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Parties clandestines à New York : une ex-serveuse raconte


Zooms
Par Claire Renaut   
Lundi, 16 Avril 2012 09:03
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The Daily Beast vient de publier le témoignage édifiant et passionnant d’une ex-serveuse dans les parties privées clandestines de New York. Bienvenue dans un milieu peu connu du grand public : 

"Les parties ont lieu dans des caves de l’East Village, des appartements luxueux dans des tours sur Lexington Avenue ou des lofts du Meatpacking District. Et ce, à toute heure du jour et de la nuit. Pour entrer, il suffit de donner son nom à l’interphone et d’avoir le buy-in demandé dans les poches. Ensuite, les joueurs peuvent rester le temps qu’ils veulent puisque tout est sur place : je m’occupais de leur amener à boire, de leur commander à manger ce qu’ils voulaient, de leur masser le dos si besoin ou de nettoyer la table."

La jeune femme qui témoigne raconte qu’auparavant elle avait été serveuse (habillée) dans un strip club et qu’ayant eu besoin de cash rapidement, elle avait accepté l’offre d’un ami pour travailler dans ces parties privées malgré les dangers légaux encourus : si les joueurs ne risquent aucune poursuite pénale, ce n’est pas le cas pour le tenancier ou les personnes employées.

Elle décrit la première fois qu’elle est entrée dans une poker room clandestine : 

"Cela n’avait rien à voir avec ce que je m’étais imaginée. Les lumières étaient fortes et directes, les meubles étaient cheap et la déco minimaliste. Le seul élément qui ressortait étant la table de poker, flambant neuve et qui prenait toute la place. Il y avait également de larges écrans plats qui diffusaient ESPN [NDLR : chaine américaine de sport] en boucle.

De même, les joueurs ne ressemblaient pas du tout à l'idée que je m'en faisais. Alors que je m’attendais à trouver des clones de Don Draper [NDLR : Personnage de la série TV Mad Men, tout le temps chic et en costard, en photo ci-dessous], je me suis retrouvée face à des hommes d’une quarantaine d’années, souvent gros et vêtus d’un short et d’une paire de tongs. Le pire était qu’ils passaient leur soirée avec des serviettes en papier coincées dans leur t-shirts pour pouvoir manger par intermittence sans se tacher. Toutefois, les joueurs se levaient pour aller fumer sur le balcon. Non pas que ce soit interdit (la façon de fumer est parait-il utile pour obtenir des informations sur un joueur) mais les joueurs le faisaient par politesse. 

En résumé, je me suis retrouvée dans un milieu très masculin mais absolument et étrangement dénué de toute connotation sexuelle." 

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"La seule fois qu’un homme m’a fait une remarque, c’était dans une partie cheap de la ville (200$ la cave) où les joueurs étaient plus jeune que d’habitude. J’accompagnais un ami et alors que nous partions, un des joueurs s’est retourné pour beugler à mon pote : "J’te file 200$ si tu laisses ta sexy friend ici !" Il ne s’était même pas adressé à moi directement, une attitude qui en dit long sur la vision de ces joueurs sur les femmes qui les entourent dans le milieu : rien de plus que des objets.

La seconde fois, mon ami m’a emmenée dans un appartement beaucoup plus chic transformé entièrement en club privé. Il parait que des hommes dans la rue nous repéraient en bas de l’immeuble et transmettaient les infos en direct : notre âge, milieu social, apparence… Du coup, pas besoin de mot de passé à l’entrée ; il suffisait de remplir certaines conditions pour entrer (et mon ami était de toute façon connu du circuit)…

Cet appartement comprenait deux salles, dont une entièrement vide à l’exception d’un distributeur automatique. Dans l’autre pièce se trouvaient deux tables de poker avec les mêmes lumières fortes que dans la première salle et le même type de joueur. Une fois embauchée, j’ai reçu mes consignes : si certaines salles voulaient des serveuses sexy, ce n’était pas le cas ici. Les joueurs, "sérieux", ne voulaient pas de distraction : hors de question donc d’arborer un décolleté. 

Mon métier consistait surtout à être sagement assise pendant des heures à les regarder jouer au hold’em, un jeu que je n’ai jamais compris. De temps à autre, un joueur me demandait d’aller lui chercher une bière et me tendait un jeton en échange mais c’est tout. J’étais en gros une sorte d’épouse silencieuse et docile."

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Alors que je comptais mes jetons de pourboire, un des croupiers est venu s’asseoir près de moi et m’a expliqué ce qui se passait en réalité, derrière les apparences. L’idée m’avait en effet traversé l’esprit de tenter ma chance au poker mais il m’avait vite découragé en m’expliquant par exemple que les montagnes de jetons derrière lesquels étaient assis certains joueurs n’avaient pas été gagnés au cours de la partie, mais juste "achetés" lors du buy-in. C’était juste tout leur argent qui était posé sur la table.

Il m’a aussi parlé des différents joueurs présents : il y avait le "hired gun", un joueur talentueux amené pour relever et épicer le niveau de la partie et, à ses côtés, "la baleine", le gros poisson de la table. Apparemment, l’homme, un asiatique, était très connu dans le milieu et dès qu’il était en ville ou dans une partie, celle-ci faisait immédiatement le plein. Le rumeur veut qu’il lui ait fallu moins de six semaines pour intégralement dilapider un gros héritage qu’il venait de toucher…"

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"Le croupier m’expliqua également que le joueur situé directement à la droite du croupier était celui employé par la salle pour faire monter les enchères et la taille des pots. De même, c’était lui qui faisait en sorte que la partie continue et que les joueurs ne se lèvent pas. Mais ça, bien sur, les autres joueurs ne le savaient pas.

Ensuite, il m’a demandé si je savais masser, un truc que "la plupart des filles font en extra pour 1 dollar la minute". J’ai accepté avec méfiance et l’ai suivi dans l’arrière-salle où m’attendait un joueur, sagement assis sur sa chaise. Je m’attendais au pire et au plus glauque des scénarios mais non : "mon client" avait tout simplement mal au dos. 

J’avais pris des cours de shiatsu quelques années auparavant et après 20 minutes de massage, l’homme s’est levé en me disant que j’étais la plus douée des serveuses-masseuses qu’il n’ait jamais vu. Une star était née : j’ai passé la nuit à masser les joueurs à tour de rôle. J’avais mal aux mains mais c’était le seul point négatif. J’ai été réellement surprise de voir qu’aucun d’entre eux ne m’a jamais fait de remarques à connotation sexuelle. 
Leurs seuls sujets de conversation étaient : 1/ le poker 2/ le sport 3/ les meilleurs endroits pour manger un bon steak en ville. Pour résumer, j’étais la seule fille dans l’appartement mais ils n’en avaient absolument rien à faire ! Je pense qu’ils me voyaient uniquement comme un objet utile ou un symbole pour contre-balancer le côté "des hommes avec des hommes" de leurs réunions. 

De même, ils ne montraient jamais leurs émotions : ni plaintes, ni célébrations de victoire, rien. Un jour, un jeune homme qui avait perdu son tapis s’était levé calmement, avait salué ses adversaires et était parti sans dire un mot. J’étais partie chercher une commande de fast food (bien manger et faire de l’exercice n’est absolument pas la priorité des joueurs) et j’avais alors croisé l'infortuné en bas de l’immeuble, effondré et en larmes au téléphone, expliquant qu’il avait perdu 3 000$...

Une fois, j’avais aussi croisé mon ancien patron, celui qui me terrifiait quand je bossais pour lui au Strip club. Sauf que cette fois, il n’était plus que l’ombre de lui-même : lui qui était toujours tiré à quatre épingles, il était cette fois vêtu d’un t-shirt taché et on pouvait lire sur son visage qu’il venait de perdre une fortune."

La jeune femme termine sur les raisons de son départ :

"Une journée normale commence dans l’après-midi pour se finir parfois sur le coup des 7h du matin : une journée au cours de laquelle pas moins de 200 000$ circule de joueur en joueur, permettant à la "maison" d’empocher un joli rake d’environ 25 000$... Les employés eux aussi sont très bien payés : une femme croupière (rare donc très recherchée) pouvant empocher jusqu’à 6 000$ par nuit. Mais la lutte des autorités contre les parties clandestines ne faiblit pas : au contraire, elles tombent toutes les unes après les autres. Surtout après que l’affaire Alex Rodriguez ait éclaté [NDLR : à l'instar de Tobey Maguire, la star du baseball s’est fait arrêter lors d’une ces parties, voir photo-montage ci-dessous]." 

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"Dans ses parties illégales, un employé est considéré comme "un conspirateur" lui aussi aux yeux de la loi : les risques de faire un long séjour en taule sont énormes. Surtout si, comme moi, on vous demande au bout de quelques semaines de vous poster à la porte en bas : en cas de descente de flics, ça permet aux vrais organisateurs de non seulement de gagner du temps pour se sauver mais également de remettre la faute sur vous : vous passez pour seule responsable (puisque vous êtes la seule sur place) et pour tenancière de l'endroit…

Du coup, je n’aurais passé au total que quelques semaines dans ce milieu. Et au final, j’ai décidé qu'à l'avenir, ma seule participation à une activité criminelle serait de regarder les Sopranos à la télé..." 


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