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Clonie vs. Full Tilt


Zooms
Par Tim Lavalli   
Mercredi, 11 Février 2009 10:20

Les poids lourds du poker professionnel de Full Tilt Poker essaient-ils vraiment de spolier Clonie Gowen ? Ont-ils vraiment chassé la malheureuse de la grande famille Full Tilt, en refusant par-dessus le marché de lui payer l’indemnité qu’ils lui avaient promise ? Il n’y a pas à dire, ces joueurs de poker sont vraiment de sales types. Il est vrai que l’affaire concerne la bagatelle de quarante millions de dollars, que Clonie réclame à Full Tilt. Le Petit Chaperon Rouge (si tant est que l’on joue bien cette version de l’histoire) a prévu de se tailler un gros morceau du Grand Méchant Tilt !

Comme toujours dans le système judiciaire américain, il est difficile de discerner le fond du problème, entre les manœuvres légales devant les tribunaux et les déclarations fracassantes dans les médias. En outre, rumeurs et murmures vont bon train depuis maintenant cinq ans dans le petit monde du poker à propos des liens entre Full Tilt et Clonie. Et la "vérité" sera d’autant plus difficile à cerner que l’identité des véritables propriétaires de Full Tilt Poker est un secret bien gardé, et ce depuis la création de la société en 2003.

Ceci étant dit, de quoi peut-on être raisonnablement sûr dans cette affaire ?

clonie_wsop_2008On sait au moins que Clonie Gowen a porté le logo de Full Tilt dans les tournois de poker à partir de 2004. Selon sa plainte, à cette époque, le directeur général de Full Tilt, Ray Bitar, lui aurait proposé une participation de 1 % en retour de la publicité qu’elle faisait au site. Mais en novembre 2008, Full Tilt lui a retiré son statut de représentante, sans indemnités, et elle a porté plainte peu après.

Et c’est là que se pose le premier problème. Beaucoup de joueurs professionnels portent le logo Full Tilt. En retour, ils reçoivent diverses formes de rémunération, de la couverture de leurs frais d’inscription aux tournois à des primes en liquide quand ils jouent en finale sous les couleurs de Full Tilt devant les caméras de la télévision. On peut être professionnel sous le logo Full Tilt de différentes manières. Jusqu’à présent, personne n’a eu en main un contrat précisant exactement les modalités de rémunération. De fait, beaucoup des très grands noms que l’on pourrait associer à Full Tilt ne sont pas toujours subventionnés par le site.

La plainte déposée par Clonie Gowen ne concerne pas ses "autres arrangements" avec Full Tilt, comme les buy-ins et le sponsoring pendant ses quatre années en tant que membre de la team Full Tilt Pro. Elle porte sur la participation qui lui aurait été proposée en 2004 et qui vaudrait aujourd’hui, selon elle, 40 millions de dollars. Il est intéressant de noter que les avocats de Clonie ne portent pas seulement plainte contre Full Tilt et Tiltware, la société propriétaire du logiciel, mais aussi, à titre personnel, contre les actionnaires de ces sociétés : Ray Bitar, Howard Lederer, Andy Bloch, Phil Ivey, Chris Ferguson, John Juanda, Erick Lindgren, Erik Seidel, Phil Gordon, Mike Matusow, Jennifer Harman, Gus Hansen, Allen Cunningham et Patrik Antonius.

Et là, l’affaire se corse. Ou devient nébuleuse. Ou croustillante, comme on voudra. Depuis un certain jour de 2003, les différents propriétaires de Full Tilt Poker et Tiltware Software font de leur mieux pour ne pas révéler qui détient quelle part de leur société. Dès 2004, des rumeurs circulaient à propos "d’autres" joueurs professionnels qui auraient investi dans Full Tilt mais ne voudraient pas voir leur nom publiquement associé au site. Il y a d’ailleurs bien deux ou trois ans que le "1 % de Clonie" fait beaucoup jaser. Il existe même une version X des moyens qu’elle a employés pour l’obtenir...

Depuis 2003, les différents propriétaires de Full Tilt Poker
font de leur mieux pour ne pas révéler qui détient leur société

Il est probablement vrai que quiconque a investi de l’argent dans Full Tilt au cours de sa période "start-up", en 2003-2004, est effectivement l’un des propriétaires de l’entreprise. La plupart des joueurs professionnels nommés dans la plainte, mais pas tous, en font vraisemblablement partie, et il y a certainement d’autres propriétaires qui ne sont pas cités dans la procédure. En outre, certains joueurs comme Gus Hansen et Patrik Antonius ne font partie de la team Full Tilt que depuis quelques années. S’ils en sont propriétaires, cela signifierait que l’on peut prendre une participation dans la société sans faire partie de ses investisseurs. C’est une considération dont les avocats de Clonie Gowen veulent se servir à l’appui de sa plainte.

Mais que sait-on vraiment sur Full Tilt et Tiltware ? On sait au moins que le site a été créé en 2003 par Chris Ferguson, Howard Lederer qui est actuellement le président de Tiltware, et Ray Bitar, le DG de Tiltware. On sait que pendant cette période, ils ont sollicité des capitaux de plusieurs joueurs de poker professionnels, dont les investissements sont devenus des participations dans Full Tilt. On sait encore que jusqu’à 2007, aucun des propriétaires n’a bénéficié de redistribution de bénéfices. Il y a eu des versements de salaires pour des activités liées aux opérations de Full Tilt et Tiltware, et aussi des paiements de buy-ins à de grands tournois pour les membres de la team Full Tilt, en vertu de divers accords de "remboursement". Et Clonie Gowen a participé, d’une manière ou d’une autre, à cet arrangement.

Le premier vrai clash entre Clonie Gowen et la direction de Full Tilt s’est produit en 2007, quand les propriétaires du site ont décidé que les obligations de sponsoring des différents membres de l’équipe feraient l’objet de distributions en espèces. Le montant de ces versements variait, selon toute apparence, selon la part de chacun dans le capital de la société et selon l’ampleur du travail de sponsoring effectivement réalisé. Aux yeux de tous les observateurs, cela pouvait passer davantage pour des dividendes payés aux propriétaires que pour la rémunération d’activités de publicité ou de sponsoring. Quoi qu’il en soit, Clonie Gowen en a été exclue. C’est alors qu’ont commencé les discussions, parfois houleuses, qui ont abouti à la plainte en cours.

La participation qui lui aurait été proposée en 2004
vaudrait aujourd’hui, selon elle, 40 millions de $

clonie_maximClonie Gowen affirme qu’elle est propriétaire avec droits acquis d’une participation depuis 2004, et que toutes ses apparitions et sa promotion de Full Tilt, y compris son étonnante apparition dans le magazine Maxim en 2006 (ci-contre), étaient motivées par sa participation implicite au capital. La position de Full Tilt, en revanche, est qu’il n’existe aucun contrat d’aucune sorte qui engagerait Full Tilt, Tiltware ou les deux dans un arrangement de cette nature, et que Clonie Gowen était seulement une joueuse sponsorisée, rien de plus.

Les avocats de Full Tilt ont déposé au tribunal une motion de rejet de la plainte. Ceux de Clonie Gowen ont alors déposé une plainte modifiée, détaillant davantage leur cause mais ne faisant aucun cas de la motion à réfuter. On peut s’attendre à beaucoup d’effets de manches de part et d’autre avant que quelqu’un se décide à bouger. La majorité des observateurs pense que Full Tilt finira par accepter de payer à Clonie suffisamment d’argent pour que toute son histoire ne soit pas étalée devant les tribunaux. Reste à savoir quelle part de la galette le Petit Chaperon Rouge acceptera avant de laisser le Grand méchant Loup tranquille...

 

Tim Lavalli, américain et psychologue de formation, écrit sur l'industrie du poker depuis 2005. Il finalise actuellement un livre sur le poker avec Mike Matusow.

Traduction par Suzanne Assénat



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