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L'économie et le poker


Dossiers
Par David Poulenard   
Samedi, 06 Février 2010 12:35
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Même s'il s'agit d'une activité particulière, relativement protégée par l'engouement connu durant cette dernière décennie, l'économie du poker obéit aux mêmes règles que les autres avec ses secteurs en pleine expansion -Internet et les sites de jeux leaders sur le marché par exemple- et ses secteurs en difficulté -la presse spécialisée et certains casinos-.

Internet, la révolution en marche.

A l'instar des google et autres géants surfant sur le développement de l'économie Internet, les principaux sites de poker en ligne ne connaissent pas la crise. FullTilt et PokerStars affichent des taux de croissance à deux chiffres et se disputent aussi bien les records d'affluence sur leur plate-forme respective que le sponsoring des principaux tournois mondiaux. BetClic, fort du soutien de la Société des Bains de Mer a opté pour une croissance externe, rachetant à tour de bras. La dernière acquisition du groupe, Everest, étant une marque emblématique sponsor des World Series, qui connait néanmoins une baisse de ses résultats avec un recul de son activité de 33% au cours du troisième semestre 2009. Des rumeurs sérieuses font aussi part de discussions avancées entre PartyGaming (propriétaire de PartyPoker) et Bwin pour un éventuel rapprochement. Une nouvelle opération de croissance externe pour PartyGaming après l'absorption de Tony G Poker et le rachat de la marque WPT quelques semaines auparavant.

Si la tendance est à la concentration, certains sites font encore de la résistance, c'est le cas de sociétés comme Unibet qui bénéficie de moyens financiers importants, d'une notoriété réelle et des synergies offertes par leur double casquette d'opérateur de paris en ligne et de pokerroom. Quelques sites de jeux parviennent encore à tirer leur épingle du jeu, généralement regroupés en réseau (Titan ou ChiliPoker sur Ipoker ou Winamax sur Ongame), ceux-ci considèrent que l'union fait la force et parviennent à garder une véritable présence sur ce marché très concurrencé.
Pourtant, pendant que PokerStars et FullTilt augmentent leurs parts de marché régulièrement, chaque semaine voit un site anonyme disparaître ou dans la meilleure des hypothèses être racheté par un concurrent.

Les fréquentations des principaux sites de poker en janvier 2010 (exprimées en nombre de joueurs par journée) :

1. PokerStars : 33 000
2. FullTilt : 17 800
3. Partypoker : 5 500
4. Ipoker : 5 300
5. Ongame : 2 900
6. EverestPoker : 2 600
7. Cereus Network : 2 500
8. Boss Media : 2 350
9. Cakepoker : 2 100
10. Microgaming : 2 050

Après les années épiques d'une croissance folle, le poker sur Internet est entré dans une phase de consolidation et de concentration. Progressivement les acteurs de ce marché particulièrement rentable vont disparaître ou se regrouper pour ne laisser que quelques poids-lourds, multinationales dégageant des bénéfices records (à titre d'exemple Partygaming, coté en bourse, affiche un impressionnant chiffre d'affaire de 132 millions de dollars pour le dernier semestre 2009). Certes, il restera peut-être quelques sites de moyenne importance, soit parce qu'ils sont suffisamment bien implantés dans un pays pour rester viable, soit parce qu'ils occupent une niche avec succès, à l'image de PKR et son modèle virtuel.

Survivre hors d'Internet.

De manière générale, l'offre poker reste dynamique, les cercles parisiens continuent de connaître une croissance régulière, bénéficiant de la notoriété croissante du poker et de la transition continue des joueurs Internet vers le "live". En ce qui concerne les casinos, la tendance est plus mitigée, pour certains le lancement des pokerrooms a constitué une véritable réussite, relançant la fréquentation des établissements et redynamisant les jeux classiques grâce à l'apport d'une nouvelle clientèle. Pour d'autres, le surcoût engendré par de nouvelles tables et le personnel nécessaire n'est pas encore compensé par le chiffre d'affaires généré. Certains responsables de casino se plaignent parfois que la clientèle spécifique du poker ne se marrie pas avec celle des jeux traditionnels et hésitent en conséquence à développer encore le poker. Malgré tout les casinotiers français continuent de percevoir le poker comme un élément de croissance important, chaque groupe ayant lancé son propre circuit de tournois à grand renfort de promotions.

A l'étranger, les casinos ont généralement, lorsque la législation nationale le permettait, développé de nombreuses tables de poker et leur corollaire de tournois et compétitions. Mais les résultats n'ont pas toujours été à la hauteur. Même en plein essor, le poker est une activité économique subissant la loi des marchés, la concurrence y fait rage et l'accès aux ressources financières s'est complexifié. A Las Vegas, les casinos leaders ont pu résister à la crise, surmontant une baisse modérée, tandis que ceux qui s'étaient lancé dans ce domaine avec retard ou sans légitimité ont du revoir leurs ambitions à la baisse, voire fermer leur salle de poker. Quelque soit la qualité des services proposés par les casinos, la baisse d'activité générale dans ce secteur -et dans les jeux traditionnels- a indéniablement constitué un frein à l'investissement des casinotiers et à l'essor du poker. Le chiffre d'affaires des casinos français a ainsi connu un recul de près de 29% sur les trois derniers exercices, difficile dans ces conditions de réaliser les investissements nécéssaires au développement du poker !

 

banqueroute
Sur les marchés financiers les bad beats existent aussi...

 

Si le poker sur Internet a encore des perspectives d'avenir favorables, tout comme le poker "en dur", lorsque l'offre est attractive, il existe des secteurs dont le devenir est précaire. Principale victime des difficultés des casinos, les fabricants de tables de jeu électroniques pourtant présentées comme une solution d'avenir. PokerTek, le leader, se retrouve en grande difficulté après avoir perdu de nombreux clients qui ont renoncé à exploiter des tables électroniques dans leur établissement à l'image du casino Excalibur à Las vegas. La société PokerTek, cotée au NASDAQ de New York, a perdu plus de 90% de sa valeur boursière suite des pertes importantes en 2009 et des perspectives encore défavorables en 2010. Quant au principal concurrent de l'entreprise, Lightning Gaming, il a tout simplement disparu...

La presse spécialisée écrite est elle aussi confrontée à une conjoncture économique difficile et à une concurrence exacerbée. Contrairement à sa consoeur généraliste, ce ne sont pas tant les annonceurs qui manquent (les principaux opérateurs de jeux en ligne disposant de généreux budgets publicitaires), mais plutôt la diffusion qui demeure faible, voire confidentielle, malgré la qualité de certaines parutions, telles LivePoker ou récemment 52 en France. Aucun magazine ne parvient pour l'instant à écouler 10 000 exemplaires par mois, chiffre qui constituerait un seuil de rentabilité supérieur. Pour la presse écrite dédiée au poker, la libéralisation attendue du poker Online en France, qui devrait faciliter la communication des opérateurs de jeux en ligne existants et permettre l'arrivée de groupes ambitieux désireux de se faire connaitre rapidement, devrait contribuer à offrir un véritable ballon d'oxygène et souhaitons-le de nouveaux lecteurs.

Projections.

Comme tout secteur d'activité, le poker a besoin de vitrines et sa santé découle fortement de celles-ci. En ce qui concerne le roi des jeux, ce sont les grands tournois internationaux qui assurent sa promotion ainsi que l'indispensable couverture télévisée afférente. Si les médias et tout particulièrement la télévision continuent d'offrir une visibilité maximale au poker, le succès des grandes compétitions devrait se poursuivre. Aux Etats-Unis notamment, la chute du nombre d'inscrits dans des tournois pourtant importants, certains WPT par exemple, a été préoccupante en 2009 ; généralement les tournois concernés ne bénéficiaient pas de retransmissions télévisées...

Le relatif succès des World Series en 2009 et la progression croissante des événements organisés sur d'autres continents permettent cependant de limiter l'inquiétude devant cette relative désaffection. Il semblerait que dans l'organisation de tournois comme dans d'autres branches de l'activité "poker", la compétence et la qualité deviennent enfin des éléments déterminants. La qualité des sites choisis et de l'organisation mise en place se révélent des facteurs déterminants dans le choix des compétiteurs de disputer ou non les tournois et des médias de s'y intéresser.


En résumé, l'économie du poker, en rentrant dans l'âge adulte, se retrouve confrontée à des situations classiques. L'offre y devient importante et la concurrence s'instaure entre les différents intervenants, provoquant la disparition des plus faibles et la croissance des mieux armés. Une évolution inéluctable que la crise économico-financière ne fait qu'accélérer. Si les conséquences de la récession rencontrée depuis deux ans a évidemment des conséquences dramatiques - les fermetures de casinos et de pokerrooms ou les difficultés à se réaliser pour certains projets ambitieux comme Gran Scala en Espagne et Le Fontainebleau à Vegas générant pertes d'emploi et disparitions d'investissements importants - la crise en accélérant le processus de sélection et de renforcement des principaux intervenants économiques devrait permettre à l'industrie du poker de bénéficier de la reprise tant attendue avec dynamisme et vigueur.

 

Commentaires (6)
Legouge
...
Par Simon., February 06, 2010
Dossier très intéréssant... Concernant PokerTek c'est vraiment bizarre car leur produit est vraiment un joli mix entre online et live. L'ouverture en juin 2010 va donner une belle bouché d'oxygène au poker francais. Malheuresement pollué par une taxe l'asphixiant de l'intérieur. Sick !En complément une petite vidéo trouvé sur youtube sur l'industrie de jeu en ligne http://www.youtube.com/watch?v=rlQZjCxuEaU !
Roro
...
Par Roro, February 08, 2010
Merci bcp david pour ce superbe article on sent le contenu et la recherche dans mes domaines miam :) un régal ;)



Michel GOY
Joueurs par room
Par Michel GOY, February 10, 2010
Les chiffres publiés ne doivent pas être le nombre de joueurs par jour,il y en a deja plus de 16000 sur Everest l'apres midi ?
David Poulenard
chiffres
Par David Poulenard, February 10, 2010
Il s'agit du nombre de joueurs jouant de l'argent.
0
gran scala
Par Guillaume92, February 12, 2010
vous savez ou en est le projet gran scala ? retardé , annulé ???
David Poulenard
Gran Scala s'embourbe...
Par David Poulenard, February 12, 2010
L'ambitieux projet rencontre actuellement des difficultés à se développer, ralenti par la violence de la crise économique en Espagne, le peu d'implication des instances gouvernementales ibériques et de la complexité du projet.
Vous pourrez trouver plus de précisions sur cette news parue récemment : http://www.madeinpoker.com/ind...-3855.html


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PLAYER OF THE YEAR FRANCE


Nom
Score  
1
Bertrand
Grospellier
752.535

2
Bruno
Lopes
530.445

3
David
Benyamine
528.491

4
Aubin
Cazals
489.855

5
Alain
Roy
467.549

6
Roger
Hairabedian
457.068

7
Paul
Guichard
418.656

8
Tristan
Clemencon
411.163

9
Eric
Sfez
405.595

10
Phillippe
Ktorza
376.967



Top 100 France


Nom
Score  
1
Bertrand
Grospellier
2759.03

2
Roger
Hairabedian
2155.08

3
Tristan
Clemencon
1713.59

4
Fabrice
Soulier
1646.57

5
Phillippe
Ktorza
1626.17

6
David
Benyamine
1617.73

7
Alain
Roy
1614.92

8
Bruno
Lopes
1609.56

9
Guillaume
Darcourt
1514.07

10
Ludovic
Lacay
1487.5