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Histoire des WSOP : acte 2

Zooms
Par David Poulenard   
Vendredi, 13 Août 2010 10:59

La fin des rounders

La victoire de Stu Ungar en 1980 est un séisme dans l'univers codifié du poker. Si l'inattendu succès de Hal Fowler, l'amateur, aux dépends des pros sera rapidement considéré comme un anecdotique accident, celui de Stuart Ungar va révolutionner le monde du poker. En premier lieu car Ungar va défaire le Commandeur en personne : Doyle Brunson ! Pour les Rounders, le traumatisme est terrible. Comment ce type à l'allure d'adolescent qui dispute sa première partie et a appris à jouer au fur et à mesure que le tournoi se disputait a-t-il pu venir à bout de l'élite du poker ? Les Moss, Brunson, Amarillo et consorts ont tous plus de cinquante ans et déjà trente ou quarante années de pratique. Ils ont inventé le poker et un inconnu les mystifie...

 

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Jack Binion et Doyle Brunson font leurs comptes... déjà de l'histoire ancienne !


Heureusement le prodige signe dès l'année suivante un doublé, face à Perry Green, qui l'adoube. Cette victoire, ces succès futurs et la légende qui va bientôt le précéder redonne toute sa noblesse au poker. Même s'il vient d'un univers différent, Stu Ungar fait rapidement partie de l'élite et sa trajectoire va offrir aux Series un second souffle, entrainant un doublement des participants. En 1979 Fowler avait du dominer 53 adversaires pour l'emporter. En 1982, après le deuxième sacre de Ungar, ils seront 104 à s'inscrire pour tenter de remporter un tournoi qui attire de plus en plus l'attention des médias.

 

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Les lauréats de la première heure observent leurs successeurs...


Stu Ungar déjà en proie aux démons qui vont le poursuivre le reste de son existence, c'est un Texan qui s'impose. Jack Straus est un vainqueur idéal, son talent est reconnu par tous et il symbolise aussi bien l'illustre génération des rounders que la nouvelle vague des joueurs. Aussi excentrique que cultivé, aussi agressif que son prédécesseur il participe néanmoins aux WSOP depuis leur création et fait indéniablement partie de la caste des joueurs intinérants. Grâce à sa personnalité hors-norme et son mythique "one chip one chair", la légende des WSOP a trouvé un nouvel ambassadeur.

Dès lors, la progression de ceux-ci va se poursuivre régulièrement. Que le vainqueur soit une star en devenir (Tom McEvoy en 1983) ou un semi-inconnu alcoolique (Bill Smith en 1985), l'édition suivante voit à chaque fois le nombre d'inscrits croître.

Les WSOP ont trouvé leur rythme de croisière. Le temps où Binion et ses employés dégageaient quelques tables de jeu le matin des Series entre le bar et les toilettes pour accueillir deux douzaines de flambeurs venus du Texas n'est qu'un lointain souvenir. Une belle salle a été aménagée à l'étage du Horseshoe, pouvant accueillir plus de vingt tables. Dopé par les premiers satellites de qualification, invention géniale d'Eric Drache, le tournoi grossit, se professionnalise. Des règles claires sont instaurées, des joueurs inconnus viennent des quatre coins des Etats-Unis au grand dam des professionnels qui les invitent cependant à venir disputer des parties de cash-game après les tournois où ils se vengent des bad beats infligés. Les premiers joueurs étrangers viennent tenter leur chance, essuyant généralement les quolibets des vieux rounders...

Chan et Hellmuth, le duel des légendes

Le décor est en place pour l'arrivée successive de deux stars qui vont toucher une population plus large que les traditionnels fans de poker. En 1987 et 1988 Johnny Chan signe un doublé retentissant, révolutionnant la manière de jouer en généralisant des concepts comme le slowplay ou le check raise (qui était à l'origine considéré comme une tactique vicieuse !). La victoire de Fowler avait prouvé qu'un amateur pouvait battre les professionnels, celles de Stu Ungar qu'un jeune joueur pouvait ridiculiser les légendes du poker, les deux succès de Chan allaient ouvrir la voie à de nouvelles stratégies et surtout démontrer que le poker n'était pas exclusivement réservé à l'homme blanc...

 

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Johnny Chan a tout essayé pour faire disparaître cette photo ! En vain...


En 1989, ils sont 178 (évidemment la plus grosse participation de l'histoire) à tenter l'impossible pari d'empêcher un triplé de l'imbattable Johnny Chan. L'engouement pour ce tournoi est immense, Chan est une superstar qui éclipse les rounders et les renvoie à la préhistoire du poker. Il martyrise ses adversaires et lorsqu'il se retrouve en heads-up contre un gamin l'issue ne fait aucun doute. Son adversaire a 24 ans et il est le seul à croire en ses chances. Il se nomme Phil Hellmuth...

L'impensable va pourtant se produire, sous l'oeil des caméras de télévision, Hellmuth surclasse Chan, le bluffant plusieurs fois, le prenant à sa propre stratégie de l'agression permanente pour le pousser à la faute lors d'une dernière main de légende.

Ils sont 194 l'année suivante lorsque Mansour Matloubi l'emporte alors que Stu Ungar ne se présente pas lors du Day 2, victime d'une overdose. Ungar avait accumulé tellement de jetons la première journée qu'il atteindra la table finale bien que sitting out jusqu'à celle-ci ! 215 joueurs se présentent en 1991 et pour la première fois le vainqueur (Brad Daugherty) se voit récompenser par la somme aussi colossale que symbolique d'un million de dollars. Si les Series vont connaître un bref essouflement les années suivantes, principalement du fait de la crise économique qui sévit alors, la médiatisation de l'événement et le million de dollars promis au vainqueur vont progressivement attirer de plus en plus de participants. Ils sont 273 en 1995, année de la victoire de Dan Harrington, 295 en 1996 pour voir Huck Seed s'emparer de son premier bracelet et 312 à se faire ridiculiser par Stu Ungar de retour de l'enfer en 1997.

 

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Cocainomane, schizophrène, dépressif, peu importe Stu Ungar est imbattable quand il décide de vraiment joueur et restera éternellement le plus grand (photo de son 3e titre)


Les WSOP déménagent, l'Histoire se termine

Les WSOP s'offriront encore quelques beaux vainqueurs après la victoire magistrale de Stu Ungar (une de ses dernières apparitions avant de disparaître à jamais), Scotty Nguyen en 1998, Chris Ferguson en 2000 et Carlos Mortensen en 2001. Benny Binion n'est plus là pour voir ses championnats du monde grossir, il a disparu un soir de Noël en 1985. Le nombre d'events a sensiblement augmenté, près d'une trentaine se disputent dorénavant et c'est le nombre record de 839 joueurs qui se présentent au Main Event en 2003. Une affluence stimulée par les satellites de qualification organisés par les sites de poker en ligne, nouveaux acteurs du poker avec lesquels il faut désormais compter. C'est justement l'un de ses qualifiés "au rabais" qui l'emporte, il porte un nom prédestiné : Chris Moneymaker. L'argent que va générer sa victoire bénéficiera principalement à quelques pokerrooms virtuelles, mais c'est déjà une autre histoire...

 

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Et le premier "yes baby" retentit aux WSOP


La glorieuse histoire des WSOP, elle, se termine ; l'année suivante ils seront 2 576 à rêver du mythique bracelet. La famille Binion a déjà vendu les droits des World Series au groupe Harrah's Entertainement et en 2005, les Series quitteront le vieux et légendaire Horseshoe pour s'installer dans l'immense et impersonnel Rio tandis qu'ESPN diffuse les High-Lights des principaux tournois à toute la planète.

 

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Moneymaker a offert à chaque joueur le droit de rêver au sacre suprême ! Pas sur que les anciens apprécient (surtout ceux qui ont une cigarette aux lèvres...)


Finalement, le titre un peu prétentieux imaginé par Benny Binion et ses accolytes à la fin des années 60 était visionnaire. Les WSOP sont bien devenus les championnats du monde de poker, leur présent s'écrit avec 57 lettres d'or et il y a fort à parier que dans l'avenir des millions de joueurs continuent à rêver de succèder à Johnny Moss, Stu Ungar et tous les autres...


Palmarès :

1981 Stu Ungar 375 000$
1982 Jack Straus 520 000$
1983 Tom McEvoy 540 000$
1984 Jack Keller 660 000$
1985 Bill Smith 700 000$
1986 Berry Johnston 570 000$
1987 Johnny Chan 625 000$
1988 Johnny Chan 700 000$
1989 Phil Hellmuth 755 000$
1990 Mansour Matloubi 895 000$
1991 Brad Daugherty 1 000 000$
1992 Hamid Dastmalchi 1 000 000$
1993 Jim Betchel 1 000 000$
1994 Russ hamilton 1 000 000$
1995 Dan Harrington 1 000 000$
1996 Huck Seed 1 000 000$
1997 Stu ungar 1 000 000$
1998 Scotty Nguyen 1 000 000$
1999 Noel Furlong 1 000 000$
2000 Chris Ferguson 1 500 000$
2001 Carlos Mortensen 1 500 000$
2002 Robert Varkonyi 2 000 000$
2003 Chris Moneymaker 2 500 000$


Histoire des WSOP : acte 1


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