lundi 18 octobre

Home > Articles > Zooms > Dix calls légendaires
 

Dix calls légendaires

Zooms
Par David Poulenard   
Jeudi, 14 Octobre 2010 10:25

Un bluff est parfois la conséquence directe d'une mauvaise lecture ou d'une prise de risque excessive, une rencontre entre deux grosses mains crée des pots d'anthologie mais doit autant aux cartes distribuées qu'au talent des protagonistes, un fold de qualité est toujours spectaculaire mais s'apparente parfois à une pusillanimité excessive. Payer une mise importante d'un adversaire avec rien ou presque simplement parce que l'on a su lire dans son âme et que l'on sait qu'il bluffe ne doit rien au hasard, c'est la marque des grands.

Stu Ungar vs Mansour Matloubi. C'est le "call des calls" réalisé par le plus grand joueur de l'histoire. Il a lieu au cours d'un duel, un règlement de comptes en réalité tant la rivalité entre les deux hommes est forte. Matloubi vient de remporter le Main Event des WSOP 1990 alors que Stu Ungar a atteint la finale en étant sitting out pendant deux jours à la suite d'une overdose tant il avait accumulé de jetons le premier jour. Matloubi s'est autoproclamé le meilleur joueur du monde au grand dam de Stu Ungar qui l'a défié en Heads-Up. Les deux adversaires ont débuté avec 50 000$ sur des blinds à 200/400$, Matloubi a 40 000$ et Ungar 60 000$ lorsque survient ce coup irréel. Ungar relance à 1 600 avec 10-9 et Matloubi défend sa grosse blind avec 5-4. Le flop tombe 3-3-7 rainbow, Matloubi check et Ungar fait une mise continuation de 6 000$ que paie son adversaire. Un roi survient et les deux joueurs checkent. Une dame tombe à la rivière et Matloubi annonce tapis pour près de 32 000$. Avec hauteur 10, Ungar ne réflechit que quelques secondes avant de dire à haute-voix "tu as 4-5 ou 5-6, je paie...". Matloubi est atterré, Ungar vient de le mystifier en rentrant au plus profond de son âme. Le prodige remporte un pot de 80 000$ avec un simple 10, Matloubi ne s'en remettra pas et disparaîtra à jamais du devant de la scène...

Chip Reese vs Doyle Brunson. Le pire cauchemar de Doyle Brunson. C'est une des premières confrontations entre ces deux joueurs de légende qui s'est disputée au cours d'une grosse partie de cash à Las Vegas. Doyle a relancé avec et seul Chip Reese a suivi. Le flop est checké par les deux joueurs. La offre un tirage couleur à "Texas Dolly" qui check néanmoins, Reese mise alors. Pensant que son adversaire n'est pas aussi fort qu'il n'y paraît Brunson effectue un subsantiel check-raise, mais Reese suit. Un quelconque fait office de rivière, Doyle Brunson part instantanément à tapis et tout aussi rapidement Chip Reese paie dévoilant sereinement la main gagnante avec ! Abasourdi, Brunson demande à son meilleur ennemi comment il a pu payer, Reese répond tranquillement qu'il savait qu'il était lui aussi sur un tirage couleur. "Et si la couleur était venue à la river ?" questionne Brunson. "J'aurais jeté ma main évidemment" affirme Chip Reese. Trente ans plus tard, le vénérable Brunson avoue que ce coup continue de hanter ses nuits.

 

doyle_brunson
Doyle Brunson, héros malheureux, aurait-il un tell lorsqu'il bluffe ?


Lex Veldhuis vs Doyle Brunson.
Le choc des générations au cours des High Stakes Poker. Les blinds sont à 500/1 000$ et Veldhuis a posé un straddle (une option à 2 000$). Seul Brunson de grosse blinde décide de jouer et complète avec , Veldhuis ne se laisse pas impressionner par son mythique adversaire et relance à 11 000 avec une poubelle . Brunson paie. Les deux rivaux font parole sur un flop et Doyle Brunson prend l'initiative sur le en misant 20 000$ que paie rapidement Veldhuis. Un survient et "Texas Dolly" avance une substantielle mise de 60 000$. Son jeune rival considère la situation en quelques secondes et call avec une paire de 2 sur un tableau offrant de réelles possibilités de quinte. Commentaire laconique de Doyle Brunson, qui soudain paraît son âge : "Woaw"...

Gus Hansen vs Antonio Esfandiari. Un coup absoulment incroyable qui laissera Patrcik Bruel sans voix ! Au cours de la finale du WPT Bad Boys, alors qu'il ne reste que cinq joueurs, Esfandiari relance avec une paire de 7 à 29 000, Gus Hansen surrelance à 100 000 avec  et le magicien décide d'annoncer tapis pour 434 000. Une option assez logique à 5 joueurs. C'est là que le coup devient insensé, Gus Hansen n'hésite que quelques secondes avant de payer ! "C'est dingue" hurle Patrick Bruel, "avec hauteur 10 je ne peux pas passer" déclare Gus Hansen qui gagne finalement le pot avec l'apparition d'un 8 au flop. Un choix évidemment "border line" et très risqué, mais qui n'a pu être fait par Hansen que parce qu'il avait la conviction qu'Esfandiari n'avait pas une main très forte. Ensuite, les cartes ont été favorables au "Great Dane", mais encore fallait-il déceler la faiblesse de son adversaire pour joueur un tel coin flip.

Phil Ivey vs Patrik Antonis vs Tom Dwan. Une main particulière, jouée durant les High Stakes Poker, opposant les trois meilleurs joueurs de cash de la planète, qui commence par deux calls énormes de Phil Ivey et se conclue par un bluff magique. Plus que les montants engagés, c'est la confrontation de trois monstres sacrés du poker qui rend ce coup unique. Sur des blinds à 300/600$, Ivey limpe avec , Dwan complète sa petite blind avec et Antonius check avec . Le flop tombe ; avec la meilleure main, Dwan prend l'initative et mise 1 300$, Antonius et Ivey suivent avec absolument rien. à la turn, prudemment Tom Dwan check et Antonius décide de prendre sa chance en misant 3 500$. Toujours avec absolument rien en main, Ivey paie rapidement. Dwan inquiet choisit de se coucher. La river est un  qui ne change rien, Antonius fait parole et Ivey mise 10 000$. Le Finlandais va longuement hésiter, mais finit par passer ne pouvant imaginer que son talenteux adversaire a pu caller deux fois, en pur floating, dans l'optique de bluffer le coup. Il finit par passer, laissant Ivey remporter le pot. Deux calls réalisés parfaitement grâce à une fine analyse de la faiblesse des mains adverses, conclus par un bluff magistral et le tour est joué...


ivey_se_marre
Trop facile ce jeu...



Phil Hellmuth vs JC Tran. Hellmuth est parfois insupportable et beaucoup pensent qu'il n'est plus au niveau pourtant il est encore capable de fulgurances... Opposé à JC Tran lors du heads-up final d'une des manches du Party Poker Premier League en novembre 2008, le sale gosse du poker limpe avec , Tran check avec . Il check à nouveau le flop , Hellmuth mise 15 000 avec sa paire de 8 floppé et Tran check-raise à 30 000. Hellmuth paie. Sur le , JC Tran envoie un second barrel de 35 000, Hellmuth suit à nouveau. à la river. Tran couvre Hellmuth et poursuit son bluff en poussant son tapis au milieu. Après une minute de réflexion, Hellmuth finira par payer, investissant 232 000, malgré l'as, le roi et la couleur, reconnaissant ensuite s'être fié à son instinct. Un call audacieux qui n'empêchera pas Tran de finalement s'imposer...

Mike Sexton vs Mike Matusow. En table finale du tournoi des champions des WSOP 2006, Mike Matusow se contente de payer les 10 000 depuis le bouton avec , Daniel Negreanu complète sa small blind avec et Mike Sexton -le commentateur des WPT par ailleurs excellent joueur- check instantanément avec . Le flop tombe , Negreanu et Sexton font parole ainsi que Matusow afin, vraisemblablement, de rester invisible si la couleur rentre. Un arrive au turn qui est checké jusqu'a "The Mouth" qui décide d'attaquer avec une mise de 20 000. Si Negreanu se couche sans hésitation, Sexton paie en étant convaincu qu'avec un as en main, Matusow aurait relancé depuis le bouton. Sexton check à nouveau la river, un et doit faire face à une mise de 60 000. Toujours persuadé que son rival n'a pas l'as et qu'il n'y a aucune raison de value-better aussi cher avec une paire intermédiaire, Mike Sexton paie et remporte le pot, avec la cinquième paire du board ! Un call qui avait autant vocation à gagner les jetons au milieu qu'à envoyer un message à ses expérimentés adversaires et qui sera réellement efficace puisque Matusow en perdra les pédales et sortira quelques minutes plus tard, en plein tilt, avant que Sexton ne parvienne à s'imposer.

 

themouth_en_action
C'est bon, j'ai compris...

Howard Lederer vs Johnny Chan. Comment gagner le surnom flatteur de "professeur" ? C'est simple en payant le tapis du meilleur joueur du moment avec une simple paire de 3 ! Lors de la finale du Main Event des WSOP 1987, Johnny Chan est large chipleader ; parmi ses derniers adversaires un jeune américain de 23 ans : Howard Lederer. Lederer, au cut-off relance avec et Chan défend sa grosse blind (Nota : les mains n'étaient pas filmées à l'époque). Le flop est checké par les deux hommes. Chan met à profit un anodin pour mettre la pression sur son inexpérimenté adversaire, mais Lederer se décide à payer en hésitant (ou en feignant d'hésiter). Le est à la fois une carte dangeureuse et une bonne carte pour "Le Professeur", si sa lecture est bonne, celle-ci n'améliorer en rien le jeu de "l'Orient Express". Chan, qui couvre largement Lederer, choisit de partir à tapis, espérant impressionner son rival qui dispute sa première finale importante. Peine perdue, Howard Lederer paie rapidement, laissant Chan admiratif. D'ordinaire peu enclin aux encouragements, celui-ci applaudira même le prof... avant de finalement s'imposer !

Allen Cunningham vs Jamie Gold. Chance et talent. Gold finira par s'imposer dans le Main Event des WSOP 2006, mais avant ça Cunningham aura montré qui était réellement le plus fort. En finale, fort de son énorme tapis, Gold relance comme souvent et Cunningham paie depuis la grosse blind. Il check le flop   et Gold avance 1 million, rapidement Cunningham suit. au turn et une nouvelle fois Cunningham fait parole, imité par Gold. La river est une et à nouveau le pro check ; rapidement Jamie Gold avance 2 000 000 de jetons (!). Cunningham hésite longuement, il secoue la tête, sourit, grimace et pendant ce temps, le futur vainqueur ne peut s'empêcher de parler comme il l'a fait durant tout le tournoi. "tu as une dame ?" demande Gold, avant d'ajouter "je n'ai probablement pas un 8" et de continuer à brouiller les pistes. Ce qui a fonctioné contre des amateurs ne marche pas avec un joueur de ce calibre, Allen Cunningham finit par payer avec en retournant immédiatement sa main, convaincu d'avoir gagné. A juste titre ! Gold remportera finalement le titre, non sans avoir auparavant continué de trop parler, donnant suffisament d'indications à Paul Wasicka pour coucher une énorme main dominée ultérieurement. Mais quand les cartes sont avec vous...


Fabrice Soulier dans le Main Event des WSOP. Queen high is good ! Un peu de nationalisme enfin avec en bonus ce coup joué durant le Main Event des WSOP 2007, Fabsoul relance avec à 600 sur les blinds 100/200, le cut off et le bouton paie. Fabrice enchaine avec une mise de 1 000 sur le flop , le premier adversaire passe mais le second paie. Turn , Fabsoul check et fait face à une mise de 1 500 d'un joueur qu'il sait être fantaisiste, il paie. à la river, nouveau check du Français, son rival hésite et se résoud à faire parole lui aussi, dévoilant . Fabrice Soulier retourne alors sa main, il avouera plus tard avoir espéré que son adversaire miserait à nouveau la rivière tant il était certain de sa lecture...
 



Les commentaires sont strictement réservés aux membres enregistrés sur le site.
 
Tournois de poker : le programme d'octobre 
Les joueurs français sponsorisés 
Le point sur le poker en ligne en France 
Accalmie sur la planète High Stakes 
Poker, le choc des photos 
Tournois de poker : le programme de septembre 
Histoire des WSOP : part 3 
Histoire des WSOP : acte 2 
Histoire des WSOP : acte 1