Avoir la chance d'être l'ambassadeur d'Everestpoker.fr me permet de jouer à mon jeu préféré entre Las Vegas, Londres (où je vis), Berlin, Paris, Prague, Los Angeles ou encore St Martin ou Madrid. EPT, WPT, WSOP, j’enchaîne avec enthousiasme avec la même énergie, les tournois prestigieux à longueur d'année, le tout entrecoupé de queues pour les taxis, de sécu dans les aéroports et ou de check out/in dans les hôtels...
Mais les tournois sont des moments où le corps et le mental sont mis à mal. Et les joueurs ressortent de cette expérience, si tant est qu'elle dure plus de trois ou quatre niveaux, avec l'impression d'être passés dans une machine à laver. Perso, à la fin d'un tournoi, j'ai mal partout : à la tête, au dos, aux jambes et je suis de plus ou fatigué ou de forte mauvaise humeur...
Et ça n'a pas raté lors de cet EPT Prague, où je termine 32e sur près de 900 joueurs, et où il m'a fallu plusieurs jours pour digérer l'épisode et pour que je redevienne calme... Le combat a été particulièrement difficile mais en aucun cas, pour une fois, je ne vais le plaindre. Cela faisait des mois que je ramais à contre-courant dans les gros tournois. Donc le fait d'avoir retrouvé de bonnes sensations à la table et de toucher, par exemple, un ou deux tirages dans des pots primordiaux m'ont réellement redonnés le moral. "Adieu la malédiction, moi aussi je peux toucher une open-ended !"
De même, voir mes 80/20 qui passent ou même, grande folie, gagner un 30/70, j'avais oublié ce que ça faisait... Donc même si je suis très déçu de l'erreur de lecture ayant conduit à mon élimination (je 5-bet all in au bouton avec Js-9s mais le cut-off avait AK...), il faut que je sache reconnaître que depuis Mazagan, tout va beaucoup mieux pour moi.
WPT Mazagan : une semi-perf' paradoxalement aussi décevante qu'encourageante
En effet, depuis le WPT Mazagan (où j'ai terminé 12e ; un autre semi-résultat qui n'était pas désagréable après des mois de bad run), j'ai l'impression de ne rien avoir gagné de gros (ce qui est vrai) et d'être déçu de mon année tout en restant sur ma faim, alors que le bilan est pourtant objectivement très bon. En réalité, tout est question de relativité. Tout est question aussi de ce que touche le poker. Il y est en effet moins question de conscient ("J’ai envie de gagner ce tournoi", "J’ai besoin de gagner ce tournoi") que d’inconscient ("Si je ne gagne pas, je serais ridicule" ou "Si je ne gagne pas, je n’aurais pas assez pour prendre soin de ma famille") : la peur et la culpabilité pilotent en effet plus un humain que l’amour et le besoin…
Au final, je crois que 2012 n'aura pas été ma meilleure année mais elle aura probablement été une de mes année les plus formatrices. Outre le fait de m'être remis à jouer en cash game avec succès (PLO et/ou Mixed games), j'ai accepté, moi, grand "mauvais perdant" devant l'Eternel, le fait que les résultats ne soient jamais à la hauteur des espérances. Quand une part de nous ne joue que pour les titres (et le gros butin assorti, certes...), toute semi-perf' est par définition une semi-déception. Il faut juste voir de façon objective 1/ les progrès réalisés au fil du temps (par exemple, la force mentale et le fait de ne jamais craquer à la table) 2/ la réelle valeur de l'argent gagné une fois les comptes effectués.
 A Mazagan, aux côtés de Rebecca Gérin et Laurent Fontaine
Je voudrais d'ailleurs développer un peu plus sur la force mentale. Au poker, se prendre des coups en pleine poire peut durer longtemps. C'est une question de mauvais timing et d'ajustement : on peut run plutôt normalement (même gagner quelques jolies mains) et à côté, systématiquement perdre LE gros coup à ne pas perdre. Pendant des mois, on peut ainsi être à tapis sur le coup qui, si on touche, nous fait passer chip leader ou nous élimine. Et perdre, perdre, perdre, sans que cela ne défie pourtant les statistiques...
La question est de "Comment rester fort dans ces moments là ?" Tout d'abord, c'est un lieu commun mais c'est vrai, il faut impérativement se changer les idées pour se nourrir d'autres expériences (amis, famille, proches, resto, musée, parc, vélo, sport, shopping, nightclub, air frais, bonne bouffe, cinéma, concert etc...) qui aident à ne pas devenir fou.
Ensuite, il faut se mettre des coups de pieds pour garder une droiture dans son jeu : ce n'est pas parce que la baleine d'en face nous rase avec K952o qu'on doit tenter de faire la même chose. Il ne faut pas succomber à la tentation du tilt, qui est la chose pourtant la plus merveilleuse à faire lorsqu'on est en colère puisqu'elle implique de lâcher prise et voler au lieu de continuer à s'agripper à une falaise avec des doigts bleuis par la douleur...
La dernière des choses est, je pense, d'admettre de faire des conneries découlant d'un manque de confiance. Personne ne joue à son top quand il est en bad run et donc, persuadé de manquer de chance... Comment effectuer un beau cold 4-bet quand on sent le spot mais qu'on est persuadé qu'on va perdre le coup au final de toute façon ?
Donc il faut accepter le fait que l'on ne prendra pas toujours la bonne décision, qu'on jouera même certains coups d'une façon épouvantable, et il faut se pardonner (= ne pas se cogner les poings et la tête dans le mur en se traitant de con, par exemple). Tout en s'autorisant à jouer en prenant du plaisir, à de plus petites limites et de façon plus propre et tranquille. Ca permet de refonder des bases pour reprendre de la vitesse derrière.
Ensuite, il faut également et surtout, comme je le disais, relativiser la réelle valeur de ses gains. Depuis Mazagan par exemple, je n'ai fait que gagner, presque tous les jours. Et pourtant, j'ai encore comme un léger goût amer en bouche. On le sait, en tournoi, comme cela aura été le cas pour moi cette année, on est toujours déçu. Ou presque. Du coup, il est vrai que je ne saurais que trop recommander de compenser par de belles sessions de cash game, qu'elles soient online ou en live, enfin d'amortir la variance. Perso, ça ne m'apportera jamais la satisfaction d'une performance en tournoi, mais ça a le mérite de fournir une source de revenu stable à un métier qui ne l'est pas !
Sur ce, je vous souhaite une merveilleuse année 2013 à tous, qu'elle soit remplie de joie, de flips gagnés, de curiosité et de bonheur avec les gens que vous aimez !
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