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Pourquoi joue-t-on au poker ?


Dossiers
Par David Poulenard   
Lundi, 06 Juin 2011 00:05
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Au demeurant, il ne devrait pas y avoir de surprises, à cette question les réponses habituelles vont généralement être : pour gagner de l'argent ou pour le plaisir ; avec une légère variante qui sera la combinaison des deux !

Et il est évident qu'il s'agit de la vérité... Pourtant n'existerait-il pas en complément des ressorts plus profonds, parfois plus nobles, des motivations secrètes, voire subliminales, ou même des justifications d'ordre psychologiques que certains refusent de s'avouer ?

Un chiffre pour lancer le débat : 95% ! C'est l'estimation du pourcentage de joueurs perdants sur le long terme sur Internet, quant à la proportion des joueurs perdants et gagnants dans le poker non virtuel, elle demeure inconnue, mais on peut raisonnablement penser qu'elle s'en rapproche. Il s'avère donc que la justification la plus souvent avancée, à savoir gagner de l'argent, devient caduque pour l'immense majorité des joueurs. D'autant plus que dans ces petits 5%, il y a nombre de gagnants dont les gains à la fin de l'année se chiffrent en dizaine ou centaines d'euros. Pas de quoi justifier le temps et les investissements consacrés...

En ce qui concerne le plaisir de jouer, il est réel et nous l'expérimentons chaque jour. Et pourtant la liste est longue des petits ou grands déplaisirs vécus à une table de poker : voisins désagréables, ennui interminable au cours d'un tournoi sans cartes, sessions perdantes tristes à mourir, bad beats improbables qui se terminent pas un écran étoilé ou un clavier brisé, etc. Si la partie hebdomadaire entre amis s'avère souvent un vrai moment de convivialité partagée, surtout si elle se termine avec un petit bénéfice, nombreuses sont les parties ou tournois qui sont une vraie souffrance ou tout au moins un vrai combat de tous les instants. Le mythe du plaisir du jeu en prend un coup lorsque l'on approfondit vraiment la réalité du quotidien d'un joueur régulier. Une bonne partie de belote, de tarot ou de monopoly est bien souvent plus amusante qu'une session de poker, sans même oser la comparaison avec un match de foot ou un parcous de golf...

 

2006_wsop_championship_bracelet
la quête du bracelet mythique...

Il s'avère donc que les deux raisons les plus avancées ne reflétent pas réellement la réalité ou, plus exactement, sont incomplètes car d'autres facteurs viennent se greffer à celles-ci.

Ceux d'entre vous qui jouent des parties réelles régulières avec des enjeux assez élevés ont certainement eu affaire à ce profil de joueur particulier. Celui qui joue au-dessus de ses moyens et perd invariablement des sommes importantes qui le mettent dans une situation financière inextricable. Il accumule les dettes, s'adonne à une grossière cavalerie et parfois, lorsqu'il gagne gros, tous ses partenaires passent à la caisse et récupère une partie des sommes dues sans lui laisser un centime. Pourtant au lieu de jouer avec prudence, d'adopter une stratégie serrée, il rentre dans tous les gros pots avec la moindre main jouable, joue ses tirages comme si sa vie en dépendait et au lieu de se caver au minimum enchaîne, si ses partenaires lui permettent, les recaves, se mettant systématiquement en danger. Il ne joue pas pour gagner, il perd des fortunes depuis des années, ni pour le plaisir tranquille d'une partie entre amis, son visage est un masque de souffrance à chaque tirage manqué et ses yeux deviennent hagards à la huitième recave...
Il souffre du syndrome du joueur, une forme de pathologie qui touche des individus développant la sensation de vivre intensément lorsqu'ils perdent. Ceux-ci ne ressentent que dans le jeu et dans la perte extrême une intensité aussi forte, une véritable décharge d'adrénaline permanente comparable aux secrétions d'endomorphine produites par les sportif partiquant des disciplines extrêmes. Dans leur cas, la drogue ce n'est pas le jeu, mais la perte, lourde, celle qui met leur existence en danger !

Alors certes, il s'agit d'un cas extrême, rare, mais qui démontre qu'il existe d'autres raisons que celles généralement invoquées...

Parmi les autres motivations possibles, on peut pèle-mêle en avancer quelques unes : l'ennui, le besoin de se prouver quelque chose, la quête d'un rêve, de reconnaissance ou de gloire ou tout simplement la recherche de sensations fortes, l'esprit de compétition ou l'inévitable addiction. Une liste non-exhaustive qui recense autant d'aspects positifs que négatifs et qui d'ailleurs se mélangent assez souvent.

Car si on excepte quelques morphotypes précis, à l'image de notre perdant pathologique ou du professionnel qui s'installe tous les jours à la même table, à la même heure et s'en va une fois la somme préalablement fixée gagnée, il existe autant de profils que de joueurs. On retrouve ceux qui sont là pour passer un bon moment, ceux qui viennent pour le plaisir de "flamber", ceux qui tentent de développer le jeu parfait après avoir révisé des heures durant leurs lectures didactiques ou alors ceux qui cherchent à se prouver quelque chose en tentant les moves les plus osés et qui ensuite montrent systématiquement leurs cartes à leurs voisins comme si ils recherchaient une approbation. Ce type de joueurs se caractérise par leur volubilité, ils ne peuvent s'empêcher de commenter les coups, apportant leur "expertise" à chaque main discutable. Il s'agit de joueurs qui désirent avant tout se prouver quelque chose, avant de gagner de l'argent ou de prendre du bon temps ils sont en quête de reconnaissance, celle des autres évidemment, mais à travers celle-ci ils espèrent réhausser leur propre estime personnelle.

 

fans
avoir son fan club...


En discutant avec des joueurs confirmés lors de la préparation de cet article, j'ai eu l'occasion d'entendre quelques remarques originales. Ainsi ce joueur, un amateur qui obtient des résultats honorables tant online qu'en tournois réels, qui avouait jouer dans le but de dominer le hasard. Conscient de la variance, cet impondérable qui fait la magie de ce jeu tout en rendant fou chacun d'entre nous, il tente à chaque partie de dominer la chance en développant les stratégies les plus élaborées. Une volonté d'être plus fort que le hasard qui ressemble à une quête métaphysique, lorsque l'homme veut s'affranchir de la tutelle du destin ou des Dieux.

D'autres avançaient de manière plus classique l'esprit de compétition (souvent des joueurs ne s'intéressant qu'aux tournois) ou l'espoir de remporter une grande compétition. Dans ce cas-là, le poker remplit une mission sociale, à l'instar des loteries nationales ou autres quintés ; en faisant miroiter un succès d'envergure, un de ceux qui changent l'existence par le biais de centaines de milliers d'euros empochés, le poker devient un facteur d'acceptation du quotidien et de ses difficultés, sociales, professionnelles, financières. En offrant chaque jour le rêve d'un gain substantiel, le poker permet au joueur d'accepter son quotidien tout en conservant l'indispensable part d'espoir qui permet de se lever chaque matin...

Formulé directement ou non, le rêve est une constante qui revient chez de nombreux joueurs. Le rêve d'une vie exaltante, avec argent, voyages, jolies filles et belles voitures, ou le rêve d'un destin extraordinaire, d'une existence que peu d'individus pourraient atteindre par le seul moteur d'un travail ordinaire. Pour certains, il s'agira juste du rêve du coup parfait, d'une quinte flush magique battant un carré, pour d'autres, ce sera le rêve de devenir champion du monde en battant Phil Ivey en finale du Main Event des World Series. Car finalement quelle autre activité peut offrir pour le prix de quelques caves de telles espérances ? Vous jouez au tennis, bien... pourtant vous savez pertinemment que vous ne battrez jamais Federer ou Nadal en finale de Roland-Garros, d'ailleurs vous n'aurez jamais la possibilité des les affronter, alors qu'au poker tout peut arriver !

Explorer toutes les raisons profondes qui nous poussent à jouer au poker demanderait la rédaction d'un véritable essai, il ne s'agit donc que d'une simple ébauche loin d'être exhaustive dont l'intérêt est peut-être d'inciter chacun de nous à indentifier sans fard les raisons réelles qui nous font jouer au poker. Comme ces deux joueurs professionnels connus qui m'ont répondu "afin de rentrer dans l'histoire" pour le premier et "parce que je ne sais rien faire d'autre" pour le second"...

 

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PLAYER OF THE YEAR FRANCE


Nom
Score  
1
Bertrand
Grospellier
752.535

2
Bruno
Lopes
530.445

3
David
Benyamine
528.491

4
Aubin
Cazals
489.855

5
Alain
Roy
467.549

6
Roger
Hairabedian
457.068

7
Paul
Guichard
418.656

8
Tristan
Clemencon
411.163

9
Eric
Sfez
405.595

10
Phillippe
Ktorza
376.967



Top 100 France


Nom
Score  
1
Bertrand
Grospellier
2759.03

2
Roger
Hairabedian
2155.08

3
Tristan
Clemencon
1713.59

4
Fabrice
Soulier
1646.57

5
Phillippe
Ktorza
1626.17

6
David
Benyamine
1617.73

7
Alain
Roy
1614.92

8
Bruno
Lopes
1609.56

9
Guillaume
Darcourt
1514.07

10
Ludovic
Lacay
1487.5