|
Pour la première fois cette année, j’avais décidé d’aborder les WSOP sous l’angle de "j’aimerais repartir avec les poches pleines" plutôt que "je veux un bracelet". Je ne crois toutefois pas qu’il y ait un lien direct de cause à effet puisque cet état d’esprit n’a pas réellement influencé mon jeu.
Ce qui l’a influencé en revanche, c’est ma détermination à bien jouer chaque main de chaque tournoi, jour après jour et malgré les éliminations qui s’enchainaient : avant de prendre le bracelet, j’avais joué presque 20 tournois WSOP sans faire un seul ITM. Et pourtant étrangement, j’avais la foi en mon mental et en mon jeu : il n’y a pas beaucoup de coups que j’ai regrettés en me dirigeant vers la porte de sortie. On me demande souvent quand est-ce que j’ai commencé à envisager le bracelet. Et j’ai du mal à me souvenir tant j’ai avancé en main par main : je voulais jouer calmement, prendre mon temps pour chaque décision et ne pas me projeter.
 "rêve d'une vie"
Mais je crois que j’ai réellement commencé à me dire que je pourrais être champion du monde quand Dwan a été éliminé puis surtout, quand nous sommes arrivés en heads-up et que j’ai compris qu’il s’agissait du point faible de Shawn Buchanan (déjà arrivé runner-up du 25 000$ en 2010). Le canadien est un excellent joueur, qui fait peu d’erreurs et qu’on a définitivement pas envie d’avoir pour adversaire à la table. Mais le tête-à-tête est son talon d’Achille : je lui ai volé un coup sur deux sans obtenir la moindre résistance.
A quinze minutes de la fin, j’avais les yeux rivés sur le chrono : je voulais absolument l’achever avant que le Rio ne ferme ses portes à 4h du matin et être donc obligés de revenir le lendemain. Par deux fois, je le tenais à tapis avec la meilleure main, le tout avec un avantage en jetons énorme. Par deux fois il aurait dû sauter ; le coup le plus difficile à encaisser étant celui où il me relance en stud hilo avec JxJ quand j’ai un 5 en vitrine et QQ invisible en dessous. Quand je vois sa main, j’exulte : c’est la meilleure config’ possible. Avant que ne tombe le valet tout de suite… C’est le moment où je n’ai malgré tout rien lâché et surtout pas tilté. Je ne voulais rien regretter : il ne fallait surtout pas tomber dans le piège de vouloir gagner trop vite.
Mais ce qui m’a aussi énormément aidé, à ce moment et tout au long de la finale, c’est l’incroyable support du clan français, venu en renfort dans les gradins et qui a complètement mis le feu à cette TF ! Les supporters canadiens avaient du mal à se faire entendre et je suis certain que ça a joué un rôle primordial dans ma victoire. Un immense merci donc à tous mes proches, amis et potes du circuit qui ont pris le temps de passer me soutenir : avec une pensée particulière pour les chants footeux de Nico qui m’ont bien fait sourire tout du long.
A 4h, quand la pendule s’est arrêtée et que le floor s’est approché avec les sacs pour emballer nos jetons, je ne savais plus où j’habitais. J’avais 6,3 millions et Shawn, 900 000. Il était donc presque mort, avec une insistance totale sur le "presque", qui signifiait que le bracelet était presque gagné. J’ai immédiatement repensé à ElkY qui était revenu d’entre les morts avec un big bet left pour finalement ship le bracelet et j’en ai eu des frissons d’horreur. Pourvu que ça ne se passe pas comme ça ! Je voulais tellement ce bracelet, là, maintenant, tout de suite ! Mais il fallait attendre 11h. 11h de torture à la maison à tenter de penser à autre chose (raté). J’ai tout de même dormi 3h et quelques (le HORSE est un jeu épuisant ; il faut rester très attentif tout le temps pour compter les cartes à chaque tour en stud/razz/stud hilo) avant de me réveiller dans un état proche de l’Ohio.
Toute la matinée (sous la douche, en m’habillant, en petit-déjeunant, en lisant mes mails, en conduisant au Rio…), j’étais en pilote automatique "je veux le bracelet, je ne lâcherai rien, je l’aurais, mais comment je vais gérer s’il m’échappe !". Une fois de plus, c’est mon entourage qui m’a fait du bien en me soutenant et me rassurant. J’étais préparé au pire et je ne m’attendais donc pas à ce que les choses se passent aussi facilement. Il ne m’aura fallu que quatre mains pour enfin remporter le titre ! Quatre mains que j’ai toutes gagnées et une dernière qui a valu au floor le titre de "biggest tournament director slowroll of the year". En effet, alors que Buchanan est enfin à tapis en Omaha avec une overpair contre paire/gutshot/tirage low chez moi, je touche une double paire à la river. Je lève aussitôt les bras au ciel en silence alors que simultanément, le floor annonce Buchanan gagnant de la main. Les français dans le rail ne pipent mot pendant trois secondes, je baisse immédiatement les yeux sur le board, et comprends que non, je n’ai pas rêvé, j’ai gagné !
 "joie immense"
Je hurle alors de joie et tout le monde comprend que c’est bon ! Quelle explosion ! Quel bonheur ! Enfin un bracelet ! Et pas n’importe lequel puisque si j’avais eu à choisir, outre le Main Event (of course), c’est ce tournoi que j’aurais voulu gagner ! Champion du monde de HORSE à Las Vegas ! C’est le moment où les mots ne suffisent pas à expliquer à quel point le bonheur est grand et le soulagement immense. Enfin, après toutes ces années, je peux accrocher la breloque à mon poignet. Non pas que j’ai furieusement envie de me balader avec un bijou bling bling or et diams sur moi, hein ! (d’ailleurs, je me demande bien ce que je vais en faire… L’offrir à mes parents qui le mettront ensuite au grenier ?)
J’ai alors revu en flashback tout le tournoi : les moments où je suis chip leader les premiers jours, les gros pots que je perds en fin de Day 2, ma priorité première à l’approche de la bulle : enfin faire un cash, puis le texto que j’envoie à Jules et Claire qui vient d’atterir: "Je suis très short, on est à la bulle de la TF mais je risque vraiment de bust rapidement" et sa réponse : "Tiens bon ! Tu vas doubler, tu m’as promis d’être en finale quand j’arriverai, l’histoire n’en seras que plus belle !", le moment où ensuite, comme par magie, je gagne quatre coups clés qui me propulsent chip leader, l’arrivée en finale, les joueurs qui sautent un à un, les chants et cris de soutien des amis dans les gradins, le heads-up… Tout ça pour ça : la joie et le soulagement que l’on ressent quand on obtient quelque chose que l’on veut vraiment. Inutile donc de vous préciser qu’il s’agit du plus beau jour de ma carrière de joueur et que je souhaite à tout le monde d’un jour aussi réaliser un de leurs rêves professionnels. Moralité : il ne faut jamais baisser les bras et toujours s’accrocher : la chance peut alors enfin vous sourire !
 "émotions"
C’est donc avec une vraie bonne humeur que j’ai enchainé sur les tournois suivants, dont mon préféré, le PLO à 10 000$, bien qu’il n’ait lieu que quelques heures après ma victoire. Mais tous les tournois que je vais jouer vont se dérouler de la même façon : bust sur un bad beat. C’est un sentiment très étrange auquel j’ai donc eu à faire face : celui du palmier dans le désert… Pourquoi n’ai-je pas eu une chance moyenne tout du long ? Pourquoi ai-je oscillé entre des énormes bad beat éliminatoires et un tournoi qui se soit déroulé de façon aussi magique ? Parce que si j’ai bust ensuite, ce n’était pas parce que j’envoyais gaiement mes jetons au milieu, non, je ne regrette une fois de plus quasiment aucune main que j’ai jouée…
Attention, pas de méprise sur mes propos : j’ai fait ma meilleure année WSOP et il va de soit que je n’y changerais pas une virgule. Je m’interroge juste sur cette notion d’oasis au milieu de rien et sur le fait que ma forme soit aussi polarisée… En tout cas, et parce que vous vous posez la question, je n’ai évidemment pas pu m’empêcher de me plaindre une fois ou deux (voire plus) après avoir sauté sur une horreur, ce qui m’a valu une ou deux remarques (méritées) de mes proches. En même temps, à l’instar d’ElkY, si je ne râlais plus après un 80/20 perdu, ne vaudrait-il pas mieux que j’arrête de jouer ? Ne serait-ce pas synonyme d’un ennui ou d’un manque d’envie de victoire ?
Quoiqu’il en soit, il n’y a pas un matin où je ne me suis pas réveillé avec le sourire, même si j’ai déjà l’impression d’avoir remporté ce tournoi il y a plusieurs années. Avant la réjouissante victoire d’Antonin dans le 5 000$, nous avions déjà eu l’envie avec ElkY et Nico Levi de donner une petite fête entre frenchie pour célébrer tout ça. Alors 4 bracelets, c’était encore une raison supplémentaire de louer une villa, d’y inviter tous les potes du circuit, d’allumer un barbecue et de passer une jolie soirée loin des soirées habituelles de Vegas. Piscine, basket, brochettes, l’excellent chef français du Shibuya au buffet, cocktails, DJ et Gilles et Fab de "Vegas Live" pour nous organiser tout ça, nous avons tous passé un excellent moment : vivement les prochaines perf’ tricolores l’an prochain qu’on remette ça !
A l’heure où j’écris ce blog, je m’envole à Rio de Janeiro pour quelques semaines de vacances bien loin du tourbillon vegassien, histoire de revenir en pleine forme pour septembre ! En tout cas, encore merci mille fois à tous pour votre incroyable soutien ; c’est presque encore plus beau que la victoire !
 |
Bravo.