont une main dominée (un valet avec un kicker inférieur, une paire intermédiaire ou A-7 par exemple) ont des probabilités d'amélioration comprises entre 4 et 10%. On évite ainsi un check-raise par une main qui nous bat quasi irrémédiablement (une over paire ou une main comme 7-5) voire même totalement (un brelan) et on conserve celles que l'on domine en leur donnant peut-être l'envie de tenter quelque chose à la river ou de payer notre mise de valorisation si celle-ci si prête.

Et si jamais, un de vos adversaires a bénéficié de la river pour constituer une main gagnante, nous aurons ainsi fréquemment limité la casse, surtout s'il s'agit d'un tirage, de nombreux joueurs moyens en cash ayant tendance à surpayer ceux-ci.

Mais protéger sa main ne signifie pas systématiquement faire preuve d'une prudence exagérée. Dans de nombreuses situations, nous allons nous choisir d'engager une partie conséquente de notre tapis. L'important alors est de le faire avec un calibrage des mises adaptées.

Admettons avoir relancé avec et se retrouver face à un adversaire sur un flop . Un tel flop offre d'importantes perspectives de tirage tout en étant susceptible de toucher les ranges de mains de votre adversaire (un as moins bien accompagné, un broadway avec un valet, etc.). Certains joueurs vont alors effectuer une mise conséquente sur le flop pour tenter de faire fuir l'adversaire. Ca fonctionnera parfois, s'il a raté son flop, s'il possède une main moyenne (J-10) ou s'il refuse de jouer un tirage en tête à tête hors de position, ça permettra parfois de remporter un gros pot si l'adversaire s'estime commited et paie une nouvelle grosse mise à la turn, mais cela nous oblige à disputer un très gros pot.

 

bad-beat-stories
Eviter les bad beats...


Voyons ça du côté mathématiques. Les blinds sont à 2/4 et les tapis effectifs de 250 euros. Vilain a suivi en milieu de position, deux autres joueurs aussi et vous avez relancé au Hi-jack avec à 35€, seul vilain vous a suivi. Le flop vient : . Le pot est de 84€, vilain check (c'est un joueur moyen peu créatif, qui aime jouer ses tirages)

Deux options s'offrent à vous (on élimine le check dans cette hypothèse) :

. Une mise importante, par exemple 85€. Si vilain paie, avec un tirage, le pot sera de 254€ et les tapis effectifs restants seront de 130€. Autant dire que quelque soit la turn, tout l'argent va partir au milieu. Ce qui revient à investir 250€ pour espérer remporter un pot de 516€ (500€ une fois les prélévements ôtés). En partant du principe qu'il possède un simple tirage couleur, vous remporterez le pot environ 68% des fois et perdrez votre tapis le reste du temps

. Une mise de 45€. Si vilain paie, toujours avec un tirage, le pot sera de 174€ et les tapis effectifs restants de 170€. Si la turn est anodine, faire tapis offre des cotes largement supérieures. S'il passe, mettons une fois sur deux, vous gagnez dans 100% des cas 174€. S'il paie, dans 84% des cas vous lui prenez son tapis. Quelque soit l'option choisie par votre adversaire, vous êtes mathématiquement gagnant. Vous avez réduit la variance et optimisé votre éspérance de gains.

Autre avantage, si jamais un coeur tombait à la turn, vous avez l'option de passer s'il mise tapis ou simplement suivre si cette mise est modeste ou encore checker en position pour tenter de toucher un quatrième coeur vous offrant la flush si -comme ce sera assez souvent le cas- votre opposant choisi de checker pour tenter de vous pièger.

En jouant de la sorte, on réduit quelque peu les chances de gagner un très gros pot, mais on limite la variance au maximum et évitons fréquemment de perdre notre tapis.

 

nuts
Jouer les nuts...


Autre cas de figure. Nous relançons avec en position tardive et seul le joueur de grosse blinde paie. Le flop survient et il checke. Très souvent l'intérêt d'effectuer un continuation bet dans ce cas de figure sera moindre. Nombreuses seront les mains dominées que nous allons faire passer pour ne garder que celles munies d'un as et pire celles avec un valet. Evidemment, il faut mixer son jeu et miser parfois sur ce flop contre un adversaire habituel peut s'avérer judicieux. Mais très souvent, checker en position peut permettre d'extraire de la value contre un joueur possédant un as inférieur, ou même une petite paire, tout en se protégeant d'un possible brelan. S'il checke la turn, il sera temps de miser, autour de 50% du pot et s'il prend l'initiative nous nous contenterons de payer sa mise à la turn et à la river s'il effectue un 2e barrel. Une situation typique de way behind - way ahead qui permet d'optimiser les chances de prendre de l'argent à des adversaires munies d'une main inférieure sans se retrouver à disputer un pot énorme si notre rival nous domine.

Ce cas de figure peut être décliné dans de nombreuses situations : sur un flop ou sur , sur . Des flops dangereux où notre main pourtant de qualité peut se trouver quasi drawing dead. Il est parfois moins risqué de vouloir contrôler la taille du pot que de faire grossir inutilement celui-ci quitte à laisser à notre adversaire une carte gratuite ou accessible à un prix qui lui semble raisonnable. Evidemment cette stratégie requiert une lecture des joueurs présents à table assez fine ; en livrant une fausse information à son adversaire nous n'en collectons pas nous non plus, mais la texture de ce type de flop fait qu'il sera de toutes façons difficile de savoir si notre vilain possède ou non une main de premier ordre ou s'il est à la poursuite d'un tirage ou défend une main moyenne. Pour protéger notre tapis, différons parfois notre prise d'initiative et reconsidérons la situation à la turn.


Il est impossible d'aborder toutes les situations de ce type. Il convient avant tout de savoir les identifier et d'élaborer dans cette hypothèse la bonne stratégie pour optimiser notre main et notre espérance de gains tout en évitant de disputer un trop gros coup à l'issue incertaine. Pas de panique, si l'on est devant au flop, on le restera le plus souvent à la turn et généralement à la river, à nous donc d'adopter la meilleure stratégie pour inciter notre (ou nos) adversaire(s) à investir de l'argent à perte et choisir le meilleure timing de mise pour protéger notre tapis, tout en protégeant ainsi notre main...

 

pair2
petit brelan : gros soucis...


Une dernière précision me semble utile, pour éviter de se retrouver dans des situations périlleuses nous amenant à engager notre tapis avec des garanties insuffisantes ; la sélection de mains en cash game live demande quelques ajustements. Il est judicieux de privilégier des mains à fort potentiel qui peuvent offrir les nuts (les as assortis, les paires, des broadways assortis) plutôt que des mains fortes mais qui vont fréquemment n'offrir qu'un jeu moyen. Un peut se transformer en flush max, voire en quinte alors qu'un présente peu de perspectives intéressantes, tout comme une paire de 5 devient une main énorme si l'on a floppé un brelan alors qu'un nous garantit un sérieux mal de tête sur un tableau , même si les deux mains sont théoriquement de force égale préflop.

Enfin, il convient de se méfier de mains qui semblent attractives mais peuvent s'avérer dangereuses. Les connecteurs assortis (par exemple le populaire qui offrira parfois une suite max mais vous opposera aussi souvent à des tirages supérieurs dans des pots disputés par plusieurs joueurs), une situation idéale pour engager de nombreux jetons avec une main irrémédiablement dominée... Dans le même ordre d'idées, rechercher un brelan avec une paire de 2 ou de 3 semble une bonne idée à de nombreux joueurs dans des pots multiways alors que les profondeurs de tapis sont énormes. Si investir 5 ou 6% d'un tapis représentant une centaine de grosses blindes est judicieux, investir le même pourcentage d'un tapis effectif de 300 bb dans un pot à quatre joueurs comporte des risques évidents, notamment celui de se retrouver face à un brelan supérieur et donc de perdre un pot gigantesque alors qu'il sera difficile de prendre 300 bb à un adversaire sérieux qui possède moins qu'un brelan de 2 !


Il y aurait beaucoup à dire sur un tel sujet et les exemples de situation innombrables ; il est essentiel de retenir que souvent il sera plus rentable et paradoxalement moins risqué d'opter pour la bonne stratégie et le bon calibrage des mises que pour un overbet sensé protéger une main. Un thread est disponible sur le forum si vous souhaitez en discuter.

 

 

 

 

Commentaires (1)
NAIT RAISS BRAHIM
merci
Par FlushDRaw, March 31, 2012
Article très intéressant, je passe de temps en temps sur MIP mais je dois avouer que voir un article comme celui çi m'a fais vraiment plaisir!


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busy
 
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PLAYER OF THE YEAR FRANCE


Nom
Score  
1
Bertrand
Grospellier
752.535

2
Bruno
Lopes
530.445

3
David
Benyamine
528.491

4
Aubin
Cazals
489.855

5
Alain
Roy
467.549

6
Roger
Hairabedian
457.068

7
Paul
Guichard
418.656

8
Tristan
Clemencon
411.163

9
Eric
Sfez
405.595

10
Phillippe
Ktorza
376.967



Top 100 France


Nom
Score  
1
Bertrand
Grospellier
2759.03

2
Roger
Hairabedian
2155.08

3
Tristan
Clemencon
1713.59

4
Fabrice
Soulier
1646.57

5
Phillippe
Ktorza
1626.17

6
David
Benyamine
1617.73

7
Alain
Roy
1614.92

8
Bruno
Lopes
1609.56

9
Guillaume
Darcourt
1514.07

10
Ludovic
Lacay
1487.5