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Dans la suite des Rounders le personnage de Matt Damon aurait intérêt à regarder en boucle d'autres images. La victoire de l'Orient Express contre Erik Seidel lors du Main Event des WSOP en 1988 aura bientôt la teinte désuète des images sépias car aujourd'hui le boss c'est Seidel !
Le come back signé par l'Américain depuis le début de l'année est absolument incroyable et défie l'entendement ! Comment ce remarquable champion qui n'avait pas signé de résultats exceptionnels depuis quelques années et apparaissaît dans la rubrique "vieilles gloires" a-t-il pu enchaîner les victoires avec autant de régularité relégant la jeune génération des accros au 5-bet light au centre de formations pour apprentis champions ? Dans des disciplines purement sportives, des doutes sur l'usage de substances prohibées auraient circulé et les forums spécialisés auraient fleuri d'analyses technico-tactiques sur les raisons de son retour au premier plan, mais ni EPO, ni coach gourou pour Seidel. En apparence, rien n'a changé, l'homme est toujours aussi placide et patient, utilisant sa bonne vieille stratégie serrée-agressive avec bonheur et pourtant...
Rien ne prédisposait Erik Seidel a devenir une icone du poker, au contraire il avait tout du (sympathique) looser avec une première apparition en tournoi certes remarquable (deuxième du Main Event) mais qui l'avait relégué dans un second role de perdant qui allait lui coller à la peau des années durant alors que Johnny Chan recevait les lauriers d'une gloire cinématographique éternelle. Avec un physique d'oiseau de proie dégingandé et un calme légendaire le rendant lisse, il n'avait rien pour déchaîner les passions.
 Mais qui est donc le joueur opposé à Erik Seidel ?
Mais le charisme est une chose, le talent et l'intelligence en sont deux autres et finissent généralement par payer. Le New-Yorkais, né en 1959, possède les capacités d'analyse du champion de backgammon qu'il a été pendant huit ans. Des qualités analytiques qu'il a aussi utilisées durant sa carrière de trader car l'homme a aussi sévi à la bourse de New York dans les années 1980 avant de s'intéresser au poker. Il fait d'abord ses armes en cash game, comme beaucoup à l'époque, au mythique Mayfair Club de New York où il croise des adversaires du calibre de Dan Harrington et Howard Lederer avant de s'expatrier à Las Vegas et de s'intéresser aux tournois.
Avec succès, discrétion et régularité, enchaînant les résultats après sa déconvenue contre Chan : une nouvelle place de Runner Up dans un side event des WSOP en 1991 avant de remporter son premier bracelet l'année suivante et un deuxième en 1993, Erik Seidel a commencé à se construire un palmarès, notamment lors des WSOP. Car les championnats du monde sont son jardin, à ce jour il comptabilise 8 bracelets, de nombreuses tables finales et 57 places payées, des performances réalisées dans toutes les variantes possibles !
Alors qu'il y a belle lurette que Johnny Chan n'a plus rien gagné (même s'il obtient d'excellents résultats en cash game), son comparse a continué de récolter titres et dollars pendant des années, tout en laissant d'autres occuper le devant de la scène. Détailler le palmarès de Seidel prendrait des semaines, outre ses succès lors des World Series, il compte une victoire sur le circuit WPT (Foxwoods en 2008) ainsi que des titres et des tables finales dans tous les casinos de la planète...
 Erik "la force tranquille" Seidel...
Malgré ces innombrables performances et une qualité de jeu louée par les plus grands, Erik Seidel restait dans l'ombre des Ivey, Negreanu et autres Hellmuth. Il aura fallu ce premier semestre 2011 totalement insensé pour que soudain le monde du poker accorde au joueur toute la considération méritée. Avec 5 590 000$ gagnés en cinq mois et des succès de prestige, notamment le NBC National Heads Up l'épreuve que tous les professionnels rêvent de remporter tant elle constitue la reconnaissance d'une carrière, Seidel occupe pour la première fois le devant de la scène ! Il a dépassé Daniel Negreanu et Phil Ivey au classement de la All Time Money List. Obnubilés par leur duel, aucun des deux n'a vu l'ombre naissante du futur géant se profiler derrière eux avant de les dépasser dans un sprint imparable.
En six mois, l'Américain a ainsi signé deux tables finales lors du PCA, une nouvelle à l'Aussie Million avant de remporter le prestigieux et onéreux 250 000$ programmé à Melbourne. Dopé par le succès et la confiance, il a ensuire enchaîné avec une finale et une victoire (dans le High Roller) lors du LA Classic, son titre dans le NBC National Heads Up, une place de runner up au WPT Hollywood avant de définitivement enfoncer le clou grâce à une nouvelle victoire dans le 100 000$ High Roller du WPT World Championship Five Star !
Une soudain frénésie de victoire qui est intervenue quelques semaines après que l'ex joueur de backgammon ait enfin été adoubé par la communauté en étant intronisé au Poker Hall of Fame en octobre 2010. Comme si Seidel avait finalement accepté son statut de légende et s'était résolu à endosser le premier role qui lui était promis, dussé-t-il pour cela s'exposer à la lumière des projecteurs de la notoriété...

Une carrière de joueur de poker professionnel s'établit sur la durée ! L'Américain a déjà -quoiqu'il arrive- réussi la sienne. Il va être passionnant de suivre la suite de celle-ci, afin de voir si ce fut simplement un état de grâce ponctuel comme cela arrive parfois dans le parcours d'un compétiteur ou si Erik Seidel est vraiment l'un des plus grands champions de l'histoire. Un de ceux qu'un jeune champion en herbe regardera inlassablement en boucle sur l'écran de sa télévision...
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