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Les joueurs de légende : Stu Ungar, le génie absolu
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Portraits
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Par David Poulenard
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Lundi, 23 Mars 2009 11:57 |
Si le jeune Ungar s’est mis à jouer au poker à l’aube des années 1980, ce n’est ni par passion, ni par intérêt mais simplement car il ne pouvait plus jouer à ses jeux de prédilection. Né en 1953 à New York, Stu Ungar attend l’âge de 10 ans avant de gagner son premier tournoi de gin-rummy, patiente encore 4 ans avant de devenir le meilleur joueur de cash game de la ville et un an de plus pour remporter 10 000$ lors d’un gros tournoi, ridiculisant ses adversaires en ne perdant pas une main disputée. La performance reste toujours mythique et légendaire dans tous les clubs de Big Apple. Après avoir écumé New York et Miami, Stu finit logiquement par atterrir à Las Vegas où il remporte son premier tournoi, en ayant l’insolence d’annoncer chacune des mains de ses adversaires. Sa réputation l’ayant précédé, cette attitude prétentieuse et son invulnérabilité allaient définitivement lui fermer les portes de toutes les parties de gin-rummy.

Malgré les centaines de milliers de dollars récoltés en quelques années, Stu Ungar n’a pas un cents en poche. L’argent facile, les pièges d’une vie dissolue lui ont fait découvrir de dangereuses addictions. Les femmes, la cocaïne et n’importe quelle substance artificielle mais surtout les paris sportifs. La descente aux enfers a déjà commencé.

Personne n’étant dorénavant assez suicidaire pour jouer au gin-rummy avec lui, le Kid se lance dans le Black Jack. Compter jusqu’à 21 et mémoriser un jeu de 52 cartes allaient se révéler d’une telle facilité pour le phénomène que les casinos prirent rapidement la décision de généraliser les sabots comprenant six jeux. Précaution légitime mais totalement inutile ! Le champ du cygne de la carrière de Stu au black Jack se déroula au Caesar’s Palace lorsqu’il gagnât 80 000$ en une session, contraignant le directeur des jeux à mettre un terme à la partie. Piqué au vif, Stu Ungar, avec son insolente insouciance, lui annonce alors les 18 cartes restant dans le sabot…
La légende est en marche, il empoche dans la foulée 100 000$ lors d’un pari avec Bob Stupack, le boss du Vegas World, en lui annonçant les 150 cartes demeurant dans un sabot à moitié vide et gagne au passage sa photo à l’entrée de tous les casinos de Sin City. Sa carrière de joueur de Black Jack est irrémédiablement terminée…
 Un ange parmi les Rounders...
Ruiné pour la centième fois en quelques jours par d’hasardeux paris hippiques et sportifs, Ungar décide de s’intéresser au poker et apprend quelques rudiments du roi des jeux. Suffisamment pour tenter sa chance dans un petit tournoi local : le main event des WSOP ! Le premier jour, il se contente de survivre et d’apprendre à jouer, le second il accumule des jetons et le troisième il mystifie Doyle Brunson en finale, devenant alors à 24 ans le plus jeune vainqueur de l’histoire. Il récolte au passage 385 000$ qu’il s’empressera de bruler sur les champs de course. Il récidive l’année suivante, dominant cette fois-ci Perry Green et empochant 375 000$, il devient alors une véritable star du poker et remporte la majorité des tournois auxquels il participe. Par centaines de milliers, les dollars affluent, mais Stu n’a toujours pas de compte en banque – il n’en n’aura jamais – et il s’est découvert une nouvelle passion, le craps. Le génie maudit redistribue allégrement l’argent récolté autour des tapis verts, comme si cet argent lui brulait les mains et qu’il fallait expier une faute.
En 1986, Stu Ungar disparaît du monde du poker, ruiné, moralement détruit par son divorce avec Madeline son épouse, il s’enfonce dans la cocaïne et le crack et devient le "croque-mitaine" des joueurs de poker. L’exemple à ne jamais suivre.
Les années s’écoulent, le poker devient progressivement un phénomène de société et parfois l’ombre de Stu Ungar apparaît dans le Downtown Vegas, survolant, lorsqu’il est à peu près sobre, de petits tournois puis s’évanouissant. Quelques jours avant les WSOP 1997, le fantôme de celui qui fût le meilleur joueur de poker au monde remporte un tournoi à 20$ dans un casino du vieux Vegas…

Billy Baxter permettra au mythe de renaitre une dernière fois en lui finançant les 10 000$ nécessaires pour participer au main event 1997 qu’il survolera de son génie. La finale, disputée en pleine air, sera la dernière scène sur laquelle brillera l’étoile filante. Affublé de lunettes d’avantage destinées à cacher ses narines abimées qu’à masquer son regard, Stu Ungar livre un dernier récital face à John Strzemp et gagne 1 000 000$ qu’il dépensera en quelques semaines !


 Troisième main event remporté par le Kid en 1997.
A peine un an plus tard, le 22 novembre 1998, le plus grand joueur de l’histoire est retrouvé inanimé dans la chambre d’un obscur motel, seul, ruiné, l’organisme et l’existence détruits par les drogues.
Stu Ungar fut sans conteste le plus grand joueur de Gin-rummy de tous les temps, le meilleur joueur de poker de l’histoire avec à son palmarès 3 main events, 5 bracelets WSOP, 3 Super Ball of Poker, des gains cumulés estimés à 30 000 000$ et le cauchemar de tous les casinos dès qu’il s’asseyait à une table de Black Jack.
Intronisé au Poker hall of Fame en 2001, son étoile brille au-dessus de toutes les tables de poker. Pour l’éternité.
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