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Lost in Berlin (aux portes de la TF)


Le blog de Fabsoul
Par Fabrice Soulier   
Mardi, 03 Mai 2011 10:28
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Au poker, il n’existe qu’une seule place qui ne génère pas de frustration : vainqueur. C’est donc le cœur lourd que je me suis levé de mon siège à la 11e place du Main Event de l’EPT Berlin. Juste avant la finale. Le pire étant que si je remporte le dernier coup, dans lequel je suis légèrement favori, je passe second en jetons et suis donc quasiment assuré de faire partie des huit heureux derniers :

Le joueur au bouton relance à 100 000 (blinds 25k/50k, ante 5k), la SB complète et moi aussi de BB, avec  et un tapis de 1,3M. Le flop vient : . Il s’agit donc d’un excellent flop pour ma main avec un tirage quinte et couleur. La SB checke, je fais de même et le bouton c-bet pour 175k. La SB se contente de payer et je décide après une longue réflexion de relancer à 450k.

Le bouton décide de  payer cette grosse mise et c’est alors que la SB décide de partir à tapis, nous couvrant largement tous deux. Je paie, évidemment, et le bouton passe. Je découvre alors avec surprise que la SB s’était embusqué préflop avec AK…noirs. Avec 14 outs, je suis légèrement favori pour ce coup tout à fait décisif : le pot est énorme. Sauf que les cartes en décideront autrement : le turn et la river sont des blanks absolus et je suis éliminé aux portes de cette finale berlinoise…

ept_berlin_neil_stoddart

Une fin brutale après cinq journées passées dans une relative zone de confort ; je me souviendrais de l'EPT Berlin comme d'un tournoi dans lequel je me suis senti vraiment bien... Dommage... (crédit photo Neil Stoddart)

"In poker, you’re always one flip away from victory". J’ai donc encaissé mon chèque en tentant de voir le bon côté des choses : une fois de plus, je suis très satisfait du poker que j’ai joué les jours précédents et, parce qu’il faut aussi remettre les choses dans leur contexte, j’ai tout de même remporté l’équivalent d’une année de (bon) salaire en quelques jours… Ce serait donc indécent de ma part d’être furieux ou triste.

Mais bon… Il reste toujours difficile de digérer une élimination, surtout quand on est aussi près de la victoire. J’avais plutôt bien figuré à Prague (64e) et Deauville (19e) mais jamais je n’avais été aussi près de décrocher le gros lot. Tant pis, ce sera pour la prochaine fois. Car des prochains EPT, il va en avoir beaucoup ; ce sont des tournois auxquels je participe toujours avec enthousiasme du fait de leur structure et de leur organisation… Vivement donc San Remo et Madrid et cette fois, la table finale ne m’échappera pas !

En attendant, et histoire de passer à autre chose, j’ai été découvrir la ville de Berlin au travers d’un tour alternatif mais organisé (fait suffisamment rare pour être mentionné) qui a conduit notre petit groupe hors des sentiers battus et au fil d’incroyables squats d’artistes (qui malheureusement ferment peu à peu, la faute au prix de l’immobilier qui ne cesse de croitre) et autres repères underground dont la ville est si riche.

berlin_streetart
Une des nombreuses oeuvres de street art qui jalonnent les murs de la ville

C’est donc dans un esprit de continuité que, quelques heures après mon élimination, j’ai testé le fameux "Berghain", élu meilleur nightclub au monde par différents magazines spécialisés et qui, après visite, mérite vraiment sa couronne. Je n’avais jamais vu un endroit aussi hallucinant de part son architecture (une sorte d’immense ex-usine façon cathédrale érigée sous période communiste) et la qualité du son qui y rêgne (puissant et prenant)…

La sélection à l’entrée est super hardcore et à la tête du client : déjà, vous êtes sappés avec élégance, vous n’entrez pas… C’est juste selon l’humeur des  adorables videurs à l’entrée : un mec avec la gueule variolée et la coupe de cheveux d’un nazi, un sinistre gros barbu tatoué et piercé en pantalon moulant/doc martens et une sorte d’alien monstrueux de 2 mètres de haut, à la tête et aux sourcils rasés… Pour résumer, j’ai eu bien plus peur à l’entrée de cette boite qu’à aucun moment dans le tournoi ! (lol)

Pour en revenir à cet EPT, j’ai passé deux jours de poker comme on voudrait en passer plus souvent.. Quand je me sens en forme (bien dormi, bien mangé, sport la veille, pas de stress causé par des soucis extérieurs), je m’amuse beaucoup à une table. J’aime être l’élément actif et jouer mes coups à l’endroit puis à l’envers, puis à l’endroit… de façon à ce que mes adversaires n’aient jamais la moindre idée de ce que j’ai en main. Quand il m’arrive de montrer mon jeu, certains me regardent comme si j’avais perdu la tête : "Mais comment a-t-il pu jouer ce coup comme ça ?" Sauf que la tête, je ne la perds jamais (ou presque) et que généralement, j’amène mes adversaires où je veux.

Après, ce n’est plus qu’une question de chance et il est évident qu’on ne termine pas énorme chip leader du Day 2 sans en avoir eu une bonne dose : en clair, je n’ai pas eu de set up défavorable, je n’ai pas perdu de coups préflop dans lesquels j’étais favori, j’ai gagné quelques flips importants, j’ai remporté un coup énorme dans lequel un mec m’envoie son tapis quand j’ai les nuts (merci !) et été globalement inspiré pour me sortir des coups qui ne sentaient pas bon ou rester dans ceux que mon instinct me dictait.

C’est ainsi que j’ai mis en tilt un joueur à ma table lors du premier jour, en payant une grosse troisième mise à la river dans un énorme pot sur un flop 67810V avec A6 en main seulement…

La troisième journée a été beaucoup plus difficile : la faute à la table TV. Je n’y peux rien, je déteste ça : il fait chaud, je déteste montrer la façon dont je peux jouer ou les mains que je choisis préflop de jouer, je ne supporte pas les caméras pointées sur toi et le fait que les adversaires jouent différemment (beaucoup plus agressivement : beaucoup pensent qu’il vaut mieux sauter sur un bluff raté que de prendre le risque de se faire bluffer, question de fierté…).

Surtout que cette fois, nous ne pouvions pas porter nos logos : nous n’avions donc rien à gagner et tout à perdre à être devant les caméras ! J’ai donc passé ma journée à râler, passant très probablement pour un énorme emmerdeur auprès de la production. De plus, nous pensions qu’ils changeraient de table après le diner break, ce qui ne fut pas le cas… Ca a donc été une journée particulièrement détestable dans laquelle j’avais l’impression que mes bras et mon cerveau étaient fauchés ; j’ai en effet commis quelques erreurs que je n’aurais jamais faites si on m’avait laissé tranquille dans mon coin… Bref, à oublier.

lost_in_berlin_2011
Le Casino se trouvait à courte distance d'un magnifique et imposant monument en hommage des victimes de la seconde guerre mondiale ; pas très gai mais primordial pour la mémoire collective.

A l’heure du bilan, je dirais que je suis tout de même satisfait d’avoir été si loin mais je compte bien pour les prochains tournois ne pas passer à côté de la finale ! (enfin j’espère…) Surtout s’il s’agit du "The One", le prochain tournoi sur mon agenda, un évènement avec 1 millions garantis, le tout sous le ciel bleu de Monte Carlo… J’ai hâte !

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