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jeudi 05 août
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Utiliser des "poker trackers" (1ère partie)

Stratégie
Par Patrick Mifsud Tommasi   
Vendredi, 20 Mars 2009 15:57

Le poker en ligne est un univers impitoyable. On en parle souvent comme d’un paradis des joueurs, plein de gens tout disposés à vous donner leur argent. La plupart du temps, c’est vrai, mais les joueurs en ligne sont en général plus malins qu’il y a cinq ans, tout simplement à cause de l’évolution du jeu. Entre les livres, la télévision, les sites d’entraînement et les forums, il est facile d’améliorer ses compétences dans les parties en ligne. Mais on oublie souvent le rôle que les logiciels de tracking ("trackers" ou "pisteurs") ont joué dans cette évolution.

Le premier tracker a vu le jour en 2001, sous la forme d’un utilitaire simple en mode texte, dans lequel un historique de mains pouvait être chargé puis analysé et rejoué. L’idée a ensuite été poussée plus loin par certains, qui se sont dit qu’en jouant régulièrement des centaines, voire des milliers de mains avec les mêmes joueurs, on pourrait discerner un schéma de jeu susceptible d'être utilisé pour identifier et exploiter leurs points faibles.

À la base, un logiciel de tracking lit les historiques des mains, les enregistre dans une base de données puis exécute des rapports et des demandes pour montrer comment un joueur se comporte dans un échantillon d’une taille donnée. Il existe aujourd’hui des affichages "tête haute" (comme dans les hélicoptères de combat !) qui font apparaître ces statistiques au-dessus des avatars des joueurs à la table de poker. On peut ainsi consulter instantanément ces statistiques, sans devoir se plonger chaque fois dans la base de données.

De toute évidence, l'utilisation de ces outils a un impact sur la façon dont vous allez jouer, sur la "lecture" que vous ferez de vos adversaires et sur la stratégie que vous allez adopter.

 

Obtenir un "portrait-robot" des joueurs

Il existe aujourd’hui différents programmes de tracking pour Hold’em sur le marché. Dans ce qui suit, nous utiliserons Poker Tracker 3 (PT3), mais tous ces logiciels fonctionnent de façon assez similaire et nous ne nous étendrons pas pour l'instant sur leurs spécificités.

trackers_1

Les données apportées par le "tracker" apparaissent sous les avatars de chaque joueur

 

Voici une capture d’écran d’une partie auquel j’ai participé. C’est une table de Hold'em Limit à 2/4 cents sur PokerStars, et je suis à la table depuis environ trois tours (ne faites pas attention à la dynamique du jeu ni à la maigreur des enjeux ; le seul but ici est de montrer comment fonctionne un logiciel de tracking...).

Je me suis donc installé, et pendant que j’attends mon tour, le logiciel importe des historiques de mains, me fournissant une vague idée de ce que j’ai en face de moi.

trackers_11Prenons par exemple le joueur de la place 6 : tredawg11. Son nom est suivi d’un nombre entre parenthèses, en l’occurrence (16). C’est le nombre de mains que j’ai dans ma base de données pour ce joueur.

Sur la ligne suivante, on a VP : 94. VP signifie "Voluntarily Played", ce qui signifie que le joueur met des jetons au pot de son plein gré. Dans ce cas, ce joueur a joué 94 % de ses 16 mains, soit 15 sur les 16 qui lui ont été données. Évidemment, jouer 94 % de ses mains n’est jamais rentable à long terme et l'on se dit forcément que ce joueur n’est pas très fort.

La statistique suivante est PR, autrement dit "Pre-Flop Raise" : c’est le pourcentage de mains avec lesquelles ce joueur relance pré-flop. Notre joueur a 6 %, ce n’est pas énorme et indique bien qu’on a plutôt affaire à une Calling Station, qui joue loose passif avec les mains marginales, et relance avec de très bonnes mains.

Ces quelques chiffres fournissent donc des indications précieuses quant aux décisions à prendre face à ce joueur.

Relancer pre-flop 6 % de ses mains équivaut aux 6 % meilleures mains de départ en Hold’Em, autrement dit toutes les pocket pairs supérieures à 8-8, A-10+ (autrement dit A-10, A-J, A-Q et A-K) et K-Qs. Si un tel joueur relance, on est à peu près sûr qu’il a une de ces mains. Si l'on reçoit A-Jo et que ce joueur décide de relancer, on peut donc jeter sa main sans regret : il est à peu près sûr que notre héros a mieux que A-J.

A l'inverse, s'il a limpé, il est parfaitement possible de le relancer avec A-J, en ayant de bonnes chances d'être devant, A-J se tenant plutôt bien face à 94 % des mains de départ du Hold’em.

La donnée suivante est AF : Aggression Factor. Elle indique à quel point le joueur est agressif quand il joue une main, et ce qu’il fait des mains qu’il joue. La valeur est ici très, très faible : seulement 0,4. En termes de stratégie à adopter, cela indique qu’il ne sert à rien d'essayer des check-raises contre ce joueur, mais qu'il faut plutôt miser pour tirer de la valeur de notre main dès qu’on pense être devant.

D'une façon générale, les indications fournies par le tracker sont donc utiles pour catégoriser rapidement les joueurs présents. Autour de la table, on remarque que le VP moyen est de l’ordre de 40 %, ce qui est courant à ce niveau d’enjeu. Il se resserre en général quand les enjeux augmentent, pour finir dans la situation où les meilleurs joueurs se rapprochent de ce que l’on appelle des flat stats, autrement dit des niveaux quasiment égaux de VP et de PF (par ex. VP 18, PR 14).

le tracker est utile
pour catégoriser rapidement les joueurs présents

En prenant cette limite pour exemple, et sans oublier qu’il s’agit de Hold'em Limit, quelqu’un qui aurait un VP de 15 (ou même 20 ou 22 avec de tels enjeux) et un PF de 12 (ou moins) serait considéré comme tight agressif (TAG). Si le PF est encore plus bas, le joueur serait étiqueté tight passif (TAP) . Selon le même principe, quand le VP dépasse 40, le joueur est considéré comme loose et si son PR dépasse 20, il est qualifié de loose agressif (LAG), alors que les joueurs n’ayant pas un PR aussi élevés sont loose passifs (LAP). Inutile de préciser que toutes ces valeurs varient selon les enjeux et le type de jeu. Il est cependant assez facile de créer en peu de temps un comparatif pour vos enjeux habituels.

 

Des informations plus détaillées

J’ai mentionné les trois données de base, mais le logiciel de tracking peut aussi donner bien plus d’informations, come on le voit ici :


trackers_22


Voici ce que donne un clic sur les stats HUD pour un joueur. On voit immédiatement que d’autres statistiques, beaucoup plus détaillées, sont disponibles.

WTSD (Went to Showdown) est une donnée très importante (elle l'est davantage Hold’em Limit qu'en No Limit, car les joueurs vont plus souvent jusqu'au showdown). Si le WTSD d’un joueur est élevé (35 ou +), vous n’avez pas besoin de grand chose pour gagner face à lui. À l’inverse, si son WTSD est faible, il vous faudra certainement mieux qu’une deuxième paire pour le battre.

Avec cette statistique, il faut aussi tenir compte de la valeur Won at Showdown (WWTSD), qui indique si le joueur gagne souvent à l'abattage. Cette donnée est utilisée pour évaluer les mains qu’il vous faut pour gagner et elle ne peut être utilisée de façon à peu près exacte que dans les parties en Limit (nous n'entrons pas ici dans les détails du "méta-jeu" ; il s’agit seulement de montrer que ces statistiques, qui ne sont généralement pas prises en compte quand on joue sans logiciel, enrichissent considérablement l’arsenal du joueur qui y a accès).


Etablir un auto-bilan

Je vais maintenant revoir ma session, à l'aide de Poker Tracker. À mon avis, c’est là que l’on voit la véritable utilité des logiciels de tracking : analyser une partie et en déduire les améliorations à apporter à son jeu.

Voici une capture d’écran de Poker Tracker qui récapitule ma session. Je jouais un jeu à 2c/4c et j’ai perdu à peu près 38 big bets (j’ai joué autant de pots que possible pour créer un échantillon d’une taille plus fiable et intéressante).

trackers_3

trackers_33


Cette capture d’écran montre que j’ai joué 258 mains. Je vais essayer de répartir mes résultats par place pour savoir où sont mes points faibles. La première partie montre les statistiques par place : BB signifie Big Blind, SB Small Blind, Button désigne la place du dealer, 1 est la place UTG (Under the Gun), 2 la place Hijack (HJ) et 3 la place Cut-off.

la véritable utilité des logiciels de tracking :
analyser une partie et en déduire
les améliorations à apporter à son jeu

Poker Tracker indique ici clairement que mes plus grosses pertes viennent des mains que j’ai jouées aux places UTG et BB, celles où l’on perd manifestement le plus, avec la SB.

Bref, les statistiques montrent que j’étais trop loose dans mes relances UTG et que j’ai joué ensuite trop de pots en étant hors de position. On peut en dire autant pour la Big Blind, où le rapport indique que je n’ai pas assez défendu ma blind. Si je clique sur BB en haut du rapport, la deuxième partie de l’écran me donne la répartition de toutes les mains que j’ai jouées et comment je m’en suis sorti. Je vais analyser quelles sortes de mains j’ai jouées et je serai ensuite capable d’ajuster mes défenses en big blind la prochaine fois que je jouerai.

On pourrait faire la même analyse pour toutes les places, mais on voit qu'avec un petit quart d’heure d’analyse, on peut en apprendre beaucoup sur sa façon de jouer, découvrir ses points faibles et finalement apprécier les progrès réalisés pour les corriger.


Une fois encore, ces logiciels ont chacun leurs spécificités, et leur emploi sera différent selon les limites, les variantes et le niveau d'expertise des joueurs. Mais, dans l'ensemble, ces outils peuvent vous aider à faire évoluer votre jeu. Soyons clairs, les "poker trackers" ne sont pas indispensables pour gagner sur Internet. Rien ne remplace un jeu solide et une bonne compréhension du poker. Mais ils aident les joueurs qui réfléchissent, en leur apportant des informations complémentaires. Ce n'est déjà pas si mal, dans un jeu qui repose en permanence sur le principe d'incomplétude de l'information !

Commentaires (1)
allard
La suite
Par allard, septembre 19, 2009
Vite, la suite svp

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